23/01/2006
L'enfant de la ligne lune
Elle était assise, un peu assourdie, les mains jointes paumes tournées vers le ciel. Son visage mutin paraisait perdu dans les tumultes des pensées de l'adolescence. Une note, un devoir ? Une dispute familiale ? L'inconfort ignorant d'une histoire d'amour compromise par trop d'heures de skate et de console ?
Peut-être tout simplement la nostalgie du départ.
Ses cheveux sous les épaules étaient effilés, tenus sur le côté par un simple élastique, un peu lâche. C'était un joli mouvement, qui offrait son visage à la lumière blafarde d'une rame de la ligne 1.
Sur ses genoux, un vieux sac en toile militaire, taché d'encre et de tipp-ex.
Dans l'exploration d'elle-même, elle ne relevait pas la tête aux bousculades d'une porte, au crin-crin absurde des mendiants enviolonnés. Elle gardait les pieds sous le strapontin, cachés dans la largeur démesurée d'un jogging à pattes d'éléphant. Noir, deux bandes fuschia.
Le vieil homme au discours mécanique "pièce - ticket restaurant - sourire" ne la perturbait pas non plus.
Petit à petit, elle devenait imperceptible à la masse urgente.
Petit à petit, la jeune fille au regard lent se dissolvait.
Petit à petit, elle disparaissait dans l'autre dimension.
A Concorde, le strapontin se leva doucement, une larme en suspension.
A Concorde, elle changea de monde sans changer de rame.
Elle poursuivrait son voyage dans l'onirimonde des effacés.
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29/07/2004
Métro-polis
Le coeur s'épanouit parfois coruscant à la pénombre du soir commençant : un appel, en route, entrevue financière improvisée - il est 22h, le banquier fait ses heures supplémentaires.
Les souricettes noires grises des rails du métro vadrouillent curieuses au nettoyage des détritus organiques, saoûlées de l'air vibrant des extracteurs pollués - chant grave tibétain en prière à la modernité d'acier stridulant, recomposé, réorchestré. Le carrelage blanc trahit irrégulier l'intention de l'humaine construction *rien n'est parfait sous terre, c'est juste bien ingénié*.
A l'approche de la rame, c'est l'été, quai jeté d'éclats de voix colorés, jusque rauques alcoolisée des clochards tapissiers. Un matelas porté par deux japonaises. Des tenues de sortie, jupe lamée nu-pieds, le téléphone d'accompagnement et le boyfriend accessoire. En noir, les deux. Ou l'inverse. L'inévitable survet bleu trois bandes - vintage absolu ou parfait démodé ?
Béton sonore des travées enterrées - on les a repeintes en clair, aube artificielle de nos voyages transquotidiens. Qui sont les taggueurs rouge, noir, bleu, vert des corridors obscurcis ? On ne les voit jamais, intervenants nocturnes de souterrains clos ? champions gonflés d'hormones des heures d'ouverture ? ouvriers retors, pyromanes du nettoyage commandé *"au moins, j'aurai un boulot demain !"*
Et, mouvement, les flashs, néons, clignotent, visages reflétés.
On sort, l'air est doux, le bar presque vide, James Stewart en reconnaissance *comment on l'a su ? aucune idée*, grande discussion, bravo pour le concours d'entrée !
Les deux heures portières nous échappent, on sort. Vadrouille - Blanche en travaux, on est un peu privé. Retour au foyer, c'est l'heure de reposer.
L'angoisse nocturne peut être apaisée déambulante sur l'âme de la ville.
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