16/10/2006
L'interdiction de fumer, en toute logique
Enfin !
Enfin, le gouvernement - puisqu'il s'agira d'un décret, mettant, au grand soulagement des députés à quelques mois des législatives - prononce l'interdiction de fumer dans les lieux publics.
Et s'attire les foudres de trois catégories de population :
1. les cassandre syndicales de "la fin des bars-tabacs", toujours à la recherche d'une exonération fiscale
2. les panurge thuriféraires de "la liberté personnelle"
3. les critiques perpétuels de "cet Etat infantilisant"
1. "Interdire le tabac dans les lieux publics tuera les bars, restaurants, discothèques, ..."
Cet argument ne peut être valide que sous certaines hypothèses :
a. La possibilité de fumer est une composante intrinsèque de l'offre de ces lieux. Pour ma part, je pensais que l'offre principale d'un bar était le débit de boisson, d'un restaurant la nourriture, d'une discothèque la musique, les trois dans des cadres conviviaux. Depuis quand le chiffre d'affaires de ces lieux est-il strictement corrélé au nombre de fumeurs ? (exception faite pour les bars-tabacs, bien qu'on ne sache prédire avec exactitude l'impact du décret sur les achats de cigarettes - on espère une baisse).
b. Les fumeurs, interdits de fumer DANS le lieu, ne franchiront en aucun cas le seuil pour fumer dans la rue ou la cour, contrairement à ce qui se passe dans la totalité des pays du monde où cette interdiction est en vigueur - probablement un autre "French paradox", une autre "exception culturelle" : les Français seront le seul peuple au monde à ne pas chercher à s'en griller une dehors.
c. Les fumeurs, brimés, n'iront plus du tout dans ces lieux et préfèreront fumer ailleurs - chez eux (c'est le seul lieu sûr) - entraînant une perte sèche (sans jeu de mots) pour le commerce. De l'autre côté, il n'existe strictement AUCUN non-fumeur découragé de fréquenter ces lieux à cause de de la fumée. Aucun d'entre nous ne connaît ainsi de personne indiquant son refus d'aller dans tel bar "trop enfumé", dans tel restaurant ou bistrot "trop enfumé" (bis) ou en boîte "parce que le lendemain, bonjour les odeurs de fumée sur les fringues et les cheveux". Non, vraiment personne : puisqu'on vous dit que CA N'EXISTE PAS.
Ce qu'il y a de bien, avec le raisonnement par l'absurde, est que l'on voit toujours l'imbécillité de l'hypothèse initiale.
Un dernier commentaire : si l'interdiction s'applique dans TOUS les lieux, l'exemple souvent cité du bar-qui-s'est-mis-non-fumeur-et-a-vu-son-chiffre-baisser est stupide - car il n'y a plus de solution de substitution : il n'y a pas de "bar d'en face" fumeur.
2. "Interdire de fumer dans les lieux publics est une atteinte à la liberté individuelle"
Dieu sait que "la liberté individuelle" est une des plus belles conquêtes des siècles récents. Mais la liberté ne peut se concevoir en tant que telle, sans son rapport d'une part à la responsabilité, d'autre part à la société. Il n'y a pas de liberté sans responsabilité (dirait-on qu'un "enfant sauvage" est libre ?), et il n'y a pas de liberté "tout seul" (sans règles, le concept même de liberté est un non-sens : la liberté n'existe que dans son rapport aux contraintes, aux interdits, aux tabous, etc. La liberté absolue n'existe pas : elle n'est que relative.).
Or, que voit-on ? Des "pro-fumage" qui revendiquent le droit de fumer "parce que c'est leur liberté". Soit. C'est aussi la liberté des non-fumeurs de refuser les odeurs de cigarettes au milieu de leur repas et les conséquences du tabagisme passif. Comment faire ? Bien sûr, il existe la fiction du "la fumée vous dérange-t-elle ?". Outre que le non-fumeur qui répondrait "oui" passe pour un mauvais coucheur - la pression sociale... - cela n'a lieu qu'au sein d'un même groupe : l'inconnu voisin de table ou de bar osant une réflexion sur le caractère désagrable du fumage s'attire au mieux un soupir méprisant, au pire une bordée d'injures sur le ton du "je suis libre, t'as qu'à aller te faire voir ailleurs" (essayez, pour voir...). Conclusion : la solution de la délicatesse des fumeurs (c'est-à-dire un "fumer responsable") n'est pas une option.
Que voit-on aussi ? Des "pro-fumage" revendiquant leur droit à s'intoxiquer librement ("on sait que c'est dangereux, mais c'est notre vie, on est libre d'en faire ce qu'on veut"). Hormis le fait que la liberté de consommer une substance hautement addictive me fait doucement rigoler, je suis entièrement d'accord avec cet argument. A UNE CONDITION : que ces mêmes personnes refusent toute prise en charge par l'assurance-maladie de leur futur cancer. En effet, quelle logique de "liberté individuelle" y aurait-il à se défausser sur la collectivité des conséquences personnelles et prévisibles de leur choix ? Je n'ose imaginer que ces mêmes individus pourraient rechigner à assumer pleinement, totalement, financièrement, sans aucun recours à "la société", les conséquences de leur décision librement choisie, librement revendiquée, librement prise en connaissance de cause et des conséquences ! Pas eux, pas ces parangons de la défense de la liberté, ces soldats à l'avant-garde du combat des Lumières ! Pardon ? Ca n'est pas ce qui se passe ? Il y en a même qui font des procès aux cigarettiers ? Mais alors... cela veut dire que cet argument non plus ne tient pas ! Ciel.
3. "Une fois de plus, l'Etat infantilise les citoyens"
Corollaire au niveau social du précédent, cet argument est tout aussi risible. Il suffit de poser les hypothèses.
Soit un Etat dont un des fondements les plus incontestés est de protéger ses citoyens.
Soit une substance dont toutes les études montrent qu'elle est toxique pour ceux qui la consomment ET ceux qui les fréquentent (dans un rapport de 10 à 1 : 60 000 morts directs, 5 à 6 000 indirects).
Vous êtes l'Etat. Vous savez que le péril est connu, qu'il est certain (au niveau des grands nombres) et mortel.
Et vous n'intervenez pas ?
Je dis : non-assistance à personne en danger.
Où est l'infantilisation quand l'Etat remplit son rôle, qui est de protéger les citoyens ? La police est-elle infantilisation des citoyens dans le registre de la sécurité ?
(J'ai conscience que les mêmes catégories d'imbéciles prennent la ceinture de sécurité pour une camisole, la limitation de vitesse pour une brimade, le taux d'alcoolémie maximum au volant pour une vexation personnelle.)
Conclusion ? Aucun des arguments des "pro-fumage" ne tient la route plus de deux secondes. Il était bien logique, nécessaire et responsable d'énoncer cette interdiction de fumer dans les lieux publics.
Vous pouvez respirer.
16:58 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : décret, interdiction de fumer, cigarette





