30/03/2009

As time goes by... (2)

Soudain, l'appel à la prière se fraie un chemin dans la cacophonie urbaine. L'air est humide, atlantique, chaud dès que le soleil apparaît. La ville subitement bascule : ce n'est pas l'Afrique seulement, c'est aussi l'Islam, dans sa version apaisée (sunnisme malékite, pour les plus intéressés d'entre vous).

 

Le chant du muezzin efface les buildings : des minarets tombe la parole, et la ville s'y blottit.

 

Dans la Medina près du Palais Royal (la plus petite, la plus marocaine des deux - l'autre est derrière le Hyatt, grosse de néons et autres pièges à touristes), l'enfilade de colonnes abat le couchant sur les échoppes étroites où s'empilent jusqu'au plafond les babouches, les pièces d'argenterie, les faiences, les vêtements. Une saignée au sol graisseux mène à une petite cour : le marché de gros aux olives. Immenses bidons en plastique bleu, où se serrent des dizaines de variété. Le pavé de la cour dégorge son trop-plein d'huile et de poussière mêlées, ça colle et glisse en même temps, de façon surprenante.

 

La nuit tombe, nous dînerons de fritures et d'un poisson grillé.

19/03/2009

As time goes by...

Le feulement des réacteurs accompagne la version aérienne du "petit déjeuner continental" (sucré, salé, chaud, froid). Il est peu après 7h30, siège 12D d'un Airbus A318 d'Air France en route pour le Maroc, trois heures de vol.

 

En approche, la première impression est : "C'est vert !", plus vert que je ne l'imaginais. J'apprendrai plus tard que le Maroc aride est aux portes de Marrakech. Ici, c'est l'influence atlantique, la brume de mer matinale.

 

Et les conséquences bourgeonnantes d'un hiver pluvieux.

 

Casablanca : pour moi, un mythe. Celui de maisons blanches, de foules compactes en burnous et jellabas, un air de piano intemporel, un homme qui aime encore une femme qui a renoncé à lui. La France, aussi, celle des pages d'une histoire sombre et glorieuse.

 

Casablanca l'européenne, ville africaine au rivage atlantique.

 

Les immeubles des années 50 cotoient les récents buildings de verre des banques et des industries. Cela n'empêche pas l'absence quasi-totale de trottoirs, ou, quand ils existent, fleuves de petits carreaux posée sur du sable ("sous les trottoirs, la plage" : c'est ici vrai !), incomplets, déchirés, troués. A côté d'un flot de Logan neuves, de vieilles guimbardes improbables discutent la route à une âne tirant sa charrette. Au carrefour, la population mêle sans logique apparente burnous, voiles, uniformes d'écoliers, costumes cintrés et mini-jupes cheveux au vent : l'injonction vestimentaire se nourrit de tant de sources, sans qu'aucune ne l'emporte (hormis dans les quartiers populaires, plus traditionnalistes), qu'il en résulte une impression de joyeux désordre, éclat de rire permanent à la face des tristes sires. Un confluent qui n'est pas sous influence : j'aime beaucoup.

 

Côté circulation, c'est l'anarchie. La signalisation routière, hormis quelques rares feux, ressemble à une aimable suggestion du préfet de police : lignes blanches, clignotants, stop - autant d'accessoires devant le couple originel de l'appel de phares et du klaxon. Joyeusement jouissif la plupart du temps, sauf quand la droite est occupée par un bus vert clair et blanc (d'anciens modèles de la RATP rebaptisés) et la gauche par une mobylette pétaradante - et fragile.

 

 (à suivre)

26/11/2008

A jour tendu

Paris-Billund (Danemark) et retour.

 

L'avion ferme ses portes à 19h20, je suis enregistré et sans bagages. Un départ à 17h30 me paraît donc raisonnable (le site de la RATP m'indique 1h10 de trajet jusqu'à Roissy).

 

C'était sans compter avec la loi de Murphy.

 

Devant le guichet électronique de l'accès à la gare, un lent s'embrouille, ne sait pas trouver sa destination, perd dix minutes avec l'improbable rouleau de sélection. Ca commence bien.

Ligne A : incident voyageur. Le trafic s'écoule très lentement jusqu'à La Défense, où je décide de changer pour la ligne 1. Tout va bien, je n'ai mis que trois quarts d'heures pour rejoindre Les Halles (au lieu de 25 minutes...).

Ligne B : incident, de la fumée dans un tunnel. Une rame stationne, qui ne va pas à Charles-de-Gaulle, pendant plusieurs minutes. Les voyageurs à valise commencent à échanger sur la façon d'arriver à l'aéroport. Avec un couple en partance pour l'Espagne, rencontré sur le quai, nous prenons un taxi à Chatelet.

 

A 18h15, dans Paris... on se jette dans les bouchons. Quelle que soit l'itinéraire, nous roulons moins vite qu'au pas.

 

Le chauffeur nous propose de prendre les choses en main. Direction les petites rues, où seuls les feux rouges nous ralentissent. Nous rejoignons finalement l'A3, mais il est déjà presque 19h !

 

A un certain moment, il n'est plus utile de s'inquiéter. Toute angoisse s'évapore, quand la plus faible probabilité n'est plus de rater l'avion mais bien de l'avoir. Et s'agacer contre des événements extérieurs n'a aucun intérêt.

 

Je suis au terminal 2B à 19h12. Un vigile m'arrête croyant que je me trompe, je le rassure. Encore une minute de perdue.

Personne à la sécurité : les agents me font remarquer que l'embarquement est probablement clos. Peu importe, je reviendrai, si c'est le cas. Je passe.

 

Et arrive le dernier, essoufflé, dans la file attendant de monter dans le bus.

 

Direction l'avion.

 

Un Dornier 328 à deux hélices (turboropulseurs ?), 32 places au total ! Hormis le bi-moteur au-dessus du Grand Canyon (six places), je n'ai jamais voyagé aussi petit.

 

Deux heures de vol, fauteuils en cuir crême, dans la nuit bourdonnante au-dessus de la France, la Belgique, l'Allemagne.

 

Je lis les tragédies de Racine, Phèdre, Iphigénie, à quelques milliers de pieds au-dessus du sol.

05/06/2008

Le greffier du luthier

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15/05/2008

Du pont à l'arc-en-ciel

La grâce de l'aqueduc du 8 au 12 mai nous a permis de partir, enfin !, présenter le dernier (en date) arrière-petit-fils à son arrière-grand-père auvergnat.

 

J'avoue être chaque jour surpris par Solal. Prendre l'avion à quatre mois et demi (un bi-turbopropulseur vibrant et chuintant - ATR 42 pour les connaisseurs) n'est pas médicalement contre-indiqué, mais comment allait-il supporter le bruit de l'aéroport, les formalités de sécurité, l'envol, le vol, l'atterrissage, le transbahutage en taxi, ... ?

 

Réponse : bien. Aucun pleur, aucun cri. Une vague tentative de chouinage quand le commandant de bord l'a réveillé en sursaut pour un communiqué. On va dire qu'il a une personnalité épanouie, et des parents formidables ;-)

 

Que peuvent se dire un vieil homme de 94 ans et un enfant de 20 semaines ? Solal s'est immédiatement senti à l'aise, malgré la fatigue et l'heure tardive (dix heures passées). L'échange de leurs sourires.

 

Sur place, mon père et son fils (un demi-frère de 7 ans, ça fait un demi-tonton ?).

 

Des journées lentes, sans planning particulier, hormis les décisions cruciales sur le menu des repas.

 

Un barbecue, un déjeuner à l'ombre du grand sapin dans le jardin.

 

Quelques heures de MarioKart sur la DS de mon petit frère (qui m'a, évidemment, mis en pièces).

 

La visite heureuse de mon oncle et ma tante, de retour du Sud, le dimanche.

 

Et dire qu'il a fallu rentrer !

 

C'était bien. A peine ombré par le sentiment que chacun de ces moments approche la fin plutôt que le début d'un cycle. Ce n'est pas, encore, de l'ordre de la transmission, du passage de témoin.

 

Une parenthèse de sérénité, peut-être de bonheur, brièvement.

 

(Je pense aux photos, elles sont encore dans l'appareil.)

04/05/2008

A long journey, ou tout comme (2)

Copenhague.

Peut-être en accord inconscient avec la campagne alentour, la ville est plate et basse. Quelques tours semblent exulter hors de l'uniformité à six étages, hôtels de luxe avec vue sur l'horizon.

Après quelques heures intenses et décontractées en réunion - le style danois, sûrement : profusion de pauses nourrissantes, powerpoints imprimés, le patron soixantenaire en jean clair et cravate - dans la banque ! -, bureaux clairs en perspective sur un petit lac animé de quelques pêcheurs : totalement hors norme pour le Français travaillant à la Défense ! -, je décline l'invitation d'un taxi partagé et m'éclipse à pied dans le centre-ville.

De ces quelques heures passées, reste l'impression d'un respect urbain, d'une cohabitation tranquille entre voitures, vélos (en très grand nombre !), bus et piétons.

Le Tivoli, immense lieu de récréation - son jardin, son théâtre, son exposition temporaire, ses attractions, point nodal d'une ville au ralenti.

La gare, en réfection, des centaines de vélos le long des flancs, ouvre sur l'horrible immeuble décati de SAS, apogée du non-style des années soixante. De l'autre côté, commence un étrange quartier d'immeubles ternes, tous devenus hôtels, tandis que des femmes, jeunes et âgées, attendent au carrefour le passage du client en voiture.

Tous les voyages du monde ont le sexe tarifé en arrière-cour.

J'ignore pourquoi.

A quatre heures, c'est le rush : sortie des bureaux, un long week-end qui commence. Je comprends mieux ma difficulté à trouver un taxi pour l'aéroport. Eux aussi font le pont.

Retour à l'aéroport.

La foule des grands départs.

Les boutiques duty-free dégorgent de produits chers, certains de luxe. Le Danemark n'est pas bon marché.

A nouveau la carlingue étroite d'un A321.

Le vol se pose à Roissy à 22h.

Onze heures : le taxi me dépose au pied de l'immeuble.

Porte ouverte. Elle. Le chat.

Et Solal qui sort un bref instant du sommeil pour me sourire.



*****


Levé à 4h, couché à minuit.



Une longue journée.

03/05/2008

A long journey, ou tout comme (1)

Paris - Copenhague, et retour.

A cinq heures du matin, la pluie noie la nuit et freine le petit matin. Le taxi se prend pour un surfeur au milieu de l'autoroute A3 : bref moment d'effroi. 'électronique allemande corrige le mauvais réflexe - freiner - du chauffeur, et la route reprend son défilement épileptique : bandes blanches, phares rouges.

Charles-de-Gaulle terminal 1

Le vieux terminal camembert en béton projeté se rhumatise à devoir respecter les nouvelles règles de sécurité. L'élégance initiale des salles d'embarquement en pétales se trouve pénétrée par l'ombilic obscur des scanners, un de chaque côté du satellite, qui transforment ces loges privées en enfilades chitineuses de sas ouverts.

Le Boeing du vol Scandinavian Airlines de sept heures est quasiment vide. Quelques hommes d'affaires, une famille de quatre, jeunes gens et jeunes femmes épars. Une personne d'âge mûr, connue de l'hôtesse.

Vol au-dessus d'un glacier de nuages ridés, vallonnés, rarement percés. Le soleil, le ciel bleu : hors-terre du voyage aérien.

L'avion plonge dans le blanc, la mer gris-vert et son port-container en sillage, quelques fermes, un ou deux clochers.

Copenhague.

19/03/2008

Audacity of Hope

Je ne me sens pas, pour le moment, capable d'avoir des idées suffisamment claires pour parler de l'effroyable demande de Mme Sebire. [Edit à 23h : Mme Sébire a été retrouvée morte, chez elle. Les questions théoriques s'éteignent, au moins pour quelques heures.]

Je ne vois aucun intérêt à commenter le vide, le creux, l'inanité des joutes post-municipales, la nomination de ministricules dont on espère, surtout pour Nadine Morano, que ce sera l'occasion qu'ils ferment leur gueule et arrêtent de sortir des monstruosités.

Je me tamponne le coquillard de la chute des marchés, que j'ai annoncée depuis deux ans au moins, et dont la rationalité économique - c'est-à-dire ce qu'on ne lit que rarement dans la presse, et ne voit jamais à la télé - oblige à dire qu'elle n'est pas finie.

Les émeutes au Tibet ? Rien ne changera, avec ou sans boycott des JO, pardon, de la cérémonie d'ouverture des JO, une menace propre à faire peur aux dirigeants chinois, n'est-ce-pas... Ils doivent en trembler la nuit.

Mais il y a quelque chose qui m'a impressionné, aujourd'hui.

 

Je n'ai pas envie d'être ironique, anti-américain, si franco-français, quand je lis l'adresse de Barrack Obama à Philadelphie.

Je ne peux qu'espérer que cet espoir-là n'est pas qu'une envolée lyrique, que les moyens lui seront donnés de vivre et s'épanouir.

Lisez-le, en oubliant l'Irak, les multinationales, Monsanto et le reste.

 

07/03/2008

Abidjan (2)

(le début ici)

 

La lagune qui divisait la ville est désormais progressivement comblée. Pour commencer, des tombereaux de terre, qui se transforment en champs. Bientôt, c'est certain, des logements et des routes.

 

Cela donne une étrange allure au réseau actuel : routes surélevées, ponts qui n'enjambent rien de plus que le sol. L'allure en oscille entre la décadence d'un réchauffement climatique accéléré et la folie d'urbanistes amoureux de piliers de béton.

 

Les taxis rouges filent dans le chaos (et les cahots) des avenues. Ici, il y a des feux tricolores, qui fonctionnent. Mais ici, le soir tombé, la police ou l'armée sort et arrête les voitures - de préférence les taxis - en cherchant tout moyen "légitime" d'imposer une amende - de préférence en liquide et sans reçu. A Douala, on les appelait les "mange-mille" (billets de mille Francs CFA). Ici, pas de surnom, mais des kalachnikovs agressives. Que l'on soit ivoirien ou non n'y change rien.

 

Ne pas avoir peur de sa propre police : c'est peut-être cela, le confort de nos sociétés pacifiées.

 

A l'arrière de nombre de ces taxis, un surnom ou un slogan : "Bloffeur", "Sita ma fille aime", "Dieu t'écoute", peint en lettres appliquées, travaillées, presque gothiques, en blanc sur le pare-choc noir.

 

Une ville africaine : aux immeubles récents de six, sept étages, répondent les abris de tôles, les cases de planches des quartiers pauvres. Il n'y a qu'un pont de distance, et pourtant un monde.

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Ici, dès qu'on en a les moyens, on achète une parcelle et l'on construit en dur, en parpaings. Quand les finances sourient à nouveau, on rajoute un étage. Puis un autre, encore un, ainsi de suite. Rues entières d'immeubles aux façades peintes en rez-de-chaussée, inachevés du haut, comme si les immeubles s'évaporaient dans la chaleur humide de la lagune.

22/02/2008

Abidjan (1)

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Cité lagunaire, Abidjan est souvent perdue dans une brume légère qui s'élève tardivement dans la journée. La chaleur, en cette fin février, milieu de la saison sèche, est facilement supportable : 24° la nuit, environ 30° la journée.

L'arrivée nocturne est très différente de celle de Douala. Route à plusieurs voies, très carrossables, lampadaires en état de fonctionnement. On passe sous le symbole de la Côte d'Ivoire : deux éléphants dressés, trompe contre trompe. L'aéroport, déjà, tout en carrelage et couloirs sans vie, indiquait un niveau économique plus développé.

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