12/01/2007

A LIRE : Kafka sur le rivage (Haruki Murakami)

medium_kafka_sur_le_rivage.2.jpgFabuleux roman, à déconseiller aux esprits trop cartésiens.

 

Un jeune garçon de quinze ans décide de fuguer. Il parle souvent au "garçon qui s'appelle Corbeau". Il porte en lui le poids d'une malédiction lancée par son père.
Une classe entière, seize enfants s'évanouissent simultanément lors d'une sortie en forêt, en 1945, puis se réveillent sans aucun souvenir des heures passées.
Un vieux monsieur, simple d'esprit, retrouve des félins perdus. Il parle aux chats qu'il croise et rencontre Johnny Walker (le personnage du whiskhy).

 

Murakami écrit un roman magnifique. Dans une structure classique - des fils narratifs qui convergent vers l'événement final -, il déploie un style imagé et descriptif, par touches délicates, pour créer un ouvrage d'une finesse, d'une érudition et d'une richesse magiques. Son Japon est habité d'un très léger décentrement par rapport à la réalité : on y fabrique une flûte à partir d'âmes de chats, on y rencontre des soldats déserteurs de 1940 au coeur d'une forêt, il y pleut des maquereaux (les poissons). On pense souvent aux dessins animés de Miyazaki, en moins candide.

 

Tout cela sans fausse note, sans ficelle visible : ce qui arrive... arrive ; ce qui doit être fait, est fait. Chercher une explication n'a pas beaucoup de sens pratique : mieux vaut agir. Le destin, le fatum, est une force meilleure accompagnatrice qu'adversaire - de toute façon, on ne saurait y échapper. Se l'approprier, c'est en devenir l'acteur, et non plus le jouet.

 

Là est ce qui nous rend libre.

 

(Difficile d'en parler sans trop déflorer les nombreux rebondissements, les très belles idées, le foisonnement culturel, la subtilité du roman.)