22/08/2007

La dictature de l'émotion

D'où vient que la majorité (62% au dernier sondage) de mes contemporains semble incapable de prendre le nécessaire recul sur l'abjecte réalité qui est la nôtre ?

Dans ce terrible fait divers qu'est l'enlèvement et le viol d'un petit garçon, que nous dit-on en réalité ?

1. Pourquoi un homme dangereux a-t-il été libéré ?
Parce que c'est la loi. Sa peine est arrivée à son terme, il a été placé sous le régime de la surveillance judiciaire, c'est-à-dire d'un suivi après sa peine. N'importe quel criminel, à la fin de sa peine, est libre. Pas, heureusement, les criminels pédophiles, grâce à de récentes lois. Non, il n'a pas été "lâché dans la nature". Il y a des défaillances du système (libération le 6 juillet pour une convocation de surveillance judiciaire le 24 août...), mais pas de vide juridique complet.

2. Comment se fait-il que le Président ne parle que du suivi des agresseurs sexuels après la fin de leur peine ? (Mme Guigou, sur Europe 1, hier matin)
Parce qu'il existe déjà des lois régissant la peine des criminels sexuels pendant leur peine, lois dont Mme Guigou est à l'origine, et qu'on ne va pas refaire ce qui existe déjà (obligation de soins en contrepartie de la réduction de peine normale pour tout autre condamné, ...). Mais ça n'est pas politiquement "utile" de rappeler que cela existe déjà. Politicienne minable.

3. D'où vient que personne ne s'interroge intelligemment sur la notion de "collège médical" pour décider du sort d'un criminel sexuel ?
Si Quand la future loi sera passée, je peux déjà prédire qu'il y aura un jour, le cas d'un criminel pédophile libéré car considéré comme "non dangeureux" par le collège médical, et qui aura récidivé. Je prend les paris, hélas. On dira alors : "C'est la faute aux experts.". Ce qui conduira à l'établissement d'une loi encore plus stricte, encore plus anti-humaniste, de privation de liberté sans condition de soins.

4. Comment se fait-il que la seule réaction à "l'hôpital fermé pour délinquants sexuels" est "le bagne de Cayenne", ce qui, comme tout ce qui est excessif, est totalement crétin et insignifiant ? (cf. le Monde de ce jour)
La question est plus large que cela. Certains pédophiles sont capables de faire le chemin vers le suivi médico-psychiatrique qui peut leur permettre de sortir de leurs pulsions. D'autres non. Doit-on enfermer ces derniers hors de tout système de justice, à vie ? Je pose la question. La pédophilie est une construction déviante de la personne. Pas une maladie biologique ni une prédétermination génétique.

5. Les pédophiles sont-ils des monstres ?
Dire qu'un pédophile est un monstre, c'est nier son humanité. Non, les pédophiles ne sont pas des "monstres". Leurs actes sont immondes, monstrueux, mais eux sont humains : c'est pour cela que l'on peut les juger, les condamner et tenter de les guérir s'ils y sont prêts. Par tant, l'enfermement à vie sans jugement (ce à quoi revient "l'hôpital fermé après la peine") me pose un sérieux problème moral.

6. Un pédophile a-t-il le droit d'être en liberté ?
Se rend-on compte de l'horreur sous-jacente à la seule formulation de cette question ? Une catégorie d'êtres humains pourrait être, sans que ça ne choque personne, interdite du droit humain le plus fondamental, celui d'être libre, parce qu'une partie (une partie seulement) d'entre eux vont récidiver (on ne sait quand, on ne sait où) ?

 

Il n'y a pas de réponse simple à un problème aussi complexe. Je n'ai pas la solution. Il semble que des ensembles de mesures fonctionnent, cf. cet article (excellent, informatif et non engagé, pour une fois) de Rue89.com (lien trouvé chez Christophe).

 

Il y aura toujours un "risque pédophile", comme un "risque viol" ou un "risque tueur en série". On peut le limiter, on peut le diminuer.

 

Mais, hélas, le risque zéro n'existera jamais.

 

Et il nous faut vivre aussi avec cela, en tant que parents.