31/03/2005
Identification des schémas, William Gibson
Tommy Hilfiger, ça ne rate jamais. Pourtant, elle se croyait à l'abri, maintenant. A New York, on lui avait dit qu'il était en pleine dégringolade. Comme Benetton. Que le nom allait rester, mais pour elle, le poison serait dissipé. C'est une question de contexte, ici. A Londres, elle est prise au dépourvu. La réaction est instinctive. Comme quand on mord dans une feuille d'alu.
Un coup d'oeil à droite, l'avalanche déboule. Une montagne de Tommy déferle dans sa tête.
Mon Dieu, ils ne savent pas ? Ce truc est un simulacre de simulacre de simulacre. Un ersatz dilué de Ralph Lauren, déjà reliquat de la gloire passée des Brooks Brothers, eux-mêmes tout juste à la hauteur de Jermyn Street et de Savile Row, agrémentant leur prêt-à-porter de maille polo et de galons de régiment. Mais Tommy, c'est vraiment le degré zéro. Le trou noir. Il doit y avoir un plancher Tommy Hilfiger, en dessous duquel on ne peut pas descendre. On ne peut pas s'éloigner davantage de la source, se vider davantage de sa substance. Du moins elle l'espère, sans savoir. Elle suppose même que c'est exactement ce qui garantit la longévité de la marque.
Il faut qu'elle sorte de ce logorinthe, et vite.
(...)
Au bar, quelques Euromâles de la race des costumes sombres fument leur inévitable cigarette.
23:25 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gibson





