01/06/2007

La solitude, Léo Ferré (extrait)

Le désespoir est la forme supérieure de la critique.

Pour le moment, nous l'appellerons : bonheur.

23/05/2007

On s'aimera (Léo Ferré)

On s'aim'ra
pour un quignon d'soleil
qui s'étire pareil
au feu d'un feu de bois
on s'aim'ra
pour des feuilles mourant
sous l'oeil indifférent
de Monseigneur le Froid

On s'aim'ra cet automne
quand ça fum' que du blond
quand sonne à la Sorbonne
l'heure de la leçon
quand les oiseaux frileux
se prennent par la taille
et qu'il fait encor bleu
dans le ciel en bataille

On s'aim'ra
pour un manteau pelé
par les ciseaux gelés
du tailleur des frimas
On s'aim'ra
pour la boule de gui
que l'an neuf à minuit
a roulée sous nos pas

On s'aim'ra cet hiver
quand la terre est peignée
quand s'est tu le concert
des oiseaux envolés
quand le ciel est si bas
qu'on l'croit au rez-d'chaussée
et qu'le temps des lilas
n'est pas près d'êt' chanté

On s'aim'ra
pour un tapis tout vert
où comm' les filles de l'air
les abeilles vont jouer
On s'aim'ra
pour ces bourgeons d'amour
qui allong'nt aux beaux jours
les bras de la forêt

On s'aim'ra ce printemps
quand les soucis guignols
dansent le french cancan
au son du rossignol
quand le chignon d'hiver
de la terre endormie
se défait pour refaire
l'amour avec la vie

On s'aim'ra
pour une vague bleue
qui fait tout ce qu'on veut
qui marche sur le dos
On s'aim'ra
pour le sel et le pré
de la plage râpée
où dorment les corbeaux

06/03/2007

Richard (Léo Ferré)

[Le père d'une très bonne amie est mort le 18 février. Le père de l'oncle de Elle est mort avant-hier. Ma grand-mère s'efface progressivement. In the mood for...]

 

Les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles
A certaines heures pâles de la nuit
Près d'une machine à sous, avec des problèmes d'hommes, simplement
Des problèmes de mélancolie
Alors, on boit un verre, en regardant loin derrière la glace du comptoir
Et l'on se dit qu'il est bien tard...

Richard, ça va ?

Nous avons eu nos nuits comme ça, toi et moi
Accoudés à ce bar devant la bière allemande
Quand je nous y revois des fois je me demande
Si les copains de ces temps-là vivaient parfois

Richard, ça va ?

Si les copains cassaient leur âme à tant presser
Le citron de la nuit dans les brumes pernod
Si les filles prenaient le temps de dire un mot
A cette nuit qui les tenait, qui les berçait

Richard, ça va ?

A cette nuit comme une sœur de charité
Longue robe traînant sur leurs pas de bravade
Caressant de l'ourlet les pâles camarades
Qui venaient pour causer de rien ou d'amitié
Nous avons eu nos nuits...

Richard eh ! Richard !

Les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles
A certaines heures pâles de la nuit
Près d'une machine à sous avec des problèmes d'hommes, simplement
Des problèmes de mélancolie
Alors on boit un verre en regardant loin derrière la glace du comptoir
Et l'on se dit qu'il est bien tard...

Richard ! Encore un p'tit pour la route ?
Richard ! Encore un p'tit pour la route ?
Eh ! M'sieur Richard, encore un p'tit pour la route ?
Allons ! Richard... Richard... encore un p'tit !

31/10/2006

Petite (Léo Ferré)

(Une telle chanson serait-elle diffusable aujourd'hui ? Y aurait-il une "excuse au nom de l'art" ou une condamnation sans appel "car cela risque de..." ou "cela fait le jeu de..." ? Est-il possible de lire Bagatelle pour un massacre sans être taxé d'antisémitisme, de critiquer l'Islam sans être taxé d'islamophobie ? A contrario, "la liberté d'expression absolue" est-elle souhaitable, si elle conduit à lire des horreurs du genre : tous les *mettez ici le groupe qui vous obsède* devraient être exterminés ?)

 

Tu as des yeux d'enfant malade
Et moi j'ai des yeux de marlou
Quand tu es sortie de l'école
Tu m'as lancé tes petits yeux doux
Et regardé pas n'importe où
Et regardé pas n'importe où

Ah! petite Ah! petite
Je t'apprendrai le verbe "aimer"
Qui se décline doucement
Loin des jaloux et des tourments
Comme le jour qui va baissant
Comme le jour qui va baissant

Tu as le col d'un enfant cygne
Et moi j'ai des mains de velours
Et quand tu marchais dans la cour
Tu t'apprenais à me faire signe
Comme si tu avais eu vingt ans
Comme si tu avais eu vingt ans

Ah! petite Ah! petite
Je t'apprendrai à tant mourir
A t'en aller tout doucement
Loin des jaloux et des tourments
Comme je jour qui va mourant
Comme je jour qui va mourant

Tu as le buste des outrages
Et moi je me prends à rêver
Pour ne pas fendre ton corsage
Qui ne recouvre qu'une idée
Une idée qui va son chemin
Une idée qui va son chemin

Ah! petite Ah! petite
Tu peux reprendre ton cerceau
Et t'en aller tout doucement
Loin de moi et de mes tourments
Tu reviendras me voir bientôt
Tu reviendras me voir bientôt

Le jour où ça ne m'ira plus
Quand sous ta robe il n'y aura plus
Le Code pénal