01/09/2008

L'Histoire begaie ?

Titre facile, certes.

 

Pourtant. Né en 1972, je suis de la génération qui apprenait la guerre froide dans ses livres d'histoire - mais pas encore la fin de la guerre froide. La rhétorique martiale des Soviétiques et des Américains, la chaussure de Krouchtchev à l'ONU, les missiles SS20, les fusées Pershing, la capacité nucléaire "capable de rayer les principales villes soviétiques de la carte", ...

 

Il est étrange, ce sentiment de déjà-vu, quand Medvedev reconnaît l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, quand un général russe annonce que tout agresseur qui s'en prendrait à la Russie sera "anéanti" - des mots disparus du vocabulaire diplomatique depuis si longtemps !


Sauf qu'entre la guerre en Irak, la guerre en Afghanistan, la crise économique, la campagne électorale et les ouragans, les USA ont d'autres chats à fouetter que s'occuper de la Géorgie. Et que l'Europe à 27 dont trois "non" au Traité européen (version "constitution" ou version "simplifiée") est à peu près aussi audible qu'un canton suisse.


Comme plaisantait Staline : "Le Vatican, combien de divisions ?"

 

L'Histoire ne bégaie pas : c'est plus triste. Les Russes, les Chinois (pour d'autres raisons) ont une "fenêtre" d'actions sans aucun risque. Quelle que soit la nature de l'action.

 

Et ils ne vont pas se gêner : ils n'ont rien à craindre.

19/03/2008

Audacity of Hope

Je ne me sens pas, pour le moment, capable d'avoir des idées suffisamment claires pour parler de l'effroyable demande de Mme Sebire. [Edit à 23h : Mme Sébire a été retrouvée morte, chez elle. Les questions théoriques s'éteignent, au moins pour quelques heures.]

Je ne vois aucun intérêt à commenter le vide, le creux, l'inanité des joutes post-municipales, la nomination de ministricules dont on espère, surtout pour Nadine Morano, que ce sera l'occasion qu'ils ferment leur gueule et arrêtent de sortir des monstruosités.

Je me tamponne le coquillard de la chute des marchés, que j'ai annoncée depuis deux ans au moins, et dont la rationalité économique - c'est-à-dire ce qu'on ne lit que rarement dans la presse, et ne voit jamais à la télé - oblige à dire qu'elle n'est pas finie.

Les émeutes au Tibet ? Rien ne changera, avec ou sans boycott des JO, pardon, de la cérémonie d'ouverture des JO, une menace propre à faire peur aux dirigeants chinois, n'est-ce-pas... Ils doivent en trembler la nuit.

Mais il y a quelque chose qui m'a impressionné, aujourd'hui.

 

Je n'ai pas envie d'être ironique, anti-américain, si franco-français, quand je lis l'adresse de Barrack Obama à Philadelphie.

Je ne peux qu'espérer que cet espoir-là n'est pas qu'une envolée lyrique, que les moyens lui seront donnés de vivre et s'épanouir.

Lisez-le, en oubliant l'Irak, les multinationales, Monsanto et le reste.

 

31/01/2008

La France grotesque

Grotesque, indécent, méprisable.

 

Pas une ligne d'un quotidien, section France, un reportage télé qui ne me fassent immédiatement surgir ces mots à l'esprit.

 

Le "président bling-bling", son tourisme du coeur au mépris des sensibilités locales, ses réparties manipulatrices "mais qu'aurait-on dit si... pensez-vous vraiment que...", son culte des signes extérieurs de richesse et ses copains beaufs clinquants.

 

Grotesque.

 

L'oeil énamouré des journalistes sur son "anniversaire-surprise" organisé par sa nouvelle compagne. (et noter que le JT de France2 reproduit fidèlement le Figaro du jour)

 

Grotesque.

 

La pitoyable épopée des pieds nickelés de l'humanitaire, l'absence totale de remise en question de leurs actions par Breteau et consorts, la grêve de la faim "contre l'injustice" du premier, les cris et les insultes anti-juges au tribunal.

 

Grotesque.

 

La connerie absolue incarnée par ce député, ce marchand de tabac, ce buraliste, ce malade du sida qui pensent s'exprimer, et surtout être entendus, au moyen de grêves de la faim ou des soins.

 

Grotesque.

 

La rhétorique anti-sarko, le prurit des belles âmes à chaque action du gouvernement, la critique permanente, populiste et imbécile des Montebourg, Emmanuelli et consorts.

 

Grotesque.

 

Les explications fumeuses opposant la pureté d'une banque récompensée pour ses procédures de contrôle et la noirceur d'un trader solitaire, qui a probablement basculé dans l'irréel des milliards en jeu avec la passive complicité de sa hiérarchie (tant qu'il rapporte...). 

 

Grotesque. 

 

Sainte-Ségolène-des-Familles, qui, s'emportant contre la Société Générale et sa une perte de 7 milliards, demande que 7 autres milliards soient distribués aux familles endettées. C'est sûr qu'avec 14 milliards de trou, la situation ne pourra que s'améliorer...

 

Grotesque.

 

Les poussées d'urticaire des taxis et autres corporations parce qu'un rapport (dont on ne sait s'il sera appliqué) suggère de mettre certains métiers au service des consommateurs, ce qu'ils entendent comme "moins à notre bénéfice" (en quoi est-ce contradictoire ??).

 

Grotesque.

 

Les "interventions des auditeurs", paravent de l'interactivité des médias, où la connerie moyenne du citoyen sûr de la finesse de son diagnostic se déverse jusqu'au ras-la-gueule sur les neurones anesthésiés du consommateur matinal. "C'est la faute à... Il faut faire en sorte que... C'est scandaleux !", etc. : cache-misères de l'imbécillité moyenne.

 

Grotesque.

 

Le café du commerce est remonté jusqu'au plus haut échelon. "On ne nous dit pas tout" à heures de grande écoute tient lieu de stratégie.

 

"Mort aux cons !" : le programme n'a jamais été aussi vaste.

05/11/2007

Les valeurs ne se perdent pas, elles se consomment

Il fut un temps où les "valeurs" structuraient la société, qu'elles fussent morales, politiques, religieuses. Les lois se construisaient sur le socle de ces valeurs, et s'en affranchir signifiait rapidement se retrouver hors la loi. Cela avait du bon (la règle était connue) et du mauvais (immobilisme, obscurantisme, intolérance, ...).

 

Ce temps est révolu à un point que nous commençons seulement à découvrir : les valeurs sont devenues objets de consommation courante, où chacun estime que son désir personnel l'autorise à "s'inventer ses propres valeurs" (version politiquement correcte), c'est-à-dire tout simplement à décider que son désir personnel est supérieur aux valeurs, aux lois, aux règles de la société à laquelle il est censé appartenir.

 

Ainsi, de ces parents français qui décident que leur SEULE solution pour avoir des enfants est la "mère-porteuse", pratique interdite en France ; qui font réaliser cette "gestation par autrui" aux USA, où la pratique est légale ; et qui s'insurgent que la justice française peine à reconnaître leur paternité légale. Le problème n'est pas la justice, ni la loi française, mais bien que ce couple s'est affranchi du cadre de son propre chef sans prévoir d'en supporter les conséquences.

 

Ainsi, de cette association trouble, où "sauver les enfants du Darfour" revient, par le jeu de noms différents (Arche de Zoé, Children Rescue), de lettres d'intention changeantes (construire un dispensaire, "accueillir" des enfants, "adopter" des orphelins, ...), à une tentative illégale d'emmener des enfants tchadiens hors de leur pays, en faisant fi de toutes les lois internationales, de toutes les pratiques délicates de la diplomatie en zone proche de conflit.

 

"Mon droit est le bon droit, car mon intention est bonne" : combien d'enfers se prépare-t-on ainsi à affronter ?

17/08/2007

Pitoyable rentrée

Bientôt la rentrée. Et ce que l'on en perçoit n'est pas des plus réjouissants quant à une supposée capacité d'intelligence humaine.

 

Le pourtant raisonnable Michel Sapin qui affirme calmement que le fait que le Conseil Constitutionnel ait retoqué l'article sur la déductibilité des intérêts des emprunts passés est "un échec de Sarkozy". On doit donc en conclure que la validation de la loi sur le service minimum par le même Conseil est un succès de Sarkozy. De même, un autre socialiste juge bon de dire que cet article "ne concernait que les plus riches". Acheter sa maison à crédit est donc un privilège de riche. Qu'en pensent tous les ouvriers, employés, fonctionnaires, retraités qui sont propriétaires à crédit ? Au moins, cela clarifiera, pour M. Hollande qui "n'aime pas les riches", le fait que oui, il ne s'aime pas. Puisqu'il est propriétaire.

 

De l'autre côté, la botoxée Ministre de l'Economie Mme Lagarde court les plateaux-télés pour dire que "non, ce n'est pas une crise boursière, mais un réajustement brutal". Outre que cela ne veut rien dire, faut-il être naïf (ou banque centrale) pour croire qu'une incantation étatique, fût-elle ministérielle ou à coups de milliards, peut redonner confiance (= faire changer d'avis) des agents économiques irrationnels qui, après avoir mis tous leurs oeufs dans le même panier, les retirent tous en même temps ? La crise est nécessaire, la bulle de crédit DOIT exploser : est-ce maintenant, est-ce à cette vitesse ? On verra dans deux mois.

 

Pendant ce temps, la presse et l'Internet bruissent de l'angélisme froissé de Wikipedia. Ciel, des personnes modifieraient à leur avantage les articles les concernant ? Mon Dieu quelle horreur au paradis du savoir désintéressé ! Sont-ils donc si naïfs ? Bien sûr, c'est beaucoup plus intéressant quand c'est signé CIA ou TF1 que quand il s'agit d'agités conspirationnistes rédigeant des articles à la gloire de leurs hallucinations. Non, je n'ai pas dit "11 septembre".

 

En parallèle, des crétins moyens de diverses nationalités réduisent toute personne ressemblant de près ou de loin à un musulman à un terroriste, du moment qu'il prend l'avion (et je ne regrette pas d'avoir fait exprès de lire le Coran bien ostensiblement, dans le métro, en 1995...); d'autres, souvent journalistes, sélectionnent les faits ou les bribes de faits qui les intéressent pour en faire des opinions, voire des anathèmes, surtout quand ça touche l'Eglise catholique ou l'Islam ; d'autres encore, quand un accident arrive, et par définition accidentellement c'est-à-dire de manière imprévisible, n'ont de cesse de chercher des responsables-coupables ou pire, de récrire le déroulement des faits pour y trouver "ce qu'il aurait fallu faire" ; d'autres enfin, quand un récidiviste récidive, en appellent à l'Etat - qui en joue, le minable - pour exorciser leur peur, quitte à mettre tout le monde en prison à vie.

 

C'est peut-être la fatigue, peut-être le découragement.

 

Mais j'ai peur que l'époque ne soit plus à l'esprit critique, ni à la raison.

 

Comment peut se résoudre une crise d'imbécillité généralisée ?

 

Au jeu du plus crétin, c'est toujours le manipulateur qui l'emporte.

16/05/2007

Français, sans commentaires

Trouvé grâce au blog de [moi], une excellente initiative : "les INDIvisibles : Français, sans commentaires".

 

Enfin, en réaction à l'addition du politiquement correct (qui m'agace au plus haut point), du communautarisme (que j'exècre quand il ne vise qu'à cloisonner), aux tics journalistiques du "Français d'origine savoyarde" ou du "jeune d'origine girondine" (ça vous choque ? et "Français d'origine maghrebine" ou "jeune d'origine africaine", cela vous choque-t-il autant ?), se constitue un groupe de personnes qui ont pour projet de "déconstruire les clichés avec humour, sans jamais nous positionner en « police de la formule correcte »".

 

En plus, c'est amené de façon très drôle. :-) 

 

Bravo ! Bon courage ! Je vous suis !

 

Jerome, Français donc indivisible.

10/04/2007

Le gêne de la pédophilie localisé en Inde

(à lire au second degré, au moins)

 

Après la révélation de haute teneur scientifique, digne d'un prix (ig)Nobel, du candidat Nicolas Sarkozy, selon lequel "on naît pédophile", une étude récente nous apprend que l'endroit où ce gêne s'exprimerait le plus est l'Inde, quatre régions de l'Etat-continent en particulier.

 

En effet, une étude commandée par le gouvernement indien révèle qu'un enfant sur deux en Inde subit des abus sexuels. Dans 88.6%, le ou les agresseurs sont des parents.

 

On peut donc en déduire, à la lumière de la brillante intuition du future Génie des Carpettes français, que le gène responsable de ce comportement est présent chez au moins un parent de ces enfants.

 

Comme il s'agit d'un gène, et non d'un comportement acquis, les enfants seront, avec une probabilité de 50%, porteur de ce gène, et, avec une probabilité de 25% (le gène pourrait être récessif), futurs agresseurs. Cependant, la constance de ces comportements violents, dénoncée par les associations sur place, ne plaide pas en faveur du caractère récessif.

 

Je propose donc qu'à titre scientifique, une étude génétique soit menée sur la population indienne, pour identifier le fameux gène. Et qu'à titre humanitaire, politique et sécuritaire, on envoie quelques bombes atomiques sur les régions concernés de ces pays, de manière à éradiquer les auteurs actuels et les futurs auteurs (les victimes actuelles ou leurs frères et soeurs) de ces agressions.

 

"Demain, tout est possible." qu'il disait.

 

Mais à ce niveau de connerie avérée, ça devient dantesque. Le premier cantique, surtout.

 

Plus sérieusement, NS se rend-il compte que chercher une origine génétique à des comportements :
- entraîne logiquement une totale exonération de responsabilité pour les agresseurs, et par là rend caduc le code pénal sur ces crimes-là. Comme disait Jessica Rabbit : "je ne suis pas mauvaise, je suis juste dessinée comme ça".
- a pour conséquence une condamnation automatique à vie : si c'est génétique, c'est incurable.
- conduit naturellement à un dépistage et une contrainte légale AVANT tout acte, comme dans Minority Report, c'est-à-dire à la totale négation d'un fondement philosophique majeur de notre civilisation, la liberté individuelle de ses choix, corollaire de la responsabilité individuelle de ses actes.
- prive une partie de l'humanité de son caractère d'être humain, puisque ni libre de ses choix, ni responsable de ses actes.
- dans le cadre des agressions sexuelles familiales, interdit à la victime tout espoir de reconstruction et de résilience quant à sa volonté de mener sa vie, puisque la simple présence du gène indiquera qu'elle pourrait être le prochain agresseur - épée de Damoclès qui devrait augmenter le nombre de suicides. Ah, j'oubliais, "les suicides, c'est génétique" aussi.
- en fait, tout bien considéré, une victime d'inceste familial devrait immédiatement être soumise au dépistage du "gène de la pédophilie", puisque les gènes, ça se transmet.
- rend caduc, mais est-ce le plus important, un pan entier de la psychologie - tout ce qui se rapporte à la construction narcissique du sujet.

 

(PS : les lecteurs habituels connaissent la mesure de mon expression, et seront surpris par le ton de cette note. Mais là, c'est tellement énorme que j'en perds mon calme. Jusqu'ici, je n'étais que très gêné à l'idée de devoir peut-être voter au second tour pour NS. Maintenant, c'est carrément en dehors du champ des possibles : entre "l'efficacité de la justice chinoise" royaliste et le "on naît pédophile" sarkoziste, je préfère la connerie appliquée à la connerie conceptuelle.)

16/02/2007

La conjuration des hypocrites : le journaliste objectif

Pour être l'épouse d'un ministre, une présentatrice du journal de 20h a été obligée de "se mettre en retrait" pendant la campagne.
Pour être la compagne d'un ancien ministre, une autre présentatrice a préférée se retirer du journal pendant la campagne.
Pour avoir dit quel candidat avait le plus ses faveurs, un chroniqueur politique est privé d'antenne.

 

Outre, dans les deux premiers cas, le vieux relent machiste consistant à penser qu'une femme ne saurait avoir une opinion politique différente de celle de son mari/compagnon et n'aurait pas la capacité à se comporter en professionnelle, suis-je le seul à trouver tout cela d'une hypocrisie lamentable ?

 

Que vaut-il mieux ? Entendre une chronique de la part d'un journaliste dont on sait le bord, et l'apprécier en connaissance de cause, ou écouter celle d'un chroniqueur qui cache ses préférences, au risque de la manipulation ?

 

Ainsi les médias veulent-ils nous faire croire qu'ils sont de purs esprits, détachés de toute opinion partisane, regardant la campagne du haut d'une sorte d'Olympe éthéré de l'objectivité. Mais bien sûr... Il n'y a qu'à se rappeler le tropisme balladurien (en 1995) ou sarkozyste des derniers mois du Monde ou le tropisme anti-Royal du Figaro aujourd'hui. Libé, c'est plus simple, préfère depuis toujours faire rentrer les faits dans sa grille politique, quitte à y aller au burin...

 

En voulant continuer à entretenir ce fantasme d'objectivité, on laisse la porte ouverte à toutes les accusations de collusion.

 

C'est le fonds de commerce des extrêmes, des complotistes, de la méfiance généralisée depuis des années.

23/10/2006

Bienvenue en dém(ag)ocratie

Avec une régularité quinquennale que lui envie même le virus de la grippe (la vraie, pas le buzz aviaire de l'an dernier), l'ânerie politique refait surface dans sa profondeur la plus abysmale.

 

A ma gauche droite, un candidat-ministre qui souhaite, demande, exige, qu'une forme récurrente (hélas) de délit devienne un crime, passible des assises. Maitre Eolas démonte avec verve l'inanité juridique d'une telle proposition. Je n'ai pas grand chose à y ajouter, si ce n'est une remarque de fond : caillasser un pompier, un policier, serait passible des assises. Caillasser un bus, une ambulance, une voiture postale, une camionnette municipale, son voisin, du tribunal correctionnel : ce ne sont pas "des représentants de l'autorité". Avec une telle réforme, je gage que la désagrégation du lien social (ou ce qu'il en reste) ira croissant dans ces quartiers. J'ai bien conscience que ce que cherchent ces bandes de voyous (qui ne sont pas TOUS les habitants d'une cité, ni même TOUS les jeunes d'icelle), c'est à délimiter un territoire dans lequel ils pourront se livrer à des trafics en toute tranquillité, une "zone franche" du délit. Mais la réponse consistant à dire : tu caillasse un flic, tu vas aux assises ; tu caillasses un postier, tu passes en correctionnelle est absurde et contre-productive. Tactique de guerrilla urbaine : caillasser le postier et s'éparpiller comme volée de moineaux à l'arrivée de la maréchaussée.

 

A ma droite gauche, la st-just de la démocratie participative propose de placer les élus sous la vigilance d'un "jury populaire", "tiré au sort", devant lequel l'élu devrait "rendre des comptes". Ainsi, la plus intense manifestation de cette belle démocratie participative serait que les journaux municipaux soient délivrés en direct devant un tribunal populaire. On attend déjà l'autocritique du maire pris en flagrant délit de retard dans l'aménagement d'un rond-point, ou pire : le député à genoux, implorant le pardon du Peuple pour avoir été obligé de créer un étrécissement de voie lors de travaux sur une partie de la chaussée... D'après le Figaro, cette idée saugrenue serait la réponse à une question sur des "mesures coercitives qu'on pourrait mettre en oeuvre pour empêcher les politiques de faire des promesses mirobolantes". Personnellement, j'en connais déjà deux : ne plus y croire, et ne pas voter pour ces candidats-là. Outre la vision stupidement "les politiques contre le peuple" que représente une telle question, demander la mise en place de mesures COERCITIVES laisse mal augurer du caractère intelligent des citoyens qui seront amenés à composer ces tribunaux populaires...

 

Partant d'un même constat, tragique - la perte de confiance des citoyens en toute parole, toute action de l'Etat - , M. Sarkozy et Mme Royal s'engouffrent dans la voie du populisme comme démission de toutes les représentations nationales, de tous les instruments de l'Etat, devant les haut-le-coeur et les sautes d'humeur de la foule.

 

Plutôt que de s'interroger sur le remède à apporter à cette situation, l'un comme l'autre, avec ces idées insanes, ne nous proposent en fait que le règne de l'éphémère, de l'émotion et des manchettes de journaux. Ils reprennent en choeur l'antienne la plus démagogique qui soit : le peuple, lui, ne ment pas..

 

C'est pas gagné...

(et lire l'excellent article de Nico sur Nuesblog)

06/06/2006

La révolution pragmatique ?

Ségolène Royal est-elle en train, sans le dire, de lancer la révolution pragmatique au PS ?


Alors que certains éléphants, ex-libéraux sociaux, lancent le réveil de l'Hibernatus du "à gauche toute, camarade !" ; que d'autres en appellent aux mânes du Sphinx pour rappeler qu'"au premier tour, on rassemble son camp ; on deuxième, on rassemble une majorité" - position qui implique qu'un sympathisant socialiste votera PS par "fidélité" (on a vu ce que ça a donné en 2002...) - ; que d'autres, enfin, polissent des petites phrases qu'ils veulent assassines, qui ne sont que ridicules et méprisantes ("juste l'ordre", par le juste condamné Cambadélis ; "la chasse aux petits blancs" de Mélenchon) ; je me demande si Ségolène Royal ne sait pas EXACTEMENT ce qu'elle fait.

 

Qu'a perdu, ces dernières années, le PS ?
1. Le "monopole du coeur", comme disait Giscard. Le PS n'est plus crédible en donneur de leçons depuis un bon moment déjà. Ses antiennes sont datées. Il n'y a plus que Libé pour s'étonner que 80% des sondés, y compris de gauche, soient d'accord avec le projet immigration de Sarkozy ou les idées sur la sécurité de Royal.
2. La crédibilité de l'approche angélico-marxiste selon laquelle si l'économie va mieux, l'insécurité diminuera. Cf. l'échec de Jospin. Non, tout n'est pas qu'économie.
3. Le vote dit "populaire", qui s'est éparpillé de l'extrême-gauche à l'extrême-droite. Sarkozy et Royal ont tous les deux compris, avec des stratégies différentes, qu'on n'est pas élu président par un parti, mais par le peuple, soutenu par un parti. Et que pour rassembler plus de 50% des votes, il faut aller chercher les gens sur leur terrain, et non plus leur proposer du prêt-à-voter idéologique.
4. La vision européenne, pacifiste et progressiste, explosée dans les déchirements réactionnaires du "NON" au traité constitutionnel.
5. Un chef, un vrai, qui soit capable de cornaquer les éléphants.

 

Comment se positionne Royal dans ce contexte ?
1. Elle ramène l'humain à la dimension de la vie quotidienne des gens : sécurité, 35h vécues (et pas idéologiques), ...
2. Elle réaffirme que la sécurité est AUSSI une question de sanction des délinquants et de protection des autres citoyens. Ce qui avait fait scandale du temps des "sauvageons" est aujourd'hui vu comme normal car vécu au quotidien par le téléspectateur moyen.
3. Elle reparle aux gens. Si je dis au "peuple", on va parler de populisme... Ce faisant, elle supprime le monopole du "parler vrai" que s'arrogeait Sarkozy ("moi je parle comme les gens") et qui taillait des croupières sur sa droite, rendait inaudible (modulo les gesticulations de Bayrou) le centre et n'avait pas besoin de rendre invisible le PS, aphone sur le sujet depuis le constat de naïveté de Jospin.
4. Elle reste silencieuse, pour le moment, sur les vrais sujets qui fâchent : l'Europe, les grands choix sociaux et économiques, ...
5. Elle poursuit une stratégie de conquête non pas de l'appareil (elle n'a pas de courant) mais des électeurs et des adhérents. D'où la panique des éléphants face à tous ces nouveaux adhérents SANS COURANT et recrutés SUR L'IMAGE DE SEGOLENE seule (Cf. la réaction de l'archéo Dolez, qui regrette qu'une certaine idée du militantisme se perde avec tous ces nouveaux venus...). D'ici peu, elle n'aura pas besoin de courant : elle aura la majorité...

 

Quels pièges va-t-elle rencontrer ?
Pour le moment, son capital de sympathie est tel que toute attaque pachydermique soit est inaudible soit se retourne contre son auteur. Bien sûr, cela tient en partie à l'attitude de la presse à son égard (mais la presse ne sert que son propre intérêt. Cf. Clearstream, qui emmerdait les Français mais faisait bander les journalistes).
Plus difficile sera pour la probable future candidate de "porter le projet socialiste" alors que ses idées seront différentes (la "renationalisation d'EDF", laissez-moi rire...). Parlera-t-elle de "suggestions pour amender le programme" ? Passera-t-elle ce qui ne l'intéresse pas aux orties, contraignant les pachydermes et les militants au silence par l'acceptation populaire (par les sondages) ?

 

Quelle est cette stratégie ? C'est celle du décentrement.
1. Alors que les éléphants se battent sur "voici ce qu'il faut faire", Ségolène dit aux gens : "quelles sont vos difficultés ? que pensez-vous que nous devrions faire ?" Cf. son blog
2. Alors que certains dogmes intouchables paralysent les éléphants, qui ne peuvent mettre en péril leur courant, Ségolène, sans courant, est plus libre de sa parole.
3. Alors que le mot d'ordre est "contre Sarkozy", elle ne le mentionne jamais. C'est-à-dire qu'elle focalise son propre discours sur elle-même et non sur le "grand méchant loup"...
4. Alors que les courants se battent sur le partage d'un gâteau existant (les militants "à l'ancienne"), elle change de dimension et invente un gâteau plus grand, constitué pour partie de "novices" en militantisme et donc moins sclérosés que les archéo : les "adhérents".

 

En résumé et en termes de marketing ou de gestion du changement :
1. Repartez de la base : écoutez vos clients.
2. Créez une cellule indépendante de la hiérarchie de l'entreprise, libre de ses mouvements. (ex/ mon job ! ou ce qu'a fait Carlos Ghosn en débarquant chez Nissan)
3. Quoique vous dites de vos concurrents, vous lui faites de la pub : n'en parlez jamais. Mais parlez de vous non en termes de catalogue de promesses, mais de vision. (ex/ Apple)
4. Votre clientèle traditionnelle vieillit et se rétrécit ? Changez votre message pour toucher de nouveaux consommateurs (ex/ Club Med)

 

Think different. (et là, si un graphiste veux reprendre le style des campagnes Apple et mettre Ségolène et la rose du PS à la place, j'accepte volontiers)