23/10/2006
Bienvenue en dém(ag)ocratie
Avec une régularité quinquennale que lui envie même le virus de la grippe (la vraie, pas le buzz aviaire de l'an dernier), l'ânerie politique refait surface dans sa profondeur la plus abysmale.
A ma gauche droite, un candidat-ministre qui souhaite, demande, exige, qu'une forme récurrente (hélas) de délit devienne un crime, passible des assises. Maitre Eolas démonte avec verve l'inanité juridique d'une telle proposition. Je n'ai pas grand chose à y ajouter, si ce n'est une remarque de fond : caillasser un pompier, un policier, serait passible des assises. Caillasser un bus, une ambulance, une voiture postale, une camionnette municipale, son voisin, du tribunal correctionnel : ce ne sont pas "des représentants de l'autorité". Avec une telle réforme, je gage que la désagrégation du lien social (ou ce qu'il en reste) ira croissant dans ces quartiers. J'ai bien conscience que ce que cherchent ces bandes de voyous (qui ne sont pas TOUS les habitants d'une cité, ni même TOUS les jeunes d'icelle), c'est à délimiter un territoire dans lequel ils pourront se livrer à des trafics en toute tranquillité, une "zone franche" du délit. Mais la réponse consistant à dire : tu caillasse un flic, tu vas aux assises ; tu caillasses un postier, tu passes en correctionnelle est absurde et contre-productive. Tactique de guerrilla urbaine : caillasser le postier et s'éparpiller comme volée de moineaux à l'arrivée de la maréchaussée.
A ma droite gauche, la st-just de la démocratie participative propose de placer les élus sous la vigilance d'un "jury populaire", "tiré au sort", devant lequel l'élu devrait "rendre des comptes". Ainsi, la plus intense manifestation de cette belle démocratie participative serait que les journaux municipaux soient délivrés en direct devant un tribunal populaire. On attend déjà l'autocritique du maire pris en flagrant délit de retard dans l'aménagement d'un rond-point, ou pire : le député à genoux, implorant le pardon du Peuple pour avoir été obligé de créer un étrécissement de voie lors de travaux sur une partie de la chaussée... D'après le Figaro, cette idée saugrenue serait la réponse à une question sur des "mesures coercitives qu'on pourrait mettre en oeuvre pour empêcher les politiques de faire des promesses mirobolantes". Personnellement, j'en connais déjà deux : ne plus y croire, et ne pas voter pour ces candidats-là. Outre la vision stupidement "les politiques contre le peuple" que représente une telle question, demander la mise en place de mesures COERCITIVES laisse mal augurer du caractère intelligent des citoyens qui seront amenés à composer ces tribunaux populaires...
Partant d'un même constat, tragique - la perte de confiance des citoyens en toute parole, toute action de l'Etat - , M. Sarkozy et Mme Royal s'engouffrent dans la voie du populisme comme démission de toutes les représentations nationales, de tous les instruments de l'Etat, devant les haut-le-coeur et les sautes d'humeur de la foule.
Plutôt que de s'interroger sur le remède à apporter à cette situation, l'un comme l'autre, avec ces idées insanes, ne nous proposent en fait que le règne de l'éphémère, de l'émotion et des manchettes de journaux. Ils reprennent en choeur l'antienne la plus démagogique qui soit : le peuple, lui, ne ment pas..
C'est pas gagné...
(et lire l'excellent article de Nico sur Nuesblog)10:20 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, sarkozy, royal, présidentielles





