18/08/2006
Le "journalisme-citoyen", un concept fumeux ?
Je lis depuis quelques temps déjà des sites ou des blogs revendiquant un lien avec le concept de "journalisme-citoyen". Si l'idéal est beau, l'impression que je retire de cette fréquentation est hélas presque toujours négative.
En effet, se cotoient des articles de fond sur une problématique dont le rédacteur a connaissance (voire, est un expert) ; des articles d'opinion sur des sujets polémiques - ce qui permet d'écouter différentes voix sur un même sujet ; des articles de niveau professionnel (rédigés par des journalistes "réels" ou pas) ; des élucubrations au style incompréhensible ; des articles de café du commerce ; des tombereaux de propagande ; etc.
Le problème est que la structure même de site place tous ces articles AU MEME NIVEAU : il en ressort une totale indifférenciation entre (au hasard) la cohorte des articles "dénonçant" le "complot des gouvernements contre les peuples" (très à la mode en ce moment), et les quelques articles proposant un angle, une réflexion, un cheminement intellectuel respectables (même si l'on n'est pas d'accord).
Cette indifférenciation n'est d'ailleurs que le reflet de celle qui a lieu sur Internet, elle-même reflet de celui qui nous occupe les pupilles et les oreilles (télé et radio). Est-ce que cela a commencé avec La guerre des mondes (à la radio, pas le film...) - le mensonge réaliste ? Aggravé par les grandes époques de propagande d'Etat - la réalité mensongère ? J'ai de plus en plus l'impression que la première réaction à "l'information" se transforme de "quelle nouvelle aujourd'hui ?" à "quel mensonge aujourd'hui ?" - sans pour autant, paradoxe, que ne diminue l'appétit pour ladite information... en laquelle on ne croira pas et qui confirmera (puisqu'on ne la croit pas) "qu'on nous cache des choses". Cercle vicieux de l'illogique.
Un exemple : le blog collectif du journal anglais The Guardian, qui mêle journalistes et auteurs indépendants. Plusieurs références sur Agoravox et ailleurs ont été faites à des opinions émises sur ce blog comme à des "articles du Guardian". Ce qui est totalement faux et très rapide à voir.
Les articles de ces sites peuvent être commentés. Que lit-on dans les commentaires ? Pour une réaction "intelligente" (argumentée ou démonstrative ou explicative ou...., bref, faisant appel à un échange intellectuel), combien de vitupérations, d'accusations de "complotisme", de "sionisme", de "racisme", etc. Ah ça, le point Godwin est vite atteint !
Il n'y a pas de débat, mais des bordées de condamnations réciproques.
L'impression que j'en retire est celle d'un déversoir des passions au milieu duquel nagerait quelques bribes informatives. Est-il "rentable" pour l'esprit de séparer le bon grain de l'ivraie ? D'un point de vue philosophique, oui - ça exerce l'esprit critique. D'un point de vue pratique, la cacophonie est épuisante. D'un point de vue logique, démonter les affirmations des mauvais articles en cherchant des preuves ailleurs est chronophage et en plus, on finit par se retrouver souvent plus proche de "la version officielle" que des autres, par simple exercice du rasoir d'Ockham.
Un récent rapport (j'ai perdu les références) soulignait que les usagers d'Internet passent essentiellement leur temps à rechercher des idées qui confortent les leurs. Outre que c'est un comportement vieux comme le monde, ou au moins comme la parole, la conséquence, de mon point de vue, en est la fragmentation du réel en facettes idéologiques irréconciliables.
C'est normal entre deux belligérants, moins entre deux citoyens en paix.
Bien sûr, le débat est toujours nécessaire : des visions différentes du réel doivent s'écrire. Mais quand ce sont les faits qui sont niés, que reste-t-il ? Comment prouver que quelque chose qui a eu lieu a bien eu lieu à quelqu'un qui le nie au prétexte d'un complot caché d'une officine secrète - généralement américano-sioniste ou militaro-industrielle ?
Alors, que faire du "journalisme-citoyen" ? A mon sens, sa grandeur réside dans le témoignage (j'y étais, j'ai vu, je décris ; ou : je connais, j'explique). Mais éructer ses thèses, en ne reprenant que des articles qui les confirment par avance, sous le masque bicéphale du "journalisme-citoyen"... c'est une autre forme de propagande.
Plus fondamentalement, cela devrait interroger la pratique du journalisme : d'où vient que l'offre d'information est perçue de manière si négative que tout un chacun prétend faire mieux dans son coin ? (*) D'où vient que la desciption du réel faite par les journalistes est telle qu'elle nous paraisse si révisable ?
Je n'ai pas la réponse, mais j'avoue que ça commence à m'inquiéter.
(* et je m'inclus dans le lot, cf. les notes sur Clearstream, par exemple.)
15:15 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, citoyen, freemen
02/06/2006
Matière à penser
Intéressant article repris dans Nuesblog :
Nous sommes à la veille d'une révolution technologique et sociale
A mon avis, le concept même de "révolution" est un concept de l'ancien temps centralisé : on n'a pas besoin d'un événement radical.
Les formes d'auto-organisation dont parle l'article sont aussi à rapprocher des "Temporary Autonomy Zone", je pense : des auto-organisations ad hoc temporaires.
10:45 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : freemen, champg, TAZ
01/06/2006
La diagonale du fou : OGM et résistance aux OGM
Je trouve aujourd'hui dans le (non-)journal de référence un article qui va dans le sens de ce que j'ai toujours pensé relativement aux OGM porteurs de gènes anti-insectes néfastes.
"La pyrale, insecte casanier dans les champs d'OGM"
D'un simple point de vue logique, je n'ai jamais cru que le recours aux OGM anti-insectes néfastes pouvait être autre chose qu'une vue à court terme : la nature est surprenante, la loterie génétique fascinante et l'apparition d'insectes résistants n'est qu'une question de temps, mais elle est absolument certaine. (Je suis plus nuancé, en revanche, sur les OGM enrichis en tel nutriment pour pallier des déficits alimentaires. Mais c'est un autre sujet.)
Il apparaît donc que pour cultiver des OGM résistants à la pyrale aux USA, il faut consacrer 20% de la zone à des maïs "habituels", de manière à constituer un refuge de reproduction de pyrale dite "naïve", visant à limiter l'apparition d'une pyrale résistante.
Premier enseignement : le législateur avait mesuré à l'avance que l'apparition d'une pyrale résistante était un risque. C'est plutôt une bonne nouvelle, je trouve.
Or une étude (Cf. l'article) semble montrer que la pyrale est casanière, et que OGM ou pas, elle n'a pas envie de déménager dans la zone "haute dose-refuge". Autrement dit, que le risque de reproduction en environnement OGM a au moins été sous-estimé. Or c'est de cette reproduction que peut naître un insecte résistant...
Et là, cette sublime phrase du journaliste : "De nombreux points restent cependant à trancher avant de rejeter la doctrine américaine, qui a tout de même permis d'éviter depuis une décennie l'apparition d'insectes résistants." (c'est moi qui souligne). Celle-là, elle est fabuleuse.
On transforme en avantage une méthode de contrôle d'un risque qui n'existe que parce que l'homme a créé de toutes pièces les conditions de son apparition !!!
Si l'on n'avait pas inventé l'OGM de maïs anti-pyrale, aurait-on eu besoin de se prémunir du risque d'une pyrale résistante aux OGM anti-pyrale ? Un peu de logique ne nuit pas, bon sang.
Dire que la non-réalisation d'un risque induit par l'existence même de l'activité est un argument positif... me paraît assez bizarre, on va dire.
Je ne crois que l'OGM soit fondamentalement "mauvais en soi"; je pense qu'il ne s'agit que d'une technique, neutre en elle-même. Sans OGM, je me doute aussi que le risque serait l'apparition (en cours de réalisation) d'une pyrale résistante aux insecticides. Je crois aussi que toute activité humaine n'est qu'une réponse à un rapport entre le gain (pas seulement au sens monétaire) et les risques associés (quand on peut les estimer, et on les estime de mieux en mieux).
Mais tant que l'on raisonnera en termes "il faut éliminer totalement la menace", on n'avancera pas.
Et pas seulement en agriculture.
14:40 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : freemen, champg, ogm





