06/08/2004
Austerlitz
La gare va bientôt fermer. Vigile en noir, chien au pied pour surveiller la continuité des quais presque vides - le train de nuit pour Irun et Tarbes charge un groupe sacadossé.
Instantanés : un cercle d'ados assis sur leurs bagages. L'inusable clochard endormi sur un banc, zone d'odeur bien dégagée. Le dernier bar ferme, les chaises sont empilées, la dernier garçon éponge le zinc, lumières mi-baissées. Des VTTistes casqués incongrus, une famille, bébés sur leur siège, *où est la caméra de Tati ?!* que font-ils sur le bord du quai numéro 14 ? Une jeune femme seule, valises tout près, muraille. Un diesel se lance, son clair à deux tonalités. Ca sent le shit aussi, dans les recoins obscurs. La salle d'attente en dortoir. L'air est immobile, traversé de voiturettes électriques. Main au revolver, un garde armé traverse le champ, une sacoche à la main - la monnaie pour une autre journée ? Le couple derrière moi se fait la lecture, magazine d'été. Les gars des différentes sécurités se saluent, poignée de main virile, une caresse mâle pour le berger muselé.
Ils sont étonnants, ces destins croisés. Les gens ne se parlent pas, à peine se regardent. On est venu attendre, partir, rester, je ne sais. Le clochard, lui, va rester jusqu'à plus soif.
Humanité vivante : la jeune fille à l'oeil inquiet et triste demande "une minute de communication" à son voisin méfiant : "pour appeler où ?". Elégante délicate, elle est belle, l'air fatigué. Le voisin fait la gueule, plutôt pour le principe : il n'a pas refusé.
La structure métallique renvoie les sifflets des derniers départs. En continuité des voies, la ville se déploie, l'ailleurs s'imagine. Les gens n'ont pas l'air pressé - du temps suspendu ? volé ? détourné ? Un pigeon s'est perdu sous la verrière, il vadrouille dodelinant du chef sur le revêtement clair. Voyagerait-il, celui-là ?
Il y a du bonheur, de la fatigue, des enfants somnolent, de l'attente, une rose emballée, deux cigarettes allumées, on cherche dans son sac, c'est l'heure où les agents retournent à leur foyer.
La jeune fille est inquiète, rongée - cela se voit.
Ils sont tous beaux. Humains. Mes frères.
*La foule descend du train, deux mains levées en "bonjour" amoureux, à cent mètres de distance. Le flux me traverse, éclats de voix. Les voilà. "Bonsoir !"*
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Vues de mon quartier
La Tour Eiffel comme un phare orangé dans le ciel diadème des néons indicateurs, luit, pinceau lumineux pour souligner le soir. En terrasse, des groupes échancrés, verre en main, discutent d'amitié, c'est la fin du dîner. Le chien au bout de sa laisse a l'humeur curieuse *les brasseries en terrasse, supplice canin ?*.
Il est 22h.
Les phares dessinent des yeux étonnés sur le bitume chauffé, Twingo timide et grosse cylindrée sont à égalité dans le nocturne parisien : on avance, on tourne, on disparaît. Les feux tricolores s'amusent, il n'y a plus personne à arrêter - août.
Et la Dame veille sur son troupeau moutonnier, alpage d'asphalte pour citadins et touristes, la ville est commune, polyphonique, entrelacée.
Apparition spontanée : un arbre en pot passe en vadrouille, trois copines en emménagement : c'est bientôt la rentrée - et Cartier-Bresson s'en est allé !
*"On rentre ce soir, peux-tu nous héberger ?" Rendez-vous à la gare. J'interdis que l'on se restaure de sandwich cellophanés ! Il fait été : une salade, quelques fraises, une glace au lait, tout est préparé. Ce soir je suis hôte en force d'action rapide - j'ai même pris le temps de dîner !*
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