31/03/2011

De quoi demain est-il le nom ?

Pourquoi n'arrivé-je pas à m'ôter de la tête le sentiment que les cadres du monde actuel s'effondrent les uns après les autres ?

Le vingtième siècle, celui qui s'est achevé le 11 septembre 2001, prenait place dans un petit nombre de cadres au sein desquels les théories explicatives se déployaient. Par exemple, la science, le progrès, MEME S'ILS pouvaient conduire aux horreurs les plus absolues, étaient essentiellement au service de l'amélioration de la condition humaine. De même, ce que l'on a appelé "les grandes idéologies" façonnaient l'organisation des régimes et de leurs révolutions : MEME "la fin de la guerre froide" s'inscrivait dans ce cadre - jusqu'à "la fin de l'histoire" de F. Fukuyama. Au quotidien, le système économique, MEME SI des dérives pouvaient avoir lieu, permettait de diffuser l'innovation, l'éducation, la santé, etc. Le système bancaire, lui, et MEME SI des escroqueries étaient révélées ici ou là, se plaçait au service du progrès économique. Les technologies de communication, MEME SI elles permettaient aux pires délires de gagner en visibilité, "rapprochaient les hommes" (vieux slogan), sans qu'il soit nécessaire de s'interroger (sauf Régis Debray) sur les influences réciproques entre le médium et le message. La santé progressait, l'espérance de vie s'allongeait, nous vivrions mieux que nos parents et nos enfants vivraient mieux que nous.

 

Tout cela me semble remis en question.

Comment expliquer des révolutions arabes sans programme, sans leader, sans organisation ? Comment expliquer le printemps des "contre-enquêtes" sur l'alimentation, l'eau, l'énergie, le médicament, qui ne sont plus aujourd'hui considérées comme la production d'hurluberlus paranoïaques mais reçus comme la révélation du dévoiement de tout un système ? Comment expliquer la défiance profonde à l'égard de la finance, des banques, des grandes entreprises, validée par une suite apparemment sans fin de scandales, de manipulations, de mensonges ? Comment analyser la perte totale du sens de l'action en politique au profit de l'action politique directe, le déclin du syndicat au profit des "coordinations" ponctuelles ? Comment comprendre la perte absolue de la valeur de la parole des gouvernements, des experts et de leurs diffuseurs traditionnels (presse, télé, ...) ?

 

Ne sommes-nous pas en train de vivre l'orée d'une transition de civilisation ?

Quels seront les nouveaux cadres ? La coopération, le partage, la modestie, la proximité physique couplée à la communication globale, des structures auto-organisées, temporaires, souples, au sein du flux massif des données immédiatement disponibles ?

 

Si les cadres anciens disparaissent, et que les nouveaux ne sont pas encore en place, que reste-t-il ?

 

Un foisonnement évolutif dans la soupe primitive des données ?

 

La fin de l'ère des stocks, au profit de l'âge des flux ?

09/02/2011

F-rance ?

A l'aune des révolutions en Tunisie, en Egypte ; des manifestations en Jordanie, au Yémen ; de ce souffle libérateur, vous ne trouvez pas qu'il y a une ambiance de fin de règne en France ?

 

Des ministres qui ne prêtent pas attention à la perception de leurs actes ; d'autres condamnés en première instance ; un président qui insulte l'intelligence ; le néant des petites phrases, des éléments de langage.

 

Où sont l'espoir, l'envie, l'énergie, le désir ?

15/01/2010

Rupture dans la communication

Bravo M. Peillon !

 

Le coup d'éclat de Vincent Peillon, refusant de se présenter sur le plateau de France 2 et publiant en parallèle sur son blog une longue explication, est beau, ironique et salutaire. Stratégiquement, il est parfait (car l'adversaire - l'organisateur du débat - n'a rien vu venir, s'est trouvé en position défensive sans aucun plan de rechange et a été contraint d'agir dans l'improvisation, c'est-à-dire CONTRE son plan initial).

 

Il est aussi l'annonce d'une rupture dans l'organisation de la communication politique : la chaîne de production "politique - parole - média", accordée au temps des médias, qui la télé comme seul vecteur de masse, lui donnant, par ce pouvoir de monstration (dans ses deux déclinaisons : montrer et monstre - "approchez mesdames et messieurs, venez découvrir..."), un pouvoir de sélection, s'est brisée hier soir.

Le temps médiatique est celui de la sélection, de la préparation et du contrôle : la télé, la presse doivent sélectionner ce dont ils veulent parler (pour toucher le plus grand nombre de spectateurs/auditeurs/lecteurs et les retenir), ils doivent préparer ce dont ils vont parler (d'où la notion de "breaking news" : celles qui "cassent" ce qui était prévu, ou d'édition "spéciale"). Ils doivent aussi contrôler ce dont ils vont parler, par la maîtrise de l'horloge/de la pagination (dans les pays démocratiques) ou par celle du contenu (pour les dictatures).

Tout intervenant doit se plier à ce sytème de médiation, en jouant avec ses limites ("ma réponse sera brève"... en quinze minutes) certes, mais "jouer avec les limites" implique déjà de reconnaître les règles du jeu. L'intervenant n'avait jusqu'ici pas la liberté de refuser la règle, faute d'alternative de diffusion viable : ne pas accepter la règle, c'était ne pas être diffusé, devenir inaudible.

 

Vincent Peillon a décidé de sortir de ce cadre.

 

Il ne pouvait le faire qu'aujourd'hui.

 

Car l'époque le permet :
- l'acceptation permanente des règles médiatiques a conduit à l'émergence du soupçon de "connivence" : la "parole" est attaquée dans sa réalité même, rendant inaudible le médiatisé (un comble !). Lequel d'entre nous n'a pas haussé les épaules devant les positions devenues postures, les programmes politiques devenus slogans et petites phrases, les "trois questions à..." relues et amendées par l'intervenant, les débats interrompus par la pub ou la fin de la plage horaire ? (*)
- le média traditionnel, en qui l'on avait foi, a perdu son infaillibilité : entre reportage et "publireportage", entre interview et "tribune libre", entre compte-rendu et "éditorial", entre scoop et manipulation , le doute s'est instillé sur la réelle valeur apportée par le processus de production du média, voire même sur la réalité/la vérité du contenu diffusé.
- de nouveaux vecteurs sont apparus et touchent désormais un public suffisamment large, qui ne nécessitent d'autres médiateurs qu'un prestataire technique (internet, sms, blogs, facebook, twitter, dailymotion, ...)

 

Dans le monde ancien, Vincent Peillon n'aurait pu coupler son absence télévisée et sa présence médiatique. Son communiqué aurait été décrit à l'antenne, le rendant par là inaudible, et faisant de M. Peillon un contradicteur fuyant le débat. Le lendemain, quelques notules dans la presse auraient voisiné avec des articles sur le débat.

Dans le monde des nouveaux vecteurs, la publication en parallèle (premier commentaire à 21:08) sur son blog (médiateur technique) de l'intrégalité du billet constitue l'initiation d'un deuxième canal, continué par l'interview "immédiate" à Rue89 (datée du 15 à 00h10 !) : le temps de la préparation a été contracté, donnant la possibilité de parler de l'événement au moment même où il se déroule, ce qui crée en soi un deuxième événement attirant l'audience. Et de ce fait, attirant le système médiatique.

 

Dans le monde des nouveaux vecteurs, et parce que ces nouveaux vecteurs ont aujourd'hui un public large, le coup est d'autant plus "d'éclat" qu'il lui a permis à la fois :
- de vider de sa substance la pertinence (revendiquée) de la tenue d'un débat
- de désorganiser le processus de production médiatique ancien
- d'obliger le système médiatique ancien à continuer de médiatiser son action (de quoi parlent tous les journaux ce matin ?)
- de prendre position dans le système conversationnel des nouveaux vecteurs.

 

M. Peillon a réalisé une très belle manoeuvre.

 

Mais plus que cela, je crois qu'il vient d'initier le début de la reconnaissance "officielle" des nouveaux vecteurs.

 

(Si Vincent Peillon avait voulu pousser la logique du nouveau vecteur à son terme, il aurait dû twitter son refus, en renvoyant vers l'article de son blog.)

 

(* je ne dis pas que "c'est la faute aux médias", mais bien que le média est une structure, un langage, auquel sont obligés de s'adapter les agents s'ils veulent s'exprimer)

22/04/2009

Corps vivant, corps mort

La déraison du tout-biologique, du tout-génétique aboutit à la totale déshumanisation du corps.

 

Sur quels fondements éthiques peut-on baser une exposition de personnes mortes, mises en scène comme aucun taxidermiste n'oserait mettre en scène un animal, déchiquetées et tronçonnées pour tenir le fascinus haut levé ? Auraient-elles toutes consenties - ce qui est très loin d'être prouvé-, ces personnes -car oui, elles ont été des vivants-, que ça ne changerait rien, paradoxale rencontre de l'insanité de la permanence et de la folie du spectacle.

 

Sur quels fondements éthiques peut-on arriver à imposer son désir d'enfant au point de payer le ventre d'une femme indienne pour porter "son" enfant, le sien puisque, n'est-ce pas, les gamètes ne mentent pas, thuriféraires du seul vrai lien familial ? Si tu n'as pas mon sang, tu n'es pas des miens ? Ou ne serait-ce pas plutôt : si tu n'as pas mon sang, tu n'es pas "mien" ! Comment le désir d'enfant peut-il dériver en "droit à mon enfant que je ne pourrais considérer comme tel que s'il a 100% (au pire, 50%) des gènes de ses parents, à tout prix mais en comparant les tarifs" ?

 

Quelles folies !

24/11/2008

42 : on a enfin trouvé la question !

Depuis le Guide du routard intergalactique, on savait que la réponse ultime à "la Vie, l'Univers et tout ce qui est" est : 42.

 

On cherchait la question.

 

Ca y est, on l'a trouvée.

 

Espérons que cela ne conduira pas à la disparition de la Seconde Terre.

 

(Ironique, moi ?)

22/11/2008

Bush-Kerry, Florida results

Au terme d'une des élections les plus contestées de son histoire, où le recompte des voix s'est poursuivi tard dans la nuit, dans l'expectative fébrile des résultats des votants d'outre-mer, Martine Aubry devance Ségolène Royal de 42 voix.

 

Autrement dit, de rien.

 

Après

 

"Pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font",

 

il y eut

 

"Aimez-vous les uns les autres".

 

Et maintenant :

 

"Mon Dieu, ils sont devenus fous !"

 

A moins qu'elle ne s'imagine Simon de Montfort :

 

"Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens !"

 

Personnellement, je ne vois plus que cela...

05/11/2008

11 septembre 2001 - 4 novembre 2008

J'ai l'impression d'une parenthèse fermante.

 

Je me sens un peu comme le 9 novembre 1989. Manque un violoncelle.

 

Et je n'arrive pas à expliquer pourquoi. :-)

 

(Elle me fait remarquer : sept ans, un cycle)

10/10/2008

Les arbres, le ciel, tout ça

Note publiée pour la première fois le 10 mars 2006.

Ce qui n'était pas prévu, c'est que toutes les crises auraient lieu au même moment.

 

*********

 

Présentation des comptes de la Compagnie avant-hier.

 

Un commentaire du directeur-général : "Notre métier, c'est de gérer les risques. Or nous savons qu'il y aura une crise des actions, un crise de crédit et une crise immobilière. C'est le fonctionnement des cycles économiques. Ce que nous ne savons pas, c'est : quand ?"

 

Le directeur financier groupe : "Ce que nous apprennent les séries statistiques que l'on a, sur vingt ou trente ans, c'est que plus loin dans le passé est la dernière crise de crédit, plus forte sera la prochaine." Et ça ne concerne pas que la crise de crédit...

 

Un cycle économique dure une dizaine d'années (cycle de Kondratieff).
La crise des matières premières, on est en plein dedans.
La dernière crise des actions remonte à 2000. Ca laisse un peu de temps : on va atteindre la pleine phase de hausse.
La dernière crise obligataire (ou de crédit) remonte à 1995-96 (crise asiatique, etc.). On n'est pas loin des dix ans...
La dernière crise immobilière remonte aux années 1990. Sur un cycle de 10 ans environ, on est déjà très en retard...

 

Et aujourd'hui, gros dossier dans l'Express sur l'atterrissage de l'immobilier, la dégradation de la solvabilité des ménages, etc.

 

CQFD.

19/09/2008

Quand on mettra les cons sur orbite...

... les commentateurs de sites d'information n'auront pas fini de tourner !

 

Tout à la magie du "web participatif", du "web 2.0" et autre billevesées sémantiques, les principaux journaux, les sites d'information, se sont lancés dans la grande aventure du "commentaire de lecteur" tandis que les radios donnent "la parole aux auditeurs".

 

Cela part, bien évidemment, d'une application sereine et logique d'une maxime indécrottable et mal comprise depuis plusieurs siècles : "le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être bien pourvu, que ceux mêmes qui sont les plus difficiles à contenter en toutes autres choses n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont" (Descartes).

 

Relisez bien cette phrase. Elle ne veut absolument pas dire que le bon sens et la raison sont synonymes. Au contraire : à égalité avec le con le plus fini, l'esthète le plus insatisfait est persuadé d'avoir suffisamment de bon sens au point de ne pas en vouloir plus. Et, malheureusement, au point d'ajouter son commentaire ou son intervention.

 

Je ne dis pas que tous les commentaires sont stupides. Une minorité, notamment sur Rue89.com, enrichit l'article, le précise, le corrige, le complète, offre un regard différent ou relate une expérience personnelle de façon factuelle.

 

Mais la masse du commentaire d'information puise sa source dans la description d'une monde imaginaire :
- où des "eux", disposant de ressources illimitées, ayant le contrôle non seulement de l'économie, des relations sociales, de la finance, de la recherche scientifique, de l'information, de tous les trafics, de l'origine des guerres et du réchauffement climatique, le tout sans que jamais AUCUNE preuve ne filtre, contrôlent, manipulent, orientent et finalement dirigent le reste asservi de l'humanité, les "nous"
- où ces "eux" qui nous dirigent se voient à la fois reprocher tout ce qui arrive, tout ce qui n'arrive pas et tout ce qu'il aurait fallu, "avec du bon sens" évidemment, faire
- où "les autres" sont forcément aveuglés par la propagande officielle, tandis que les "nous" savent bien la vérité vraie, celle que l'on découvre avec "du bon sens"
- où la "vérité qu'on nous cache", c'est à la fois et simultanément, que le 11-septembre est un coup du gouvernement américain à la solde des industriels et qu'il n'a pas eu lieu, que "nos" dirigeants sont tous affidés de la CIA (tout comme l'était Ben Laden - au temps pour la fidélité... ha, pardon, c'est vrai qu'il faisait partie du complot, d'ailleurs il vit aux USA sous un faux nom) et aux lobbies, que les industriels passent leurs journées à imaginer des moyens d'empoisonner les populations , que toute invention technique est un piège et un danger pour le citoyen, que la démocratie est "confisquée" par des lobbies capables de convaincre la majorité mais pas, bien sûr, les éclairés commentateurs
- où toute dépense de l'Etat est une gabegie, tout impôt un vol, toute recherche scientifique un gaspillage, et où simultanément, c'est à l'Etat, grâce à l'impôt, et à la recherche de trouver des solutions à tout
- où un député absent de l'hémicycle est une honte et où l'on n'a de cesse de railler ces députés qui ne savent ni ne comprennent rien à rien (perso, s'ils sont nuls, je les préfère loin de l'urne...) et qui d'ailleurs, sont tous sous le contrôle de lobbies
- où il "aurait fallu", principe de précaution, prévoir tout incident possible et où, à chaque nouvelle règle de sécurité, "nous" sommes victimes de réglementations idiotes
- etc.

 

A ce niveau de conneries, j'ai décroché.

 

En réalité, c'est toute l'humanité qui a fait fausse route depuis le début. La physique, l'économie, le droit (aaaaah, le droit, grand moment de solitude), la diplomatie, l'art de la guerre, la politique, la médecine scientifique et toutes les sciences en général, y compris les maths, ne sont qu'une perte de temps, ne nécessitent vraiment pas que des gens y consacrent des années d'études : avec du "bon sens", on aurait pu trouver une solution plus vite.

 

Descartes avait effectivement compris : le "bon sens" est une denrée inépuisable, infinie et équitablement partagée par tous.

 

La preuve.

01/09/2008

L'Histoire begaie ?

Titre facile, certes.

 

Pourtant. Né en 1972, je suis de la génération qui apprenait la guerre froide dans ses livres d'histoire - mais pas encore la fin de la guerre froide. La rhétorique martiale des Soviétiques et des Américains, la chaussure de Krouchtchev à l'ONU, les missiles SS20, les fusées Pershing, la capacité nucléaire "capable de rayer les principales villes soviétiques de la carte", ...

 

Il est étrange, ce sentiment de déjà-vu, quand Medvedev reconnaît l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, quand un général russe annonce que tout agresseur qui s'en prendrait à la Russie sera "anéanti" - des mots disparus du vocabulaire diplomatique depuis si longtemps !


Sauf qu'entre la guerre en Irak, la guerre en Afghanistan, la crise économique, la campagne électorale et les ouragans, les USA ont d'autres chats à fouetter que s'occuper de la Géorgie. Et que l'Europe à 27 dont trois "non" au Traité européen (version "constitution" ou version "simplifiée") est à peu près aussi audible qu'un canton suisse.


Comme plaisantait Staline : "Le Vatican, combien de divisions ?"

 

L'Histoire ne bégaie pas : c'est plus triste. Les Russes, les Chinois (pour d'autres raisons) ont une "fenêtre" d'actions sans aucun risque. Quelle que soit la nature de l'action.

 

Et ils ne vont pas se gêner : ils n'ont rien à craindre.

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