11/05/2007
L'euro fort est une catastrophe pour la balance commerciale
[Edit du 19 mars 2007 : cet article n'est plus tout à fait d'actualité. Autant il tenait la route avec un rapport EUR/USD inférieur à 1.40, autant à 1.50 et au-delà, l'impact de la nature des produits diminue au regard de l'impact du cours de change : à un moment, la différence de prix est telle que l'acheteur élargit son choix de produits "substituables". Exemple a contrario : à 1 EUR/USD, peu de touristes considèrent l'idée de résider dans un 4 étoiles à New York. A 1.5 EUR/USD, c'est une considération à prendre en compte : payer, en euros, à peine plus que le budget prévu pour dormir dans un hôtel de luxe. Autre facteur, la croissance mondiale ralentit, ce qui est un effet non négligeable sur les exportations, quelle que soit la devise de la facture...]
Déplombage de la bien-pensance, suite.
On n'arrête pas de nous le dire, politiques, industriels : si la France perd des marchés, si sa balance commerciale plonge, si Airbus doit se restructurer, tout ça et le reste, c'est la faute à l'euro fort.
L'euro fort, c'est essentiellement contre le dollar américain, comme on le voit ici :

Pourtant, l'Allemagne fait partie de la zone euro, non ? Voici la balance commerciale allemande, depuis 1988. Concentrons-nous sur la partie droite du graphique, à partir de 2001 :

Conclusion (aussi stupide que son inverse dans le titre) : quand l'euro monte, la balance commerciale allemande devient encore plus excédentaire. L'euro fort est bon pour la balance commerciale allemande (et j'ai le même graphique pour les exportations allemandes). Quand l'euro baisse en 2006, la balance commerciale allemande baisse aussi !
D'où vient l'erreur ?
Si une monnaie forte pénalise les exportations, il ne faut pas oublier qu'elle favorise les importations. L'impact sur la balance commerciale n'est PAS linéaire ni même prévisible à long terme.
La position "euro fort = catastrophe" n'est vraie que si la croissance mondiale est relativement proche de la croissance européenne. Or la croissance mondiale est forte, et la croissance européenne faible : il y a de plus en plus d'acheteurs potentiels hors d'Europe, qui ont besoin de produits européens.
Exemple : en année 1, il y 100 acheteurs hors Europe et 20 acheteurs en Europe. Si la croissance mondiale est de 10% par an, et de 2% en Europe, on a en année 2 : 110 acheteurs hors Europe et 20.4 acheteurs en Europe. Il y a donc 10 acheteurs de plus pour les produits européens et... 0.4 pour les produits non européens en Europe. Même si la monnaie a monté, ce qui peut effectivement faire fuir quelques acheteurs, il y aura quand même entre 100 et 110 acheteurs pour les produits européens. A condition qu'ils soient utiles à ces acheteurs et qu'ils ne puissent pas les trouver ailleurs moins cher ("les substituer par d'autres"). Ce qui semble être le cas des produits allemands, et moins des produits français.
Les allemands, fabricants de biens intermédiaires (machines-outils, robots, ...), profitent à plein de la mondialisation et du développement rapide des pays qui s'industrialisent. Les français, fabricants de trains et d'avions, en profitent moins. Les trains ? Souvent des commandes d'Etat : ce n'est pas dans l'air du temps libéral. Les avions ? Il y a Boeing, Embraer, Tupolev. Seul le luxe s'en sort, car ses produits ne sont pas substituables.
Ca n'est pas une question de principe, mais une question d'adéquation de l'offre à la demande. Comme toujours.
Regardons nos produits et nos entreprises, plutôt que le contexte, pour expliquer la mauvaise performance française.
16:20 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : euro, poncif





