20/03/2008
Le citoyen, l'Etat et la mort
(vrac)
Sous-jacent : même si le citoyen peut agir sur sa vie, et l'interrompre, l'Etat peut, sans empiéter sur cette liberté, considérer que la vie d'un citoyen a une valeur en elle-même et pour la communauté, qui justifie qu'il intervienne pour limiter le plus possible la commission du suicide. L'Etat peut-il protéger les citoyens contre eux-mêmes ? Cf. internement psychiatrique, même si la question de "soi-même" en psychiatrie est non résolue (un psychotique est-il "lui-même" ? -> le "discernement aboli" en droit). Par extension, toute politique de prévention ?
Un citoyen "en bonne santé" peut-il mettre fin à ses jours ? Oui. A la fois dans les faits et dans le droit.
Quel rôle pour l'Etat ? Préventif du suicide ?
Un citoyen malade mais curable peut-il mettre fin à ses jours ? Oui. Idem.
Quel rôle pour l'Etat ? Préventif du suicide, curatif de la maladie ?
Un citoyen malade, incurable et dont on ne peut soulager la douleur peut-il mettre fin à ses jours ? Oui.
Quel rôle pour l'Etat ? Accompagner l'acte de suicide en soulageant la douleur, mais sans intervenir sur l'acte mortel lui-même. Cf. loi Léonetti. Autre problème : cette loi revient à dire que la volonté du malade est constitutive d'une "excuse de suicide" pour les praticiens qui, par un acte physique, interrompront les traitements. "Interrompre les traitements" n'est pas considéré comme un acte directement létal.
Un citoyen malade, incurable, incapable d'agir ? Théoriquement oui, mais il ne peut le faire. Il demandera donc de l'aide.
Quel rôle pour l'Etat ? Est-il un rôle possible de l'Etat qui soit actif, dans l'accompagnement vers le suicide ? "L'excuse de suicide" va-t-elle jusqu'à l'accomplissement de l'acte directement létal ?
Quelle valeur a "la volonté de suicide" au filtre de l'insupportable douleur ? Nécessité d'agir sur la douleur AVANT : le discernement, la volonté ne doivent pas être parasitées.
L'Etat peut-il, doit-il prendre en partie à sa charge le surgissement du Réel (de la mort), en organisant un Imaginaire (social) de l'assistance (et non de l'accompagnement, passif) à la fin de vie reposant sur le Symbolique de la loi ? (*)L'Etat, objet/sujet symbolique par excellence, agissant dans l'imaginaire et protégeant du réel ?
Est-ce son rôle ? La scène du suicide assisté dans "Soleil Vert" est-elle dans le rôle de l'Etat ?
Est-il dans le rôle de l'Etat d'accompagner par le dit législatif le chemin vers l'indicible absolu ? Et si oui, pour quels motifs ? Les dommages collatéraux du réel sur les autres membres de la communauté ? Dans quel objectif social ? Soulager celui qui part et ceux qui restent ? Un soin de confort ??!! Au nom de quoi protéger les autres de dommages en donnant la mort est-il recevable pour le suicide assisté et irrecevable pour la peine de mort ? Le "risque d'erreur judiciaire" n'est pas un argument recevable : un traitement pourrait apparaître plus tard et sauver celui qui voulait en finir, même logique. Donc ce n'est pas une question logique, mais une question de Valeurs. Donc de Sens. CQFD.
Le Sens de l'Etat peut-il aller jusqu'à assister la mort d'un citoyen, sans autre valeur que la volonté de la personne ? Accomplir la volonté d'un citoyen qui est incapable de passer sa volonté en acte est-il dans le rôle de l'Etat ? Version choquante : l'Etat doit-il se substituer aux citoyens pour accéder à leur désir ? Le Désir de l'un peut-il s'imposer comme Loi aux autres ? (**) (hors sujet : tiens, ça rappelle le diptyque Vengeance/Justice) (hors sujet : l'époque est à la toute-puissance...) (hors sujet : la guerre. Valeur : la défense de la communauté = il y a une valeur au niveau de l'Etat qui peut justifier l'intervention de l'Etat sur la vie privée) (hors sujet total : l'IVG. Pose la question de la définition de la "personne". Détecteur de cons : ceux qui feront le rapprochement IVG/euthanasie.)
Peut-on donner la mort par compassion et ne pas en porter le fardeau ? Ou en transférer le fardeau sur la communauté, c'est-à-dire sur tous, en s'imaginant ainsi le diluer, ce qui est faux ? (il n'y a qu'à voir les troubles chez les soldats retour de guerre, alors que la création de sens était présente et répétée au quotidien) (parallèle giraldien : le bourreau, définit par la société comme hors la société à cause de son rôle d'exécuteur des hautes oeuvres pour le compte de la société)
Extension : le "faire sens" judiciaire actuel est-il suffisant pour borner le réel de l'acte meurtrier ? => ce n'est pas une loi sur l'euthanasie qu'il faut, mais une "circonstance atténuante" ? Cf. jugement Humbert. Mais une "circonstance atténuante" impliquerait de définir le cadre dans lequel elle pourrait s'appliquer au juge => encadrer non pas l'acte létal (vous avez le droit de tuer) mais le processus qui conduit le responsable à décider d'agir (vous avez pris le droit de tuer, mais en mettant tout en oeuvre, conformément à la loi, pour vous assurer de n'être que l'agent de la volonté de la personne suicidée). Mouais... Cela dit, les Belges ont raison : la multiplication des étapes de procédure dissout la perception de la responsabilité de l'acte. Mais ça n'est que le cache-misère de l'absence de réponse à la question du rapport de la communauté et du desir de mort individuel.
Le monopole de la violence légale peut-il aller jusqu'à l'assistance au suicide ?
Autre approche : on pourra critiquer "assistance au suicide". L'euthanasie pouvant être vue comme la réparation d'un dysfonctionnement de la personne, qui ne peut elle-même mettre fin à ses jours. Renvoie à la toute-puissance, au désir de l'un comme loi des autres : en quoi/au nom de quoi/pourquoi l'Etat devrait-il se substituer à la capacité défaillante d'un de ses membres ? Illusion de l'égalitarisme à tout crin : s'il en était capable, il le ferait. il n'en est pas capable, l'Etat doit s'en charger -> l'Etat responsable des accidents de la vie ?! On retombe sur l'Etat remède au Réel ? Cf. la pénible rhétorique actuelle sur "le droit des victimes".
(A titre perso : comment articuler "compassion" et "donner la mort" dans une perspective chrétienne ? - hors sujet) (***)
(*oui, lacanien) (** freudien, aussi) (*** et croyant) Quand je vous dis que j'ai mes contradictions...
15:00 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sebire, suicide assiste, euthanasie, etat, loi, lacan, freud
07/10/2004
Jacques Lacan
Qu'est-ce à dire, si ce n'est que l'hystérique bien sûr ne peut pas faire autre chose que de chercher le désir de l'Autre là où il est, où il laisse sa trace chez l'autre, dans l'utopie, pour ne pas dire l'atopie, la détresse, voire la fiction ; bref que c'est par la voie de la manifestation comme on peut s'y attendre, que se montrent tous les aspects symptomatiques.
*pourquoi ça gêne, là ?*
19:15 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lacan, psychologie





