05/04/2007
Logique et politique font-elles bon ménage ?
Disclaimer : la question de mon vote personnel ne se pose pas. Comme tout être humain ayant rencontré la Lumière et vivant dans la béatitude de Sa Divine Félinité, adhérent jouyeux et volontaire - à jour de ses cotisations - au J2XMMUFC, je voterai Jean-Xanax. (Mortissa, pose ce bazooka, s'il te plaît !)
J'observe avec un certain recul la campagne. Recul basé sur mes souvenirs de 1995 (Arlette Chabot à Jacques Chirac, sur Europe 1 : "M. Chirac, allez-vous vous retirer de la course ?". Il était à 17%.) et de 2002 (pas besoin de m'étendre).
Il y a quelques leitmotivs qui me tourmentent, cependant :
- "Il faut voter utile à gauche, c'est-à-dire voter Royal" - la notion de "vote utile", outre que je la trouve culpabilisatrice (sous-entendu : les autres votes sont inutiles et donc vouloir autre chose que l'affrontement PS-UMP est inutile), manifestant un échec du politique (si la seule raison pour voter, c'est l'utilité...) et méprisante ("Pauvres naïfs ! Voter suivant vos envies, mais vous n'y pensez pas ! Il faut voter u-ti-le !), étrangement, ne s'applique qu'au vote du premier tour : ce qui compte c'est que Royal soit au second tour, quelles qu'en soient les conséquences prévisibles. Cf. point suivant.
- "Il faut voter Royal pour faire barrage à Sarkozy" - pourtant, (quasiment) TOUS les duels de second tour Royal/Sarkozy se terminent par la victoire de ce dernier. A l'heure actuelle (souvent sondage varie, bien fol est qui s'y fie), Royal au second tour EGALE victoire de Sarkozy. Alors que TOUS les duels Bayrou/Sarkozy voient le centriste l'emporter. La conclusion logique serait donc : "Il faut voter Bayrou pour faire barrage à Sarkozy".
- Ce qui nous ramène au premier point : le "vote utile", c'est-à-dire le vote qui assure de la façon la moins improbable la défaite de Sarkozy est... le vote Bayrou !
- "Si Bayrou l'emportait, il ne pourrait pas gouverner : il n'a personne avec lui" - ah bon ? Chirac en 1995 n'avait ni parti ni soutiens, à part Michel Debré et Alain Juppé. Ca ne l'a pas empêché de faire un gouvernement. Je gage que dès le 22 avril au soir, le grand bal des ralliés sera ouvert... "Paris vaut bien une messe", l'histoire bégaie souvent.
- "Si Bayrou l'emportait, il n'aurait pas de majorité" - en 1981, les Français ont donné une majorité à Mitterrand, qui avait certes le PS et le PC (ce qui n'était pas anecdotique, alors) à ses côtés. Mais on ne sache pas que les 15% de Français qui ont fait la majorité rose se soient convertis à la gauche à vie. Cf. 1986, retour à droite. Je crois que Mitterrand et Bayrou ont tout à fait raison quant à la cohérence des Français dans leur choix. Cf. 1988 et la "majorité présidentielle" tontonmaniaque ; 2002 et la "vague bleue". Seule inconnue : l'ampleur de la "vague orange" aux législatives.
- Quand bien même Bayrou n'aurait pas de majorité, qui l'aurait ? Il en résulterait soit un gouvernement de cohabitation, soit un gouvernement de compromis entre le PS, l'UDF/majorité présidentielle et l'UMP. L'option de la motion de censure n'est pas viable car le président répondrait par une dissolution, avec cette fois LA PREUVE PAR LA CENSURE qu'il faut lui donner une majorité... La Constitution de la Veme République est fondamentalement incapable d'enclencher une situation d'instabilité permanente - c'était même son objectif initial, pour fuir les errements de la IVeme.
- "Le Pen pourrait être au second tour" - dans ce cas, il n'y a même pas à s'inquiéter (sauf de la faille entre les Français et leurs politiques. Personnellement, dans ce cas, je jette plutôt la pierre aux politiques : comment ont-ils pu à ce point nous désintéresser ?) : le Président, élu à 70%, sera son adversaire du moment, quel qu'il soit. Même Bové y arriverait.
- A l'heure présente, quel adversaire Sarkozy a-t-il intérêt à avoir au second tour ? Tous, sauf Bayrou. Sarkozy a donc objectivement besoin de flinguer Bayrou.
- Quel adversaire Royal a-t-elle intérêt à avoir au second tour ? Aucun, sauf Le Pen. Mais encore faut-il qu'elle soit au second tour : elle a donc objectivement besoin d'appeler au "vote utile" (pour sa gauche) et de flinguer Bayrou (pour sa "droite").
- Quel adversaire Bayrou a-t-il intérêt à avoir au second tour ? Aucun en particulier, mais un bémol pour Royal. Il a objectivement besoin de piquer le maximum de voix de gauche, Sarkozy le bloquant à droite.
- "Bayrou fera un mauvais président" - franchement, depuis quand se soucie-t-on de la compétence des politiques ? :-)
Tout cela n'est que la énième redite (Mitterrand-Giscard-Chirac en 1981, Mitterrand-Barre-Chirac en 1988, Jospin-Chirac-Balladur en 1995, Jospin-Chirac-Le Pen en 2002) de l'impossible recherche de la "Troisième Voie". Ca a toujours échoué jusqu'ici, SAUF en 1995.
Comme au poker, "the winner takes it all".
On va vivre une période intéressante...

17:50 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : présidentielle, royal, bayrou, sarkozy, le pen





