11/08/2007

All that jazz ! (New Orleans, stage 8)

Dos au Mississipi, on se découvre presque au XIXe siècle, à attendre la calèche d'Autant en emporte le vent.

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Et juste au moment où l'on commence à se dire que la musique a fui la ville, deux trois notes aigrelettes s'aventurent à nos oreilles, des mains qui claquent en rythme, le jazz qui surgit de nulle part, au milieu d'une petite place devant la cathédrale.

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La Nouvelle-Orléans n'est pas morte : le jazz y bouge encore.



(Au retour, siège 1K d'un Boeing 747-400, juste derrière le nez, sous les pilotes : je me dis que je n'ai jamais été aussi proche du ciel qui s'ouvre devant nous.)

08/08/2007

All that jazz ! (New-Orleans, stage 7)

Fidèle au poste, l'emblème des vapeurs du Mississipi, le Natchez.

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Dans notre dos, une musique métallique, le tram revit : la première ligne est réouverte depuis quelques jours, comme un exorcisme.
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Et comme un crescendo, après la découverte de Bourbon Street maquerelle, du quartier français endormi sous le soleil de fin d'après-midi, du fleuve Mississipi immense et paisible, alors que nous commencions à désespérer d'enfin voir l'âme de la Nouvelle-Orléans, celle-ci surgit sans crier gare, et c'est tout notre imaginaire qui se réalise.

(à suivre)

04/08/2007

All that jazz ! (New-Orleans, stage 6)

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Après la triste surprise de la nuit, Bourbon Street de jour prend l'air fatigué d'une vieille catin démaquillée.

Nous décidons, entre la fin de la journée de travail (cinq heures...) et le dîner (sept heures trente !) de donner une deuxième chance à la ville : partir en vadrouille, dans le quartier français.

La chaleur est pesante, les rues sont vides. Quelques échoppes sont ouvertes cependant, entre deux panneaux "A louer" ou "A vendre" accrochés aux balcons de fer forgé.

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Quartier-musée, la partie française recèle de jolies rues, de belles maisons endormies au soleil d'un 35° déclinant.
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Soudain, la mer, le fleuve.
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Immense flaque d'eau paisible, à peine le courant de déplacer quelques "flotteurs" - morceaux de bois égarés, branches mortes. Ainsi cette horizon paisible cache-t-il bien son jeu : imaginer cette eau dans la ville semble jeu imbécile. Pourtant, réel.

27/07/2007

All that jazz ! (New-Orleans, stage 5)

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La nuit tombe. Nous sortons de l'hôtel pour découvrir Bourbon Street. Le choc n'est pas celui qui nous espérions.

 

Quelle décalage entre la ville rêvée et la sinistre réalité !

 

Bourbon Street est une longue rue en décadence finale, hormis une "maison de jazz" cultivant des restes de nostalgie. Tout le reste n'est que foule errant sans but, néons vulgaires, spectacles de strip-tease, bières vendues par gobelets plastique de demi-litre, bars laids, sans décoration, bruyants de la pire pop mal rechantée en direct (MC Hammer, c'est dire...) !

 

L'oeil est constamment agressé de placards de femmes dénudées, certaines même réelles, en maillot de bain sur le pas de la porte pour attirer le chaland alcoolisé. L'oreille subit la cacophonie de mauvaises musiques dégueulant des bars. Le nez souffre de l'immonde odeur à mi-chemin entre l'eau stagnante et le vomi : ce sont les poubelles vidées qui exhalent ce détestable parfum, au point qu'à chaque poubelle enlevée, un employé pulvérise une giclée de désodorisant désinfectant - son effet ne dure que quelques minutes, dans la chaleur tropicale de la baie.

 

Les trois agressions mêlées forment l'image décadente d'une Sodome et Gomorhe de pacotille pour prédicateur enragé. Delenda est Cartago : certains de ces illuminés ont même appelé le cyclone "un châtiment divin"...

 

La déception est immense, submergeante. Quoi ?! Ce serait cela, La Nouvelle-Orléans ?

 

Heureusement, pas uniquement.

26/07/2007

All that jazz ! (Paris - New-Orleans, stage 4)

Le trajet entre l'aéroport Louis Armstrong et la ville ne prend que quelques minutes.

 

Oui, nous sommes bien en Amérique : routes à quatre voies (dans chaque sens), échangeurs sur trois hauteurs de pylônes de béton, la gueule allongée des trucks rutilants. Tout cette circulation irrigue le centre ville où pointent vers un ciel balafré les têtes carrées de quelques buildings.

 

L'hôtel retenu est en plein quartier français : Bourbon Street. Couvrant la moitié d'un block, ses façades en brique abritent un patio arboré - et moite - et, au troisième niveau, une piscine en plein air - moite aussi.

En fait, tout est moite, l'air est caribéen ou presque.

 

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Contrairement à mes collègues, j'aime bien ces hôtels luxueux un peu défraîchis, leur côté kitsch, presqu'assoupi. D'immenses couvre-lits molletonnés font écho aux fauteuils lourds à l'assise élimée. Le système de climatisation est bruyant, rudimentaire (off-slow-medium-maximum) mais offre l'option indispensable pour éviter les réveils nocturnes frigorifiés : le bouton OFF. La porte-fenêtre de la chambre donne sur un balcon commun et, au bout, sur la piscine. Mini-bar fermé à clé : nous sommes bien dans une zone touristique.

 

Au petit déjeuner, apparaîtra comme flagrant un des poncifs sur "les gens du Sud" : leur extrême politesse. Loin de l'accueil mécanique de New-York, pas un "good morning sir " qui ne soit suivi de "how are you today ?", pas un "thank you" acquitté par un "mmm mmm" en deux tons, ou un "you're welcome". Aucune sensation que cela est forcé, qu'il ne s'agit que d'un apprêt vernissant une éducation passable. Les gens ici sont réellement polis. Un vrai bonheur. C'est "Savannah" de Clint Eastwood.

 

Nous décidons une première balade nocturne, pour découvrir cette Bourbon Street refuge de nos imaginaires de jazz, de blues et de France abandonnée.

Le choc allait être rude.

24/07/2007

All that jazz ! (Paris - New-Orleans, stage 3)

L'embarquement dans le MD-88 à destination de La Nouvelle Orléans une fois terminé, on se dit que nos déboires tirent à leur fin.

 

Que nenni !

 

Un orage (au sens américain : en Europe, on appellerait plutôt ça une tempête...) au-dessus du Texas perturbe toute la circulation aérienne. Austin est fermé, les vols sont déroutés.

 

Quinze minutes passent, l'avion s'est seulement écarté du sas d'embarquement et attend, immobile, inutile, ni au terminal ni sur le taxiway. Le commandant nous informe de l'origine du souci et de son incapacité à nous préciser l'heure de notre décollage : il y a VINGT avions en attente sur la piste Sud et DIX-NEUF sur la piste Nord.

 

C'est la première fois de ma vie que je vois un bouchon d'avions, de toutes tailles, de tous constructeurs, sagement alignés, à la queue-leu-leu, roulant au pas quand le premier de la file a fini de s'élancer, distribués sur les différentes bretelles d'accès à la piste d'envol en fonction de la longueur de piste qui leur est chacun nécessaire.

 

C'est à la fois magnifique (quel accomplissement humain ! quelle organisation rendue visible par les retards !), ironique (un simple orage est capable de désorganiser le balai mécanique du contrôle aérien...) et humble (des centaines de personnes, dans des dizaines d'avions - littéralement -, minuscules coffrages d'aluminium sur le sol béton de l'immense hub d'Atlanta...). Totalement américain.

 

Le décollage, enfin.

 

Vingt-deux heures pleines que nous sommes partis : voilà l'aéroport Louis Armstrong, la climatisation glaciale en contraste de la chaleur moite de la Louisiane perçue dans le "cordon ombilical" entre l'avion et le terminal. Il n'y a pas ici de "musique d'aéroport", mais du jazz, du blues, des voix chaudes et des trompettes étouffées. La salle fait "provincial", comparée à l'immensité de l'escale précédente.

 

En route vers la ville, pour une arrivée complètement inattendue.

19/07/2007

All that jazz ! (Paris - New-Orleans, stage 2)

L'arrivée à Atlanta se passe dans le cauchemar voulu par l'administration Bush pour être certain que Ben Laden ou Kim Jong-Il ne débarque pas d'un vol commercial, et pour s'assurer que les américains qui rentrent au pays ont de bonnes raisons de le faire.

 

A chaque voyageur - touriste ou professionnel - de pays considérés comme présentant un risque (en gros, tous, sauf la Suisse, peut-être), le questionnaire se transforme en interrogatoire, les trois minutes habituelles en un bon tiers d'heure. Parfois résonne l'appel à un traducteur, d'allemand, d'albanais, ou à un "superviseur" - le terme pudique qui cache le refus d'entrée sur le territoire.

 

Quand j'atteins la file du guichet n° 34, indiquée avec cette politesse automatique légèrement comminatoire de l'employé qui passe sa vie à jouer les aiguilleurs, il n'y a que deux familles et une personne seule devant moi.

 

Amérique latine et Afrique.

 

Environ une demie-heure d'attente patiente (par force !)... et au total, plus de deux heures trente pour passer l'immigration. La correspondance pour La Nouvelle-Orléans est partie depuis longtemps.

 

Nos billets échangés, nous nous retrouvons, un collègue et moi, enregistrés sur le prochain départ, dans moins de vingt minutes. Un métro rapide nous emmène d'un terminal à l'autre. Au comptoir d'accueil du vol, le personnel nous informe que nous sommes en liste d'attente, avec cependant la priorité d'accès que confèrent nos billets "Affaires" et nos statuts de Frequent Flyers. Un écran diffuse en continu les quatre premières lettres du nom des personnes en attente et l'ordre dans la file - ainsi que les règles d'attribution des priorités : je trouve ce système lumineux, bien loin de la gestion quasi-secrète et propice à tous les soupçons de nos aéroports français.

 

Nos noms s'affichent sans prévenir en premier et deuxième. Quelques minutes passent, nous avons été rétrogradés en deuxième et troisième positions, mais nous sommes finalement appelés à embarquer dans un MD-88 au mileage avancé.

 

Assis compact dans cet appareil étroit, le commandant nous souhaite la bienvenue, nous indique qu'il est en partance pour La Nouvelle-Orléans et qu'il espère que c'est bien là que nous allons aussi ! Cette gentille décontraction me fait sourire, et presque oublier que nous avons déjà plus de deux heures de retard sur le programme prévu.

 

Retard qui ne va pas se réduire, au contraire.

16/07/2007

All that jazz ! (Paris - New-Orleans, stage 1)

Charles de Gaulle, 8h du matin.

 

Le nouveau terminal, accessible par navette, a la laideur fonctionnelle d'une zone partagée à parts strictement égales entre commerce (hors taxe) et sécurité. Au gris terne des portiques, anthracite des tapis défilant sous le jet continu des rayons X, répond la vulgarité crasse du clinquant d'un pseudo-luxe de marketing. Rose, or, argent, pilastres faux-bronze en temple cosmétique, le tout posé sur un parquet d'ersatz de bois : ces lieux n'existent pas, ces lieux n'excitent pas, un hors-la-vie dédié au culte du "sac plastique transparent refermable d'une contenance maximale de 1l" et à la cabale des quatre chiffres de votre Visa pucelée.

 

Boeing 767, plusieurs heures en parallèle.

 

L'immense chuintement sourd de l'expiration mécanique des réacteurs, de l'air glacé autour de la carlingue, ne berce ni n'endort. Le vol se perd en verticale des immensités arctiques - ou est-ce le caviar délavé d'une formation nébuleuse ? A 10 000 pieds mètres, cela n'a plus tant d'importance. Ni d'intérêt.

 

A l'inverse de l'Air France quasi-snob, la compagnie américaine a ceci de surprenant que l'on y est constamment servi - "attended". Presque trop : un verre vide, un réveil en creux, et déjà l'hôtesse est présente, le steward aux ordres. L'hilarité factice des voyages professionnels m'ennuie - jusqu'ici l'interdit du silence. Rien de tout cela n'est propice à l'envolée déconnectée, au surgissement libérateur des calligrammes obscurs.

 

Ce qui surgit est sur ma peau, mes paupières, mes mains, informulé de l'impensé, littéralement : la distance n'est qu'un contact, c'est le temps qui fuit pour un "dont acte" que je redoute et que j'attends. L'espoir d'une vie nouvelle, à plusieurs sens du terme, lui-même à plusieurs sens, mise en abîme des signifiants pour contourner, borner, le réel de ce qui va advenir par une ironique nativité du calendrier.
Par là, peut-être suis-je prêt pour le jazz, ready for the blues.

 

Voyageur de luxe dans l'univers des faux-semblants de compagnie.