21/12/2006
Les amoureux
Le restaurant, dans le plus pur style fonctionnel, alterne piliers à section carrée et tables de bois clair. Des chaises en plastique sont disposées devant les couverts, sauf à quelques endroits - ceux où un fauteuil roulant viendra prendre place. Quelques guirlandes ont été installées par le personnel, affable et affairé.
C'est une maison de retraite médicalisée, comme tant d'autres, où sont hébergées les soeurs âgées de différentes congrégations, quelques prêtres et d'autres, laïcs.
Peu de bruit, pas de télé, juste le tintement d'un verre, le raclement d'une chaise sur le sol carrelé.
"Ces deux-là, on les appelle les amoureux."
Ils entrent, un peu hagards, se tenant fermement la main. A petits pas ils avancent vers une table. S'assoient face à face, sans mot dire, sans se perdre des yeux.
"Ils ne sont pas mariés, ou leurs conjoints ne sont plus là. Ils se sont trouvés lors d'un séjour en hôpital. On ne pouvait plus les séparer !"
Le repas terminé, ils se lèvent, elle lui prend le bras, et s'en vont retrouver leurs chambres.
"Les familles les ont placés dans cette maison, pour qu'ils soient ensemble."
"Le septième, c'est au septième" leur indique ma tante. Ils ont parfois du mal, à retrouver leurs chambres.
Un visage d'innocence sur des traits ridés : Alzheimer.
16:56 Publié dans Paris rêvé, vécu, vu | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : paris, alzheimer





