15/05/2008

Du pont à l'arc-en-ciel

La grâce de l'aqueduc du 8 au 12 mai nous a permis de partir, enfin !, présenter le dernier (en date) arrière-petit-fils à son arrière-grand-père auvergnat.

 

J'avoue être chaque jour surpris par Solal. Prendre l'avion à quatre mois et demi (un bi-turbopropulseur vibrant et chuintant - ATR 42 pour les connaisseurs) n'est pas médicalement contre-indiqué, mais comment allait-il supporter le bruit de l'aéroport, les formalités de sécurité, l'envol, le vol, l'atterrissage, le transbahutage en taxi, ... ?

 

Réponse : bien. Aucun pleur, aucun cri. Une vague tentative de chouinage quand le commandant de bord l'a réveillé en sursaut pour un communiqué. On va dire qu'il a une personnalité épanouie, et des parents formidables ;-)

 

Que peuvent se dire un vieil homme de 94 ans et un enfant de 20 semaines ? Solal s'est immédiatement senti à l'aise, malgré la fatigue et l'heure tardive (dix heures passées). L'échange de leurs sourires.

 

Sur place, mon père et son fils (un demi-frère de 7 ans, ça fait un demi-tonton ?).

 

Des journées lentes, sans planning particulier, hormis les décisions cruciales sur le menu des repas.

 

Un barbecue, un déjeuner à l'ombre du grand sapin dans le jardin.

 

Quelques heures de MarioKart sur la DS de mon petit frère (qui m'a, évidemment, mis en pièces).

 

La visite heureuse de mon oncle et ma tante, de retour du Sud, le dimanche.

 

Et dire qu'il a fallu rentrer !

 

C'était bien. A peine ombré par le sentiment que chacun de ces moments approche la fin plutôt que le début d'un cycle. Ce n'est pas, encore, de l'ordre de la transmission, du passage de témoin.

 

Une parenthèse de sérénité, peut-être de bonheur, brièvement.

 

(Je pense aux photos, elles sont encore dans l'appareil.)

02/10/2007

Légendes de Paris

Dans l'inconscient parisien, et dans la Légende *majuscule, oué* de l'Auvergne, dans la mémoire populaire, l'image du Bougnat est rémanente.

Et j'en ai enfin la preuve :

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En sens inverse, on m'a souvent parlé de la Tour Montparnasse.

Monté sur le deuxième plus haut immeuble de Paris, mon oncle confirme notre impression : elle n'existe pas.

La preuve (photo garantie sans trucage) :

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06/07/2007

Eclats mémoriels

Dix jours de vacances, ensemble. Une petite semaine en Auvergne, en famille.

 

Peu importe le temps (feu de cheminée et déjeuner dehors à 24h d'intervalle), quelques éclats feront trace. A la manière de Perec.

 

Je me souviendrai...

 

... de mon petit frère jouant, courant, lisant, interrogeant, empli de vie et la partageant
... d'Elle jouant avec lui, spontanée, immature, radieuse
... de mon père, jouant aux billes, au ballon, à l'épée avec des rameaux
... de mon grand-père, si fatigué au début, revivant de la présence des autres
... de son "C'est le bonheur !" lancé sans interlocuteur particulier, à la fin du déjeuner-barbecue. Quatre ans après le départ de ma grand-mère, nous l'avons retrouvé joyeux, quelques instants.
... de son quatre-vingt-treizième anniversaire, ému, et au moment du gâteau et des bougies : "Si c'est comme ça à chaque fois, j'en reprendrai bien pour quelques années !"
... de l'avion réservé pour le dimanche, oublié, pris le lundi (ouf ! les billets étaient échangeables), annulé pour cause mécanique, repris le mardi à 7h du matin (lever : 5h50), de la grêve des cars Air France à l'arrivée à Orly
... d'Elle, à l'aller, me disant : "C'est la première fois que je vole au-dessus des nuages" (Venise, c'était un vol de nuit)
... d'Elle, de son exclamation spontanée, au détour d'un virage, devant la beauté du pays d'Auvergne
... de quelques marches, de quelques courses, de quelques heures en cuisine

 

... des battements d'un tout petit coeur, entendus chez la gynécologue

 

... de cette maison, 1886, la sixième génération qui la découvre à peine, si jamais elle ne devait pas rester dans la famille.

15/02/2007

Le panneau disparu

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13/12/2006

Deviner l'autre rive

Voilà. Demain est le premier des deux jours de réunion internationale, à La Compagnie. Les présentations sont validées, il ne reste plus grand chose à faire (enfin, pour cet événement...). Le quotidien des urgences-par-mail persiste mais perd singulièrement son caractère d'importance. Au final, ce ne sont que les détails qui merdoient et les réfractaires qui aboient. Pendant ce temps, la caravane passe.

 

Je me rends compte que je viens de créer la matrice d'une offre mondiale sur une des activités de La Compagnie. Le boss a l'air content. On verra ce qu'ils en penseront.

 

Peut-être en suis-je arrivé au stade quatre. Inconscient de ma "compétence". (*)

 

La pression est retombée d'un coup, cette nuit. Oh ! je ne dis pas que je l'ai parfaitement gérée. J'ai manqué de patience envers certains, été agressif envers un autre - c'est un de mes gros défauts : je ne supporte pas l'approche "ça n'aurait pas dû arriver" ou "on ne nous l'a pas demandé jusqu'ici", que je trouve complètement stérile. C'EST arrivé, ou C'EST à faire, alors on arrête de chouiner et on cherche une solution. Maintenant, de là à le dire à un directeur de projet... Bon, on verra.

 

Avant-hier, j'ai rejoint le RER A par les couloirs et les quais du nouveau RER E, à St-Lazare. C'est beau.

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Béton clair et piliers horizontaux, verticaux, à des dizaines de mètres sous terre. Des passerelles, des escaliers en bois.
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Eclairages doux, blanc ou orange. C'est la première fois que je ressens cette harmonie entre "la fonction et l'organe", pardon la fonction et la mise en scène, dans le métro.

 

Demain et après-demain, réunions. Un dîner professionnel jeudi soir.

 

Et samedi midi, départ pour l'Auvergne.

 

A deux.

 

A nouveau et enfin.

 

(*Les quatre stades de la prise de poste : 1. Inconscient de son incompétence "oué, trop facile, ce job" ; 2. Conscient de son incompétence "j'y arriverai jamais !" ; 3. Conscient de sa compétence "je suis content, c'est moi qui l'ai fait !" ; 4. Inconscient de sa compétence "ah bon, j'ai fait ça ?".)

01/08/2006

Les nourritures terrestres

Pendant cette semaine de vacances, comme depuis ces trois dernières années, j'ai cuisiné pour mon grand-père.

Cette année, il m'a fait un cadeau. "Terrible", comme dirait le petit Nicolas (le vrai, pas l'autre).

Les carnets de recette de ma grand-mère...

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Le tout petit doit dater de son adolescence.

C'est... émouvant à parcourir.

medium_IMG_1226.JPGEt aussi, 1000 pages de gastronomie un peu ancienne. A lire certaines recettes, je ne suis pas convaincu que seul le livre pèse son poids (plus d'un kilo !).


Exemple : "Omelette à la paysanne"
"Mélanger aux oeufs de l'omelette quelques lardons de lard maigre rissolés, quelques tranches de pommes de terre sautées au beurre et une pincée d'oseille fondue au beurre. Quand l'omelette est bien cuite sur un côté, la retourner comme une crêpe et la servir sur un plat rond."

C'est amusant de constater que les auteurs à l'époque ne s'embarrassaient pas de proportions ("quelques"), ni de la quantité de vaisselle (TROIS poêles pour une omelette !) ni d'expliquer les bases de la cuisine ("mélangez aux oeufs de l'omelette", ça implique que vous savez battre des oeufs en omelette...).

Aujourd'hui, ça serait plutôt (version "bobo parisienne pressée") :
"Pour six personnes.
4 gros oeufs extra frais
30g de lard maigre
2 pommes de terre à poêler
oseille surgelée
sel et poivre.

Cassez les oeufs dans un grand bol creux. Salez légèrement. Avec une fourchette ou un fouet, battez régulièrement les oeufs jusqu'à ce que le mélange soit homogène et légèrement mousseux. Réservez.
Dans un poêle anti-adhésive, faites rissoler le lard, à sec. Ôtez le gras fondu avec une cuiller, et répétez jusqu'à obtention de lardons dorés et dégraissés. Réservez.
Lavez les pommes de terre, épluchez-les, coupez-les en tranches fines. Rincez pour éliminer l'excès d'amidon et séchez-les (*). Dans une poêle anti-adhésive, faites chauffer un filet d'huile. A feu pas trop vif, faites sauter les pommes jusqu'à ce qu'elles se brisent à la pointe d'un couteau.
Quand les pommes de terre sont prêtes, incorporez les lardons à l'omelette et versez l'omelette dans la poêle. Au dernier moment, ajoutez une pincée d'oseille surgelée.
Servir très chaud."

Et la version "grand chef" préciserait que les oeufs doivent être du Mans, le lard de Bretagne, les pommes de terre, des "Charlotte" ou des nantaises, l'oseille serait évidemment "fraîche du jardin", l'huile "de colza" ou "d'olive des Baux de Provence", le sel "de Guérande" et le poivre "du moulin".
Il y aurait probablement une étape freezer ("laissez reposer le mélange vingt minutes au freezer"), il faudrait une demi-douzaine d'ustensiles, dont le chinois (indispensable chinois !), et tout ça cuirait 4 minutes 30, pas cinq.
Et évidemment, ça ne ressemblerait pas à la photo du bouquin... "Ah, oui, vraiment, je comprend pourquoi il est trois-étoiles"

Comment ça, j'ironise ?

(*et encore, ce détail-là, pas sûr que beaucoup de rédacteurs de Elle le connaissent : toujours rincer les patates coupées - quelle que soit la coupe, frites incluses - et séchez-les au torchon ou au sopalin. Ca enlève l'amidon qui colle les frites ensemble et ça évite le syndrome des "patates caramélisées")

Aube de pluie

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De la fenêtre de ma chambre.

La bruine, après l'orage, après la canicule, au sud du Cantal.

25/07/2006

Racines

De la fenêtre de ma chambre, j'aperçois deux écureuils, le soir, qui sautillent dans le pré.

Le châtaignier a été désépaissi, on voit mieux le cèdre juste derrière, maintenant.

Le tilleul, constant, offre son ombre protectrice, tout comme le sapin.

Ce midi, on a sorti le barbecue. Côtes d'agneau et salade de tomates.

On a regardé dans le placard de la cuisine, les recettes de ma grand-mère.

Il fait chaud, on ne sort pas dans l'après-midi. Le soir, il fait bon. Dormir fenêtre ouverte.

Une fourmilière s'est nichée dans les trois marches de granit, des fourmis volantes sur les fenêtres, il faudra traiter.

Mon grand-père a arrangé une volée de rayonnages dans le salon, pour installer "la musique" (le lecteur CD) et quelques photos, deux ou trois livres.



Je suis en Auvergne, dans mon "pays".

(Mais Elle n'est pas là, et c'est un peu moins bien.)

15/11/2004

Voyage en Auvergne

Qu'est-ce qui fait qu'un voyage se déroule bien ? Quels augures veillent sur les rails, le train ?

La journée (de mercredi 10) fut terrible de pression au bureau, flux et pouls tendus pour préparer les palmarès et le weekend. Je partis tard, le métro en décompte des stations encore à parcourir, mesurant la minute dans l'angoisse montante du train raté. Dix minutes, ouf !, trop et pas assez : je choisis le trop, bien sûr, sans plus prêter attention au panneau annonçant le changement de places pour certains voyageurs ni aux bouteilles d'eau en étalage.

Au milieu des "Corail" récents, un vieux wagon années 70, de ceux à l'inconfortable coussin proéminent derrière la nuque courbée en hommage rendu au service public ferroviaire. C'est le mien.

Ca commence bien.

"Mesdames et messieurs, à la suite d'un incident technique, notre train partira avec un retard de vingt minutes" pour finalement s'élancer une grosse poignée de secondes après. Un conducteur mal réveillé ? Le convoi s'ébranle, accélère, la nuit tombe sur les banlieues parisiennes.

Le vendeur de sandwich, dans son annonce répétitive, précise qu'il ne passera pas dans les voitures. Géographiquement, il est à l'autre bout du train, cinq voitures dodelinantes à remonter pour le trouver... pieds dans l'eau d'un bac à glace percé ! J'ai faim et soif. Mettons qu'une heure passe.

Nous ralentissons.

Nouvelle annonce : on stoppe le long des voies "pour votre sécurité, veuillez ne pas tenter de descendre du train", puis en gare de La Souterraine : il semble qu'il manque des rails sur une partie du trajet, les gremlins ont fait leur oeuvre. Nous roulons au pas, retard s'accumulant, déjà cinquante minutes.

On repart.

Finalement c'est Limoges à l'heure de Brive-la-gaillarde, puis Uzerche au ralenti, la destination du transit enfin - le TER a attendu. Mon wagon est à peu près à l'opposé du stationnement du régional. Beaucoup de monde : je me retrouve en encoignure, suffisant pourtant pour poser ma fatigue. Les gens restent calmes, lisent, parlent à voix basse, somnolent. Il est bientôt 23h, en route pour Laroquebrou. Encore cinquante minutes de nuit. C'est un TER moderne, climatisé et confortable : ç'aurait pu être pire.

Mon grand-père dit souvent : "C'est une réserve d'Indiens, ici". Pas faux, ce soir. Et moi, je suis quoi ? Le dernier des Mohicans ? Vivement le tipi...

23/08/2004

Le lac

Fin de dimanche après-midi au lac. L'eau est à peine froissée de brise, percée par le ski nautique solitaire. Le soleil décline sur les jeux d'enfants, canots pneumatiques, bouées canard.

Nous y sommes arrivés après une longue marche en forêt, depuis la croix celtique sur la route de La Ségalassière.

Le bistrot de plage passe la sempiternelle musique de camping, la même partout en France, bouillie boîte-à-rythmée en mode binaire. Une guêpe se fait curieuse de nos boissons sucrées, elle se fout de nous, jaune et noir rayée.

Le jour incline les ombres en longues tirades de matière sombre. L'air moutonne de cirrus, lendemains d'orage comme une rédemption.

De jeunes filles en fleur *oui, je cite* jouent au volley : on voit passer le ballon de temps en temps, le reste est consacré aux rires et aux palabres... Un vieux chêne protège de son ombre l'ardeur somme toute modérée des pétanquistes du dimanche, shorts et tongs autour du cochonnet. Les petits pataugent à demi-nus sous le regard mi-attendri mi-inquiet des adultes parasolés.

Tout ça est un peu hors du temps, hors du lieu.

Ce doit être les vacances.

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