13/01/2009
En désir
Chaque soir, en débouchant du métro, ligne 6, je vois la Tour Eiffel illuminée depuis le boulevard Pasteur.
Chaque matin, dans la cohue tressautante de la rame, le dôme des Invalides, endormi sous le ciel laiteux de l'aube hivernale.
Hier, j'ai croisé un jardin d'enfants, minuscule, au départ de l'avenue de Breteuil.
Paris s'oublie dans la froidure, la neige a disparu - seules quelques fragments de glace dans les creux et caniveaux.
La Seine se joue immobile, au droit des tours de la Défense.
Côté cour, côté jardin : je traverse l'espace
en attendant demain.
Aimez-vous Brahms..
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07/11/2006
A l'avant Seine
Dans les longs couloirs du transit matinal, des affleurements jaunâtres obligent les passants à des détours en chaos. Tel, aux grandes jambes arquées, étire le pas, d'un seul, pour éviter la glauque humidité. Telle, aux talons effrayés, se détourne et se retourne, percute son voisin, sans une excuse reprend sa course tac-tacante vers une urgence filofaxée.
Personne n'a remarqué. L'eau sourd, en trois stations différentes.
Ce n'est même pas un réchauffement climatique, un lessivage mal évaporé.
Glacée par l'indélicatesse de l'hiver, trop longtemps repoussée de digues en digues et de combes en tunnels, la Seine a décidé de respirer. Et, étirant ses bras en kilomètres ferroviaires, de regagner son audience naturelle.
Depuis ce matin, la Seine prend le métro.
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01/10/2004
Les yeux ouverts, la nuit
Sur le pont des Arts, l'air a la langueur transparente de l'après-pluie. La Seine à peine ridée reflète les lumières de la Samaritaine, les ponts illuminés. Il fait frais comme l'octobre annoncé.
Sur les lattes du pont, des restes festifs, de vin, de champagne. L'Institut de France luit jaune face au Louvre lacté. Des groupes finissent leur soirée, à cette heure on boit le champ' à même la bouteille, on n'est plus à ça près. Il est minuit. Les voitures étagées, un flux sur les quais, un autre à hauteur de musée, passent aveugles. Il a plu, on y a échappé.
L'évanescente joue les vexées, parce que je ne la reconnais pas de l'autre extrêmité du trottoir. Un nouveau chapeau, pull épaules nues, brique, souris au ruban de satin. Elle a l'air fatigué.
A peine arrivés, en un coup d'oeil, le patron nous reconnaît. Quartier général de nos nuits traversières. Il nous conduit dans la petite salle d'à-côté, grandes tables aux nappes blanches, bibliothèque des livres échangés par les voyageurs de passage - c'est le deuxième concept du lieu. Un beau couple sur le canapé.
Jusqu'à la fermeture, c'est le Fumoir en cigare. Puis nous partons en balade urbaine, à la recherche d'un bar qu'elle veut me montrer, "quelque part près des Halles, mais je sais pas où exactement", finalement trouvé par hasard, mais il est cinq heures, c'est déjà fermé. De l'autre côté du jardin, le Pied de Cochon est ouvert, on a un peu faim : allons, un tartare, un verre de vin, une assiette de desserts ! Deux heures passent, riches, parlant de cette ville provinciale où elle s'ennuie, de ses amies, de ses sorties.
"Rentrons par les quais de Seine, à pied, c'est plus joli !"
On verra l'aube cligner des yeux sur la ville endormie.
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