15/01/2010
Rupture dans la communication
Bravo M. Peillon !
Le coup d'éclat de Vincent Peillon, refusant de se présenter sur le plateau de France 2 et publiant en parallèle sur son blog une longue explication, est beau, ironique et salutaire. Stratégiquement, il est parfait (car l'adversaire - l'organisateur du débat - n'a rien vu venir, s'est trouvé en position défensive sans aucun plan de rechange et a été contraint d'agir dans l'improvisation, c'est-à-dire CONTRE son plan initial).
Il est aussi l'annonce d'une rupture dans l'organisation de la communication politique : la chaîne de production "politique - parole - média", accordée au temps des médias, qui la télé comme seul vecteur de masse, lui donnant, par ce pouvoir de monstration (dans ses deux déclinaisons : montrer et monstre - "approchez mesdames et messieurs, venez découvrir..."), un pouvoir de sélection, s'est brisée hier soir.
Le temps médiatique est celui de la sélection, de la préparation et du contrôle : la télé, la presse doivent sélectionner ce dont ils veulent parler (pour toucher le plus grand nombre de spectateurs/auditeurs/lecteurs et les retenir), ils doivent préparer ce dont ils vont parler (d'où la notion de "breaking news" : celles qui "cassent" ce qui était prévu, ou d'édition "spéciale"). Ils doivent aussi contrôler ce dont ils vont parler, par la maîtrise de l'horloge/de la pagination (dans les pays démocratiques) ou par celle du contenu (pour les dictatures).
Tout intervenant doit se plier à ce sytème de médiation, en jouant avec ses limites ("ma réponse sera brève"... en quinze minutes) certes, mais "jouer avec les limites" implique déjà de reconnaître les règles du jeu. L'intervenant n'avait jusqu'ici pas la liberté de refuser la règle, faute d'alternative de diffusion viable : ne pas accepter la règle, c'était ne pas être diffusé, devenir inaudible.
Vincent Peillon a décidé de sortir de ce cadre.
Il ne pouvait le faire qu'aujourd'hui.
Car l'époque le permet :
- l'acceptation permanente des règles médiatiques a conduit à l'émergence du soupçon de "connivence" : la "parole" est attaquée dans sa réalité même, rendant inaudible le médiatisé (un comble !). Lequel d'entre nous n'a pas haussé les épaules devant les positions devenues postures, les programmes politiques devenus slogans et petites phrases, les "trois questions à..." relues et amendées par l'intervenant, les débats interrompus par la pub ou la fin de la plage horaire ? (*)
- le média traditionnel, en qui l'on avait foi, a perdu son infaillibilité : entre reportage et "publireportage", entre interview et "tribune libre", entre compte-rendu et "éditorial", entre scoop et manipulation , le doute s'est instillé sur la réelle valeur apportée par le processus de production du média, voire même sur la réalité/la vérité du contenu diffusé.
- de nouveaux vecteurs sont apparus et touchent désormais un public suffisamment large, qui ne nécessitent d'autres médiateurs qu'un prestataire technique (internet, sms, blogs, facebook, twitter, dailymotion, ...)
Dans le monde ancien, Vincent Peillon n'aurait pu coupler son absence télévisée et sa présence médiatique. Son communiqué aurait été décrit à l'antenne, le rendant par là inaudible, et faisant de M. Peillon un contradicteur fuyant le débat. Le lendemain, quelques notules dans la presse auraient voisiné avec des articles sur le débat.
Dans le monde des nouveaux vecteurs, la publication en parallèle (premier commentaire à 21:08) sur son blog (médiateur technique) de l'intrégalité du billet constitue l'initiation d'un deuxième canal, continué par l'interview "immédiate" à Rue89 (datée du 15 à 00h10 !) : le temps de la préparation a été contracté, donnant la possibilité de parler de l'événement au moment même où il se déroule, ce qui crée en soi un deuxième événement attirant l'audience. Et de ce fait, attirant le système médiatique.
Dans le monde des nouveaux vecteurs, et parce que ces nouveaux vecteurs ont aujourd'hui un public large, le coup est d'autant plus "d'éclat" qu'il lui a permis à la fois :
- de vider de sa substance la pertinence (revendiquée) de la tenue d'un débat
- de désorganiser le processus de production médiatique ancien
- d'obliger le système médiatique ancien à continuer de médiatiser son action (de quoi parlent tous les journaux ce matin ?)
- de prendre position dans le système conversationnel des nouveaux vecteurs.
M. Peillon a réalisé une très belle manoeuvre.
Mais plus que cela, je crois qu'il vient d'initier le début de la reconnaissance "officielle" des nouveaux vecteurs.
(Si Vincent Peillon avait voulu pousser la logique du nouveau vecteur à son terme, il aurait dû twitter son refus, en renvoyant vers l'article de son blog.)
(* je ne dis pas que "c'est la faute aux médias", mais bien que le média est une structure, un langage, auquel sont obligés de s'adapter les agents s'ils veulent s'exprimer)
14:06 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : peillon, france2
22/04/2009
Corps vivant, corps mort
La déraison du tout-biologique, du tout-génétique aboutit à la totale déshumanisation du corps.
Sur quels fondements éthiques peut-on baser une exposition de personnes mortes, mises en scène comme aucun taxidermiste n'oserait mettre en scène un animal, déchiquetées et tronçonnées pour tenir le fascinus haut levé ? Auraient-elles toutes consenties - ce qui est très loin d'être prouvé-, ces personnes -car oui, elles ont été des vivants-, que ça ne changerait rien, paradoxale rencontre de l'insanité de la permanence et de la folie du spectacle.
Sur quels fondements éthiques peut-on arriver à imposer son désir d'enfant au point de payer le ventre d'une femme indienne pour porter "son" enfant, le sien puisque, n'est-ce pas, les gamètes ne mentent pas, thuriféraires du seul vrai lien familial ? Si tu n'as pas mon sang, tu n'es pas des miens ? Ou ne serait-ce pas plutôt : si tu n'as pas mon sang, tu n'es pas "mien" ! Comment le désir d'enfant peut-il dériver en "droit à mon enfant que je ne pourrais considérer comme tel que s'il a 100% (au pire, 50%) des gènes de ses parents, à tout prix mais en comparant les tarifs" ?
Quelles folies !
10:42 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24/11/2008
42 : on a enfin trouvé la question !
Depuis le Guide du routard intergalactique, on savait que la réponse ultime à "la Vie, l'Univers et tout ce qui est" est : 42.
On cherchait la question.
Ca y est, on l'a trouvée.
Espérons que cela ne conduira pas à la disparition de la Seconde Terre.
(Ironique, moi ?)
16:27 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : h2g2, 42, ps, aubry, royal
22/11/2008
Bush-Kerry, Florida results
Au terme d'une des élections les plus contestées de son histoire, où le recompte des voix s'est poursuivi tard dans la nuit, dans l'expectative fébrile des résultats des votants d'outre-mer, Martine Aubry devance Ségolène Royal de 42 voix.
Autrement dit, de rien.
Après
"Pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font",
il y eut
"Aimez-vous les uns les autres".
Et maintenant :
"Mon Dieu, ils sont devenus fous !"
A moins qu'elle ne s'imagine Simon de Montfort :
"Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens !"
Personnellement, je ne vois plus que cela...
12:32 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ps, aubry, royal
05/11/2008
11 septembre 2001 - 4 novembre 2008
J'ai l'impression d'une parenthèse fermante.
Je me sens un peu comme le 9 novembre 1989. Manque un violoncelle.
Et je n'arrive pas à expliquer pourquoi. :-)
(Elle me fait remarquer : sept ans, un cycle)
20:03 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
10/10/2008
Les arbres, le ciel, tout ça
Note publiée pour la première fois le 10 mars 2006.
Ce qui n'était pas prévu, c'est que toutes les crises auraient lieu au même moment.
*********
Présentation des comptes de la Compagnie avant-hier.
Un commentaire du directeur-général : "Notre métier, c'est de gérer les risques. Or nous savons qu'il y aura une crise des actions, un crise de crédit et une crise immobilière. C'est le fonctionnement des cycles économiques. Ce que nous ne savons pas, c'est : quand ?"
Le directeur financier groupe : "Ce que nous apprennent les séries statistiques que l'on a, sur vingt ou trente ans, c'est que plus loin dans le passé est la dernière crise de crédit, plus forte sera la prochaine." Et ça ne concerne pas que la crise de crédit...
Un cycle économique dure une dizaine d'années (cycle de Kondratieff).
La crise des matières premières, on est en plein dedans.
La dernière crise des actions remonte à 2000. Ca laisse un peu de temps : on va atteindre la pleine phase de hausse.
La dernière crise obligataire (ou de crédit) remonte à 1995-96 (crise asiatique, etc.). On n'est pas loin des dix ans...
La dernière crise immobilière remonte aux années 1990. Sur un cycle de 10 ans environ, on est déjà très en retard...
Et aujourd'hui, gros dossier dans l'Express sur l'atterrissage de l'immobilier, la dégradation de la solvabilité des ménages, etc.
CQFD.
10:25 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
19/09/2008
Quand on mettra les cons sur orbite...
... les commentateurs de sites d'information n'auront pas fini de tourner !
Tout à la magie du "web participatif", du "web 2.0" et autre billevesées sémantiques, les principaux journaux, les sites d'information, se sont lancés dans la grande aventure du "commentaire de lecteur" tandis que les radios donnent "la parole aux auditeurs".
Cela part, bien évidemment, d'une application sereine et logique d'une maxime indécrottable et mal comprise depuis plusieurs siècles : "le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être bien pourvu, que ceux mêmes qui sont les plus difficiles à contenter en toutes autres choses n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont" (Descartes).
Relisez bien cette phrase. Elle ne veut absolument pas dire que le bon sens et la raison sont synonymes. Au contraire : à égalité avec le con le plus fini, l'esthète le plus insatisfait est persuadé d'avoir suffisamment de bon sens au point de ne pas en vouloir plus. Et, malheureusement, au point d'ajouter son commentaire ou son intervention.
Je ne dis pas que tous les commentaires sont stupides. Une minorité, notamment sur Rue89.com, enrichit l'article, le précise, le corrige, le complète, offre un regard différent ou relate une expérience personnelle de façon factuelle.
Mais la masse du commentaire d'information puise sa source dans la description d'une monde imaginaire :
- où des "eux", disposant de ressources illimitées, ayant le contrôle non seulement de l'économie, des relations sociales, de la finance, de la recherche scientifique, de l'information, de tous les trafics, de l'origine des guerres et du réchauffement climatique, le tout sans que jamais AUCUNE preuve ne filtre, contrôlent, manipulent, orientent et finalement dirigent le reste asservi de l'humanité, les "nous"
- où ces "eux" qui nous dirigent se voient à la fois reprocher tout ce qui arrive, tout ce qui n'arrive pas et tout ce qu'il aurait fallu, "avec du bon sens" évidemment, faire
- où "les autres" sont forcément aveuglés par la propagande officielle, tandis que les "nous" savent bien la vérité vraie, celle que l'on découvre avec "du bon sens"
- où la "vérité qu'on nous cache", c'est à la fois et simultanément, que le 11-septembre est un coup du gouvernement américain à la solde des industriels et qu'il n'a pas eu lieu, que "nos" dirigeants sont tous affidés de la CIA (tout comme l'était Ben Laden - au temps pour la fidélité... ha, pardon, c'est vrai qu'il faisait partie du complot, d'ailleurs il vit aux USA sous un faux nom) et aux lobbies, que les industriels passent leurs journées à imaginer des moyens d'empoisonner les populations , que toute invention technique est un piège et un danger pour le citoyen, que la démocratie est "confisquée" par des lobbies capables de convaincre la majorité mais pas, bien sûr, les éclairés commentateurs
- où toute dépense de l'Etat est une gabegie, tout impôt un vol, toute recherche scientifique un gaspillage, et où simultanément, c'est à l'Etat, grâce à l'impôt, et à la recherche de trouver des solutions à tout
- où un député absent de l'hémicycle est une honte et où l'on n'a de cesse de railler ces députés qui ne savent ni ne comprennent rien à rien (perso, s'ils sont nuls, je les préfère loin de l'urne...) et qui d'ailleurs, sont tous sous le contrôle de lobbies
- où il "aurait fallu", principe de précaution, prévoir tout incident possible et où, à chaque nouvelle règle de sécurité, "nous" sommes victimes de réglementations idiotes
- etc.
A ce niveau de conneries, j'ai décroché.
En réalité, c'est toute l'humanité qui a fait fausse route depuis le début. La physique, l'économie, le droit (aaaaah, le droit, grand moment de solitude), la diplomatie, l'art de la guerre, la politique, la médecine scientifique et toutes les sciences en général, y compris les maths, ne sont qu'une perte de temps, ne nécessitent vraiment pas que des gens y consacrent des années d'études : avec du "bon sens", on aurait pu trouver une solution plus vite.
Descartes avait effectivement compris : le "bon sens" est une denrée inépuisable, infinie et équitablement partagée par tous.
La preuve.
15:13 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
01/09/2008
L'Histoire begaie ?
Titre facile, certes.
Pourtant. Né en 1972, je suis de la génération qui apprenait la guerre froide dans ses livres d'histoire - mais pas encore la fin de la guerre froide. La rhétorique martiale des Soviétiques et des Américains, la chaussure de Krouchtchev à l'ONU, les missiles SS20, les fusées Pershing, la capacité nucléaire "capable de rayer les principales villes soviétiques de la carte", ...
Il est étrange, ce sentiment de déjà-vu, quand Medvedev reconnaît l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, quand un général russe annonce que tout agresseur qui s'en prendrait à la Russie sera "anéanti" - des mots disparus du vocabulaire diplomatique depuis si longtemps !
Sauf qu'entre la guerre en Irak, la guerre en Afghanistan, la crise économique, la campagne électorale et les ouragans, les USA ont d'autres chats à fouetter que s'occuper de la Géorgie. Et que l'Europe à 27 dont trois "non" au Traité européen (version "constitution" ou version "simplifiée") est à peu près aussi audible qu'un canton suisse.
Comme plaisantait Staline : "Le Vatican, combien de divisions ?"
L'Histoire ne bégaie pas : c'est plus triste. Les Russes, les Chinois (pour d'autres raisons) ont une "fenêtre" d'actions sans aucun risque. Quelle que soit la nature de l'action.
Et ils ne vont pas se gêner : ils n'ont rien à craindre.
13:25 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : onu, europe, france, russie, usa, géorgie, politique
21/03/2008
Le citoyen, l'Etat et la mort (2)
Encore un excellent billet de Maitre Eolas, sur la situation légale actuelle.
A lire aussi, la tribune de Marie de Hennezel dans le Monde, sur les soins palliatifs en France.
[Edit du 27 mars : Et une autre tribune, le 27 mars, d'un professeur de droit (sur l'aspect juridique de la chose, donc), toujours dans le Monde.
Le débat sur le suicide assisté ne peut être pris sous l'angle seul de la souffrance - car la réponse est alors palliative - ni sous l'angle seul d'une "liberté/volonté personnelle" qui s'imposerait à la communauté.
Hors nos égoïsmes et nos peurs les plus intimes, la question reste fondamentale : le droit que j'ai de disposer de ma vie peut-il obliger l'autre à m'aider activement à mourir, autrement dit à me tuer ?]
10:30 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sebire, suicide assiste, euthanasie, etat, loi, humbert, justice
20/03/2008
Le citoyen, l'Etat et la mort
(vrac)
Sous-jacent : même si le citoyen peut agir sur sa vie, et l'interrompre, l'Etat peut, sans empiéter sur cette liberté, considérer que la vie d'un citoyen a une valeur en elle-même et pour la communauté, qui justifie qu'il intervienne pour limiter le plus possible la commission du suicide. L'Etat peut-il protéger les citoyens contre eux-mêmes ? Cf. internement psychiatrique, même si la question de "soi-même" en psychiatrie est non résolue (un psychotique est-il "lui-même" ? -> le "discernement aboli" en droit). Par extension, toute politique de prévention ?
Un citoyen "en bonne santé" peut-il mettre fin à ses jours ? Oui. A la fois dans les faits et dans le droit.
Quel rôle pour l'Etat ? Préventif du suicide ?
Un citoyen malade mais curable peut-il mettre fin à ses jours ? Oui. Idem.
Quel rôle pour l'Etat ? Préventif du suicide, curatif de la maladie ?
Un citoyen malade, incurable et dont on ne peut soulager la douleur peut-il mettre fin à ses jours ? Oui.
Quel rôle pour l'Etat ? Accompagner l'acte de suicide en soulageant la douleur, mais sans intervenir sur l'acte mortel lui-même. Cf. loi Léonetti. Autre problème : cette loi revient à dire que la volonté du malade est constitutive d'une "excuse de suicide" pour les praticiens qui, par un acte physique, interrompront les traitements. "Interrompre les traitements" n'est pas considéré comme un acte directement létal.
Un citoyen malade, incurable, incapable d'agir ? Théoriquement oui, mais il ne peut le faire. Il demandera donc de l'aide.
Quel rôle pour l'Etat ? Est-il un rôle possible de l'Etat qui soit actif, dans l'accompagnement vers le suicide ? "L'excuse de suicide" va-t-elle jusqu'à l'accomplissement de l'acte directement létal ?
Quelle valeur a "la volonté de suicide" au filtre de l'insupportable douleur ? Nécessité d'agir sur la douleur AVANT : le discernement, la volonté ne doivent pas être parasitées.
L'Etat peut-il, doit-il prendre en partie à sa charge le surgissement du Réel (de la mort), en organisant un Imaginaire (social) de l'assistance (et non de l'accompagnement, passif) à la fin de vie reposant sur le Symbolique de la loi ? (*)L'Etat, objet/sujet symbolique par excellence, agissant dans l'imaginaire et protégeant du réel ?
Est-ce son rôle ? La scène du suicide assisté dans "Soleil Vert" est-elle dans le rôle de l'Etat ?
Est-il dans le rôle de l'Etat d'accompagner par le dit législatif le chemin vers l'indicible absolu ? Et si oui, pour quels motifs ? Les dommages collatéraux du réel sur les autres membres de la communauté ? Dans quel objectif social ? Soulager celui qui part et ceux qui restent ? Un soin de confort ??!! Au nom de quoi protéger les autres de dommages en donnant la mort est-il recevable pour le suicide assisté et irrecevable pour la peine de mort ? Le "risque d'erreur judiciaire" n'est pas un argument recevable : un traitement pourrait apparaître plus tard et sauver celui qui voulait en finir, même logique. Donc ce n'est pas une question logique, mais une question de Valeurs. Donc de Sens. CQFD.
Le Sens de l'Etat peut-il aller jusqu'à assister la mort d'un citoyen, sans autre valeur que la volonté de la personne ? Accomplir la volonté d'un citoyen qui est incapable de passer sa volonté en acte est-il dans le rôle de l'Etat ? Version choquante : l'Etat doit-il se substituer aux citoyens pour accéder à leur désir ? Le Désir de l'un peut-il s'imposer comme Loi aux autres ? (**) (hors sujet : tiens, ça rappelle le diptyque Vengeance/Justice) (hors sujet : l'époque est à la toute-puissance...) (hors sujet : la guerre. Valeur : la défense de la communauté = il y a une valeur au niveau de l'Etat qui peut justifier l'intervention de l'Etat sur la vie privée) (hors sujet total : l'IVG. Pose la question de la définition de la "personne". Détecteur de cons : ceux qui feront le rapprochement IVG/euthanasie.)
Peut-on donner la mort par compassion et ne pas en porter le fardeau ? Ou en transférer le fardeau sur la communauté, c'est-à-dire sur tous, en s'imaginant ainsi le diluer, ce qui est faux ? (il n'y a qu'à voir les troubles chez les soldats retour de guerre, alors que la création de sens était présente et répétée au quotidien) (parallèle giraldien : le bourreau, définit par la société comme hors la société à cause de son rôle d'exécuteur des hautes oeuvres pour le compte de la société)
Extension : le "faire sens" judiciaire actuel est-il suffisant pour borner le réel de l'acte meurtrier ? => ce n'est pas une loi sur l'euthanasie qu'il faut, mais une "circonstance atténuante" ? Cf. jugement Humbert. Mais une "circonstance atténuante" impliquerait de définir le cadre dans lequel elle pourrait s'appliquer au juge => encadrer non pas l'acte létal (vous avez le droit de tuer) mais le processus qui conduit le responsable à décider d'agir (vous avez pris le droit de tuer, mais en mettant tout en oeuvre, conformément à la loi, pour vous assurer de n'être que l'agent de la volonté de la personne suicidée). Mouais... Cela dit, les Belges ont raison : la multiplication des étapes de procédure dissout la perception de la responsabilité de l'acte. Mais ça n'est que le cache-misère de l'absence de réponse à la question du rapport de la communauté et du desir de mort individuel.
Le monopole de la violence légale peut-il aller jusqu'à l'assistance au suicide ?
Autre approche : on pourra critiquer "assistance au suicide". L'euthanasie pouvant être vue comme la réparation d'un dysfonctionnement de la personne, qui ne peut elle-même mettre fin à ses jours. Renvoie à la toute-puissance, au désir de l'un comme loi des autres : en quoi/au nom de quoi/pourquoi l'Etat devrait-il se substituer à la capacité défaillante d'un de ses membres ? Illusion de l'égalitarisme à tout crin : s'il en était capable, il le ferait. il n'en est pas capable, l'Etat doit s'en charger -> l'Etat responsable des accidents de la vie ?! On retombe sur l'Etat remède au Réel ? Cf. la pénible rhétorique actuelle sur "le droit des victimes".
(A titre perso : comment articuler "compassion" et "donner la mort" dans une perspective chrétienne ? - hors sujet) (***)
(*oui, lacanien) (** freudien, aussi) (*** et croyant) Quand je vous dis que j'ai mes contradictions...
15:00 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sebire, suicide assiste, euthanasie, etat, loi, lacan, freud








