23/02/2006
Bam Som Tam, restaurant thaïlandais
Bam Som Tam fait partie de ce genre de lieux qui ne paient pas de mine, et qui réservent une excellente surprise.
Au-delà du décor minimaliste - pas du tout "cliché touristique", c'en est reposant -, de la pop thaï en boucle - mais pas trop fort -, le plus surprenant est l'horrible moquette foncée épaisse qui recouvre le sol... L'important est pourtant se qui se passe dans l'assiette et le verre.
Et là, c'est une excellente surprise.
La cuisine (thaï) y est fraîche, fine, parfumée, pas trop épicée - mais vous pouvez demander à ce que le cuisinier force un peu la dose.
La carte des vins est en adéquation avec les mets : le mari de la patronne est un ancien sommelier, il a choisi des vins de propriétaire, à prix raisonnables et excellents rapports cuisine/vin et qualité/prix. Il n'hésite pas non plus à proposer son aide pour détailler la composition d'un plat.
Il y a bien quelques faiblesses de service (par monsieur et madame) - du genre oublier les couverts en apportant le plat - mais la gentillesse et le naturel des hôtes compensent largement. *Et puis, le service compassé, ras-le-bol, hein.*
Le prix est très raisonnable pour un restaurant parisien : à la carte, environ 40e, avec des menus à 15e (le midi), 25e, 35e et le "menu des amoureux" à 90e (pour deux personnes, évidemment, champagne inclus). Les vins A LA BONNE TEMPERATURE (ce qui est exceptionnel à Paris) s'échelonnent de 14 à 20e !
Pour l'accueil, la cuisine, les vins et encore la cuisine :
Bam Som Tam,
5 rue Raymond Losserand, 14ème (métro Gaîté)
Tél : 01 43 22 65 72
13:00 Publié dans Paris rêvé, vécu, vu | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : restaurant, thailandais, paris, paris14.info
26/02/2005
Déménager, premier soir
Neuf heures vont bientôt sonner. J’ai transbahuté des cartons toute la journée, avec l’impression déprimante que le studio ne se vide pas, que l’appartement ne se remplit pas. Pourtant, ce soir, je dormirai dans un nouveau “chez nous” - comme disent les Québécois.
La nuit est tombée sur la ville, le flot des livreurs et des acheteurs a laissé la place aux couples en sortie. L’immeuble est calme, j’ai un peu nettoyé l’appartement, préparé le lit. Pas (encore) de frigo ni de cuisinière : je sors dîner.
Dans un restaurant de la rue voisine - je n’ai pas cherché loin, pas envie de me retrouver dans le tumulte de Montparnasse nocturne - je m’affale douloureux sur les chaises en bois de l’endroit sympathique *Les Tontons, rue Raymond Losserand*. Le bar est caché par un mur de briques de verre, tables sombres, des photos des Tontons flingueurs au mur. Les convives ont l’air d’ici, pas de tenue de samedi soir ici, des couples, des familles, jeunes, plus âgés. Les plats sont généreux : l’assiette de charcuterie rassasierait deux personnes et ce n’est que l’entrée... On mange à même le bois des tables, serviettes en papier lie-de-vin. J’attend le tornitruant “Et une mousse en chocolat pour la 12, une !” - qui ne vient pas, ou l’éclat hystérique de Francis Blanche (“Touche pas au grisbi, salope !”) autour d’un alcool douteux avec “comme un goût de pomme”. “Y en a !”. Le pain est artisanal, un peu mousseux, sans beaucoup de goût : un pain blanc au parfum léger de noisette, comme un souvenir de cantine.
Ca ressemble à un rendez-vous de copains : des tables de six, sept, humanisées par petits bouts, un couple, puis un autre, puis les retardataires, on s’embrasse, se salue, pas de musique de fond, c’est à la fois bruyant et réel.
La charcuterie est annoncée “corrézienne” et pourtant tout me rappelle Mas : le jambon un peu trop salé, la saucisse sèche légère. Mes madeleines. On dirait l’Auvergne à Paris.
Les frites sont maison, “grand-mère”, pommes de terre coupées en huit, irrégulières, la sauce grumeleuse des morceaux de morilles recouvre le pavé un poil trop cuit. Servi avec une salade à la vinaigrette relevée, quelques cernaux de noix, des croûtons - industriels-.
Pas de dessert.
Le café est léger, savoureux.
Il manque la pipe de Gabin ou la cigarette de Ventura.
J’attendrai le sommeil avec un petit cigare, sur le balcon.
13:40 Publié dans Paris rêvé, vécu, vu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, restaurant
13/12/2004
On a marché sur Paris (suite)
"Viens, je t'emmène dîner."
En terrasse sur le grand boulevard, la salle aux peintures années 30 est presque pleine, bruissante et agitée. C'est le cérémonial d'accueil, immuable d'aussi loin qu'il m'en souvienne, manteaux tôt enlevés dans un vestiaire souterrain, l'attente au bar dans la noria des dîneurs tardifs sous le regard dur d'un indien stylisé.
J'ai improvisé : je sentais que ce pourrait être une bonne idée, le contraste du silence aérien des cîmes crépusculaires et du clinquant écho du paquebot parisien, la sculpture centrale soleil des attablés en orbite.
La Coupole, c'est aussi organisé qu'une campagne militaire *Napoléon des commensaux* : la personne qui vous accueille, subtilise votre vestiaire ; le maître d'hôtel qui note les arrivées et les souhaits pour la table à venir ; le chef de rang qui vous guide et vous installe, apporte les menus, suggère l'apéritif - tirer la table "Madaaaame" étalé, attendre qu'elle s'asseye, repousser la table doucement, tirer la chaise "Monsieur" plus court, repousser la chaise, voilà, on est parés, sanglés dans le confort surbourgeois de ce lieu *encore un* qui ne devrait pas être ; le sommelier pour le vin ; un serveur pour apporter les plats ; un loufiat pour les débarrasser. Immuable : rien n'a changé ici depuis ma dernière visite, il y a plusieurs années.
C'est solide comme un mystère.
Parfois, sale concession à la modernité, la lumière baisse pour un gâteau d'anniversaire en flottaison sur les têtes des mangeurs. Mais c'est une colonne débandée qui l'accompagne, vingt serveurs tornitruant un "happy birthday to you" de pacotille, feu de bengale blanc désagréablement banal. C'est étonnant la première fois, mais on a autre chose à faire, dire, voir, ressentir pour y goûter vraiment. Juste une parcelle, encore, d'iréel dans la nuit cheminante.
On parle, on se tait, discours continu contenu, les pupilles un peu dilatées - le vin, sans doute. Probablement. N'est-ce pas.
"Comment, ils ferment déjà ?" L'horloge est traîtresse : il est bientôt trois heures du matin en un souffle passé, on n'a pas vu les tables se vider, s'isoler en paisible cimetière d'une fin de soirée. Les garçons mettent déjà les chaises à l'envers sur les tables, retour étonnant à l'ici-là.
Sortons.
On marche dans Paris, la ville est nôtre, accolés au pavé centenaire qui murmure notre errance.
14:00 Publié dans Paris rêvé, vécu, vu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, restaurant
25/09/2004
Au restaurant indien
Le rendez-vous posé sur la place St-Michel devient une forme de tradition - la foule estivale s'est envolée, certes, comme volée de pigeons sur la place St-Marc, le carnaval y est passé, les loups sont tombés de fatigue, on ne voit pas encore la lune.
On se retrouve un peu surpris, plutôt heureux, que faire maintenant ? Le jour s'efface dans la clarté laiteuse d'un crépuscule ouaté, un courant d'air frais nous accompagne, nous contourne, nous entoure de sa sollicitude abandonnée. On efface un restaurant colombien, une crêperie, un bistrot upgradé, on en revient à St-Germain, revenir, comme une errance affamée, on cherche sans vraiment chercher, la Seine directionnelle pour se repérer.
Et puis surgit le stéréotype. Serveurs à la peau mate, décors indiens comme peuvent être mandarins ceux des restaurants chinois, couleurs d'acajou partout.
Je regarde les convives.
Deux hommes discutent posément. En italien.
Quatre copines dans le vent, attraction spontanée des serveurs à la morgue dès lors mise sous le boisseau.
Un jeune couple, tendance littéraire. Pendant tout le repas, ils se parleront mais leurs yeux se fuiront, le silence en troisième commensal. Elle me regarde parfois. Je la regarde aussi. Elle me regarde souvent. Je répond. Etonnant échange muet, bien sûr il ne passe rien de plus qu'interprétations dans une pupille. Mais elle s'ennuie.
Et puis il y a aussi ce couple âgé, très VIème, ils portent beau, en forme. Ils se parlent peu, mais ce qu'ils échangent est tranquille comme leurs silences. Ils dînent, sans se presser, tout le temps devant eux. Les bribes fusent, les prénoms sont-ils ceux des enfants ?, des amis mentionnés aussi, des projets peut-être. Comme une certitude paisible.
Et puis...
... le téléphone sonne. Elle répond. C'est un vieux modèle, de couleur anthracite. Elle met sa main devant la bouche pour ne pas gêner ses voisins. Elle parle. La conversation dure plus de trois quarts d'heure. Elle parle. Pendant ce temps son mari aux cheveux blancs passe de l'attente polie à l'ennui, il plie sa serviette, de l'ennui à l'attente tendue, il bouge sur sa chaise, croise les jambes sur le côté, de l'attente tendue à l'énervement, maxillaires serrées ryhtmant la contrariété et l'incapacité à dire à l'épouse : maintenant, ça suffit ! Elle parle. Il s'agite, se tourne, regarde ailleurs, perdu dans le kitsch en imitation bois d'une divinité indienne. Il relit lentement l'addition, a le temps de payer, sort le premier, vite, un peu brusquement, elle le suit toujours greffée du bidule des années passées.
Il voulait passer une bonne soirée, avec elle au restaurant indien.
Mais le téléphone a sonné.
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