03/11/2007
La ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre
Je reste émerveillé par l'ingéniosité humaine. Surtout dans son versant "sens du commerce".
Prenez, (pas) au hasard, la rue Vavin, dans le VIème arrondissement de Paris. Les façades n'en sont pas hausmanniennes, mais restent typiquement parisiennes : hautes fenêtres devenant plus étroites dans les étages, portes en bois, l'obligatoire station de Vélib', à côté de la FNAC "Eveil et jeux".
Une rue qui ne paie pas de mine, entre le boulevard du Montparnasse et le jardin du Luxembourg.
Côté "Guignols", le jardin du Luxembourg.
Fort d'un sens du commerce rendu plus aigü par le portefeuille garni des habitants du quartier, la rue Vavin est progressivement devenu mono-activité :
des magasins de vêtements pour enfants, de 0 à 16 ans.
Que se passe-t-il quand votre épouse, enceinte de huit mois, s'oriente, tout à fait au hasard bien sûr, vers cette rue ?
TROIS HEURES de zigzag d'un trottoir à l'autre.
Une veste, deux t-shirts, deux salopettes, un pull en laine et un pyjama, de 3 à 9 mois.
(Ok, c'est super mignon, mais bon... En rentrant, je me suis vengé : huit bouteilles de vin au Monoprix !)

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02/10/2007
Légendes de Paris
Dans l'inconscient parisien, et dans la Légende *majuscule, oué* de l'Auvergne, dans la mémoire populaire, l'image du Bougnat est rémanente.
Et j'en ai enfin la preuve :

En sens inverse, on m'a souvent parlé de la Tour Montparnasse.
Monté sur le deuxième plus haut immeuble de Paris, mon oncle confirme notre impression : elle n'existe pas.
La preuve (photo garantie sans trucage) :

20:10 Publié dans Paris rêvé, vécu, vu | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : paris, auvergne, bougnat, montparnasse
06/12/2004
On a marché sur Paris
J'avais promis, un peu effrontément, l'orgueil gonflé, du rêve. C'était la fin de matinée, quelques heures devant moi. Le rendez-vous était tardif, trop pour un ciné, un théâtre, un spectacle.
Et puis je me suis rappelé. On avait parlé des lumières de Paris, la nuit, du bar panoramique du Concorde Lafayette aux rembardes de cuivre, aux moquettes so seventies. C'était un peu loin. Mais le ciel clair, percé de trois nuages, la fraîcheur revigorante d'un dernier novembre me criaient : "Oui, c'est une bonne et belle idée." La rêveréalité ne s'embarasse pas de mode d'emploi, de manuel d'instructions, de voie unique au parcours bien signalisé : on improviserait, et la ville, la nuit, nous guiderait.
Voici ce qu'il s'est passé.
J'arrive le premier à Montparnasse. Le parvis se trouve tout entier occupé par une patinoire en cours de mise en gel, ronronnement électrique des systèmes réfrigérants devant les bulles blanches du sas d'entrée. Le manège ne tourne plus, bâché à l'écart. Le Kiosque Théâtre est fermé - il est tard. Je suis le fléchage pour repérer l'entrée et acheter les billets. La caissière, d'une cinquantaine d'années un peu désuète, n'est pas seule : un petit garçon de six ans au regard rieur dessine en s'appliquant, s'interrompt, me regarde, chuchote quelque chose. "Mais vas-y, demande le lui", dit-elle. "Comment tu t'appelles ?" Je répond souriant, lui demande son prénom, on sourit tous à l'échange improbable, même si je n'ai pas entendu son nom. "Vous montez maintenant ?" demande la caissière. "Non, dans quelques minutes, j'attends quelqu'un, c'est une surprise." "Ah ! la personne ne sait pas qu'elle vient ici ?" "Non". Sourires, y compris la jeune fille à côté de moi, qui attend son groupe d'amis.
Billet en main, je ressors et me pose sur le parvis. Il fait froid, sec, les gens en transit d'un bus vers la gare, en retour d'un voyage court comme une petite valise à roulettes. Deux, trois personnes engoncées de cuir ont cette posture de l'attente, montre, téléphone, regard circulaire mains dans les poches épaules rentrées.
Elle arrive. Sans me voir pendant quelques secondes : je capture l'instant prémonitoire du "elle va me voir, elle sourira", micro-moment où le visage s'éclaire, passe de l'urbaine concentration à la radiance du plaisir. Elle porte ce manteau noir, long aux chevilles, que je commence à connaître, protection de tous côtés sauf qu'il est ouvert : en marchant, son pan bat parfois ma cheville - et ça ne nous donne pas envie de nous écarter.
Je l'entraîne étonnée vers l'entresol de béton époxy qui s'ouvrira sur l'ascenseur au décor de rape à fromage métallisée. C'est horriblement d'époque. On monte. Il faut trente-huit secondes pour cinquante-six étages. et en même temps, on s'en fout royal. On est seuls dans la verticale pressurisée, cling cling régulier, les étages défilent comme aspirés. L'arrivée est décevante, comme une cafétéria d'aérogare. Mais...
au-delà des vitres
partout alentour
il y a
Paris
Paris illuminée de sodium, d'orangés, les feux des voitures en ruban bicolore, on a du mal à se repérer au début, ça y est, là est la rue de Rennes, on regarde le Nord, le plan se dessine, là-bas la Seine, la Samaritaine violacée en repère. On voit la ville se surimposer aux lignes de lumière. A droite Notre Dame plus loin la TGB, voilà le Panthéon au dôme vert-de-grisé.
On se décale et c'est la Concorde embouteillée, le Crillon luminescent en marqueur horizontal. Au fond le Sacré Coeur se laisse à peine deviner, on continue à tourner.
La Tour Eiffel, phare d'une nuit onirique. Il est presque l'heure pile. "Attend, elle devrait s'illuminer." Voilà, ! en écho à ses yeux les milliers de flash sur la ville, lucioles permanentes des nocturnes désassemblés. On vole ce temps en espoir.
Montons. Montons trois étages à pied, un sas en double porte, c'est la terrasse extérieure, cercle blanc pour un hélicoptère, des antennes par dizaines en verticales de la nuit fragmentée. Il fait plus froid, il n'y a pas de vent. On marche sur Paris, tout est si clair sans ces laides vitres teintées. La ville est à nos pieds, on voit, on entend jusqu'à Orly, le hurlement lointain des réacteurs à pleine poussée, comme étouffé. La bruyance urbaine est attenuée, aussi. Le seul plus haut est la Dame de Fer.
On se noie dans Paris, deux anges immobiles sur les ailes d'un désir coloré. Peu de paroles, innécessaires pour se sentir transportés dans le miracle de l'heure sublime.
En descendant, on s'apesantit dans le freinage de l'ascenseur. Dehors il fait moins froid, deux cents mètres plus bas. Curieux métronomique, je regarde ma montre : cela fait presque deux heures que nous voyageons dans l'ici-ailleurs. "Viens, je t'emmène dîner."
Je voulais partager un rêve : je crois que tu as rêvé.
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