13/01/2009

En désir

Chaque soir, en débouchant du métro, ligne 6, je vois la Tour Eiffel illuminée depuis le boulevard Pasteur.

 

Chaque matin, dans la cohue tressautante de la rame, le dôme des Invalides, endormi sous le ciel laiteux de l'aube hivernale.

 

Hier, j'ai croisé un jardin d'enfants, minuscule, au départ de l'avenue de Breteuil.

 

Paris s'oublie dans la froidure, la neige a disparu - seules quelques fragments de glace dans les creux et caniveaux.

 

La Seine se joue immobile, au droit des tours de la Défense.

 

Côté cour, côté jardin : je traverse l'espace

 

en attendant demain.

 

Aimez-vous Brahms..

05/12/2008

Dénouement

Je suis toujours étonné par la capacité de la réalité à se constituer en un noeud dense et lourd avant de se sublimer en un enchaînement fluide de dénouements parcellaires.

 

Alors que nous luttions péniblement contre le temps et l'angoisse de la fin du préavis, contre le langage codé des annonces et le bourrage de crâne des agents ("j'ai déjà trois dossiers, il faut vous dépêcher". Tu parles ! Un mois après, l'appartement est encore annoncé...), nous sommes "retenus" pour un beau 90m2 dans un quartier semi-populaire de Paris. Appartement parisien typique (parquet, moulures, cheminées), une belle orientation.

Mais dans une rue bruyante. Et cher.

 

Aussi, après moultes hésitations, réflexions, girouettes, résolution en crise de "franche discussion" et explosion de la bulle de stress, nous avons décalé le rendez-vous de signature d'une semaine.

 

Et visité un autre appartement, plus petit (79m2), dans un meilleur quartier, une résidence calme, avec un petit jardin d'enfants. Pour moins cher. Du récent, donc sans aucun charme, et de grandes pièces.

Dossier faxé. On verra en début de semaine pour la réponse.

 

Et là, j'ai encore deux annonces sous les yeux, même gamme de surface, même gamme de prix, meilleurs quartiers encore (Luxembourg et Notre-Dame des Champs).

 

J'ai bien envie de tenter...

26/11/2008

A jour tendu

Paris-Billund (Danemark) et retour.

 

L'avion ferme ses portes à 19h20, je suis enregistré et sans bagages. Un départ à 17h30 me paraît donc raisonnable (le site de la RATP m'indique 1h10 de trajet jusqu'à Roissy).

 

C'était sans compter avec la loi de Murphy.

 

Devant le guichet électronique de l'accès à la gare, un lent s'embrouille, ne sait pas trouver sa destination, perd dix minutes avec l'improbable rouleau de sélection. Ca commence bien.

Ligne A : incident voyageur. Le trafic s'écoule très lentement jusqu'à La Défense, où je décide de changer pour la ligne 1. Tout va bien, je n'ai mis que trois quarts d'heures pour rejoindre Les Halles (au lieu de 25 minutes...).

Ligne B : incident, de la fumée dans un tunnel. Une rame stationne, qui ne va pas à Charles-de-Gaulle, pendant plusieurs minutes. Les voyageurs à valise commencent à échanger sur la façon d'arriver à l'aéroport. Avec un couple en partance pour l'Espagne, rencontré sur le quai, nous prenons un taxi à Chatelet.

 

A 18h15, dans Paris... on se jette dans les bouchons. Quelle que soit l'itinéraire, nous roulons moins vite qu'au pas.

 

Le chauffeur nous propose de prendre les choses en main. Direction les petites rues, où seuls les feux rouges nous ralentissent. Nous rejoignons finalement l'A3, mais il est déjà presque 19h !

 

A un certain moment, il n'est plus utile de s'inquiéter. Toute angoisse s'évapore, quand la plus faible probabilité n'est plus de rater l'avion mais bien de l'avoir. Et s'agacer contre des événements extérieurs n'a aucun intérêt.

 

Je suis au terminal 2B à 19h12. Un vigile m'arrête croyant que je me trompe, je le rassure. Encore une minute de perdue.

Personne à la sécurité : les agents me font remarquer que l'embarquement est probablement clos. Peu importe, je reviendrai, si c'est le cas. Je passe.

 

Et arrive le dernier, essoufflé, dans la file attendant de monter dans le bus.

 

Direction l'avion.

 

Un Dornier 328 à deux hélices (turboropulseurs ?), 32 places au total ! Hormis le bi-moteur au-dessus du Grand Canyon (six places), je n'ai jamais voyagé aussi petit.

 

Deux heures de vol, fauteuils en cuir crême, dans la nuit bourdonnante au-dessus de la France, la Belgique, l'Allemagne.

 

Je lis les tragédies de Racine, Phèdre, Iphigénie, à quelques milliers de pieds au-dessus du sol.

18/11/2008

Quotidien, le retour

Les vacances furent belles et bonnes.

 

Familles, soleil, entre 15 et 20°C dans la journée, de grandes promenades, la CB qui chauffe...

 

Un dîner et une nuit magique avec vue sur le Vieux Port.

 

Celle-là :

vieuxport.jpg

Et maintenant, reprendre la recherche d'appartement, continuer à négocier le changement de poste, boucler tous les dossiers avant la fin de l'année.

 

Sous la pluie et avec 8°C.

 

Grmf.

16/10/2008

L'effet cantique

Un week-end en semaine, ou tout comme.

 

Mardi, nous sommes allés voir Rigoletto, à l'Opéra Bastille. Orchestre, places légèrement de côté à gauche (en regardant la scène), au sixième rang.

 

Rigoletto, je le connais assez. J'ai écouté des dizaines de fois la version de D. Fischer-Dieskau - Renata Scotto - Carlo Bergonzi, sous la direction de Rafael Kubelik. Je l'ai vu aux Chorégies d'Orange en 2001, sous la direction de Marco Guidarini, avec une Kathleen Casselo éblouissante en Gilda, dans une belle mise en scène de Paul Emile Fourny ; et, déjà, à l'Opéra Bastille, avec Leo Nucci (extraordinaire, bien qu'un peu cabotin) dans le rôle-titre, Ruth-Ann Swenson (ah c'est terrible, ces chuitements à l'américaine sur de l'italien !) et surtout Whilard White en Sparafucile, un choc immense. Déjà dans la mise en scène de Jérôme Savary.

 

La soirée fut bonne mais pas enthousiasmante.

 

Daniel Oren conduisait son orchestre bizarrement, alternant une certaine mollesse (très décevante attaque de l'ouverture), jouant avec le volume sonore en dents de scie ("et je remonte le son" quand aucun chanteur n'a de notes, "et je rebaisse le son" quand chant il y a), très désagréable, limite en décalage. On n'est pourtant pas à une table de D.J.

Quelle tristesse, aussi : la mise en scène de Jérôme Savary a vieilli ! Elle est devenue lourdinque, le décor envahissant, la symbolique terne, sans intérêt ! Oscillant entre la maison des Schtroumpfs pour le décor et... rien pour la conduite d'acteurs ou des choeurs. A ranger aux oubliettes...

Kristinn Sigmundsson, en Sparafucile, est à oublier très vite : voix creuse, sans souffle, débit haché, aucune fluidité. Je sais, je compare à Whilard White. Mais même si le second est exceptionnel, là j'ai été vraiment très déçu !

Mon opinion sur Juan Pons, en Rigoletto, est incertaine : j'ai simplement cru qu'il était mauvais au début de la représentation (débit haché, entrecoupé, toujours en force, sans nuance, limite gueulard, immobile sur scène, ...) mais ses évidentes difficultés à se déplacer (au point de manquer tomber dans la dernière scène du dernier acte...), le nombre de fois où il s'est passé la main sur le visage (pour s'éponger) et surtout son terrible geste d'impuissance lors du salut me font penser qu'il était très fiévreux. Avis réservé, donc.

Stefano Secco, en Duc de Mantoue, est techniquement très bon, mais, comme me Elle me l'a fait remarquer dans l'air culte "La donna e mobile", "il ne s'amuse pas"... ce qui est dommage dans ce rôle en général et à ce moment-là en particulier.

Heureusement, Ekaterina Syurina est une Gilda très fraîche, intense, une voix irradiante et un évident plaisir de chanter. Elle a clairement emporté la soirée tant musicalement que dans le coeur du public.

 

Bref, une soirée typique à l'opéra, où l'agencement identique de pièces ne produit pas le même résultat chaque soir.

07/10/2008

La recherche du temps perdu

Depuis quelques jours, et devant l'échéance du 31 janvier 2009, nous nous penchons avec intérêt sur les annonces de locations d'appartement à Paris.

 

J'avais oublié les subtilités du langage immobilier...

 

"7eme étage" : à Paris, à quelques exceptions près (XIIIe, XVe, ...), les immeubles n'ont que six étages. Plus les chambres de bonne. Donc : chambres de bonne réunies, c'est-à-dire des appartements froids en hiver, chauds en été, aux murs en biais (pratique pour les cadres...), des m2 perdus sous les fenêtres étroites.

"duplex" : enlever 8 m2 environ pour l'escalier (4 par étage)

"atypique" : biscornu

"bon plan" : un truc bizarre, qui ne correspond ni au plan en étoile rêvé (toutes les pièces distribuées depuis l'entrée, aucune place perdue), ni au long couloir typique des immeubles hausmanniens

"charme" : petit

"beaucoup de charme" : petit et faible hauteur sous plafond

"clair" : sombre

"le charme de l'ancien" : peintures du début du siècle précédent, salle de bains minuscule sans aération, cuisine large comme un seul homme

"remis à neuf" : une couche de peinture blanche et un bac à douche Conforama. L'électricité aux normes ? Vous plaisantez !

"immeuble récent" : dans le pire des cas, années 60, avec chauffage au sol et convecteur "grilles-pains", simple vitrage, charges exorbitantes; dans le moins pire, années 90, chauffage et eau chaude électriques, ce qui n'empêche pas des charges d'un minimum de 150-200 euros par mois (faut bien payer le plip et le double digicode)

"double vitrage" : car le boulevard est un des plus circulants de Paris...

"chambres au calme" : salon au bruit

"XX m2 environ" : enlever 5 à 10 m2 pour la surface réelle

 

Et le pire, ce sont les annonces de particuliers :

"sérieuses garanties demandées" : je suis certain que les salariés de Lehmann Brother France avaient des tas et des tas de garanties...

"caution solidaire" : vous êtes mariés, employés en CDI ou fonctionnaire, vous gagnez plus de 5000 euros par mois (à deux), mais je veux aussi la caution de vos parents retraités...

"location courte durée" : je vous fais un contrat de faux meublé (un an maximum), renouvelé chaque année, pour avoir une meilleure déduction fiscale

15/07/2008

Défilé des instants

Un vrai week-end de juillet.

 

Le train bondé au départ, une heure de trajet et voilà la Touraine.

 

Jardin, terrasse, champagne et bons vins, barbecue à chaque repas. Le soleil est bon, chaud comme il faut, vent léger entre deux rayons pour se rafraîchir. L'odeur du bois en fumée claire montante.

 

Visites familiales : le facteur rajeunissant d'un petit homme de près de sept mois au contact de son arrière-grand-mère. Oncle, tante et cousine le soir.

 

Déjà lundi, il faut rentrer. De toute justesse, on monte dans le train (16h20 pour un départ à 16h22...).

 

Et Paris, un soir d'été, qui se vide et s'étire.

29/06/2008

Temps et plus

Je relatais il y a peu les changements qui s'annoncent d'ici à fin janvier.

Les choses vont vite.

Elle est hautement courtisée, espérée, attendue, dans un service de soins palliatifs d'un hôpital de la proche banlieue. Après trois entretiens très positifs avec le chef de service, l'équipe et l'ancienne titulaire du poste, la rencontre avec le DRH se transforme en bérézina : ancien modèle, rien ne l'amuse plus que de mettre en doute tout le parcours de la candidate, depuis le premier stage, de manière agressive, allant jusqu'à douter de la réalité de son expérience professionnelle ! Tout cela pour conclure que dans sa grande mansuétude, il lui pourrait lui proposer un CDD de six mois ou un an, renouvelable, avec le salaire d'une débutante sortie de fac. 100% démotivation, ça c'est un recruteur !


Mais, comme la vie est riche de surprises, à peine rentrée, Elle découvre un mail du chef de service lui demandant des nouvelles de l'entretien, et de le rappeler très vite... Ce qui fut fait, avec compte-rendu de la forme et de la teneur de l'entretien, et des conséquences sur l'envie de prendre le poste. Emotion du chef de service, qui annonce prendre les choses en main.


La suite lundi.


De mon côté, un collègue me fait part d'un poste dans lequel il me verrait bien, sur une zone géographique qui me passionne et où tout est à faire.


Seule question : comment annoncer mon envie de postuler à mon patron, dans la période troublée actuelle ?


Quant à Solal... il a découvert l'art de prendre son pied, sa première purée de carotte, sa première compote de pommes, un merveilleux hochet qui fait beaucoup de bruit (pauvres parents !) et la manière de focaliser l'attention de ses grands-parents.


Ce qui nous permet de nous enfuir à Tours, pour quelques courses (et cette fois, nous ne sommes pas rentrés bredouilles).

26/06/2008

Obsession acheteuse

Premier jour des soldes.

Elle et moi partons vers dix heures du matin, Solal confié à sa grand-mère.

Direction les grands magasins et le Marais.

Résultat : rien. Rien de rien de rien. Tout est laid, vulgaire ou moche. Costumes du siècle précédent (au moins...), chemises tout droit sorties de Wall Street (le film avec Michael Douglas), chaussures de fille de l'année certes, mais lourdingues, bling bling au cuir épais.

Où sont donc les fameux "sur-stocks consécutifs à un mauvais printemps" dont on nous rebat les oreilles ?



Devant le si faible goût vestimentaire français, il se confirme que les soldes parisiens ne sont qu'un attrape-gogo, avec quelques exceptions, pendant lesquels les magasins sortent de la cave les produits les plus invendables.



Où sont d'ailleurs ces accros aux soldes censé(e)s se battre pour le moindre sac à main ? Il n'y avait personne côté hommes et pas tant de monde côté femmes.



Seules découvertes du jour : la boutique L'Eclaireur pour son cadre extraordinaire (un atelier réaménagé), et l'ambiance village méditerranéen de la rue des Rosiers, à l'heure du déjeuner.



Et une belle journée sous le soleil de Paris.

04/05/2008

A long journey, ou tout comme (2)

Copenhague.

Peut-être en accord inconscient avec la campagne alentour, la ville est plate et basse. Quelques tours semblent exulter hors de l'uniformité à six étages, hôtels de luxe avec vue sur l'horizon.

Après quelques heures intenses et décontractées en réunion - le style danois, sûrement : profusion de pauses nourrissantes, powerpoints imprimés, le patron soixantenaire en jean clair et cravate - dans la banque ! -, bureaux clairs en perspective sur un petit lac animé de quelques pêcheurs : totalement hors norme pour le Français travaillant à la Défense ! -, je décline l'invitation d'un taxi partagé et m'éclipse à pied dans le centre-ville.

De ces quelques heures passées, reste l'impression d'un respect urbain, d'une cohabitation tranquille entre voitures, vélos (en très grand nombre !), bus et piétons.

Le Tivoli, immense lieu de récréation - son jardin, son théâtre, son exposition temporaire, ses attractions, point nodal d'une ville au ralenti.

La gare, en réfection, des centaines de vélos le long des flancs, ouvre sur l'horrible immeuble décati de SAS, apogée du non-style des années soixante. De l'autre côté, commence un étrange quartier d'immeubles ternes, tous devenus hôtels, tandis que des femmes, jeunes et âgées, attendent au carrefour le passage du client en voiture.

Tous les voyages du monde ont le sexe tarifé en arrière-cour.

J'ignore pourquoi.

A quatre heures, c'est le rush : sortie des bureaux, un long week-end qui commence. Je comprends mieux ma difficulté à trouver un taxi pour l'aéroport. Eux aussi font le pont.

Retour à l'aéroport.

La foule des grands départs.

Les boutiques duty-free dégorgent de produits chers, certains de luxe. Le Danemark n'est pas bon marché.

A nouveau la carlingue étroite d'un A321.

Le vol se pose à Roissy à 22h.

Onze heures : le taxi me dépose au pied de l'immeuble.

Porte ouverte. Elle. Le chat.

Et Solal qui sort un bref instant du sommeil pour me sourire.



*****


Levé à 4h, couché à minuit.



Une longue journée.

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