26/09/2008

Lectures

La route, Cormac McCarthy

Battement d'ailes, Milena Agus

Le collectionneur de mondes, Ilija Trojanow

Le théorème d'Almodovar, Antoni Casa Ros

(j'y reviens)

19/03/2008

Audacity of Hope

Je ne me sens pas, pour le moment, capable d'avoir des idées suffisamment claires pour parler de l'effroyable demande de Mme Sebire. [Edit à 23h : Mme Sébire a été retrouvée morte, chez elle. Les questions théoriques s'éteignent, au moins pour quelques heures.]

Je ne vois aucun intérêt à commenter le vide, le creux, l'inanité des joutes post-municipales, la nomination de ministricules dont on espère, surtout pour Nadine Morano, que ce sera l'occasion qu'ils ferment leur gueule et arrêtent de sortir des monstruosités.

Je me tamponne le coquillard de la chute des marchés, que j'ai annoncée depuis deux ans au moins, et dont la rationalité économique - c'est-à-dire ce qu'on ne lit que rarement dans la presse, et ne voit jamais à la télé - oblige à dire qu'elle n'est pas finie.

Les émeutes au Tibet ? Rien ne changera, avec ou sans boycott des JO, pardon, de la cérémonie d'ouverture des JO, une menace propre à faire peur aux dirigeants chinois, n'est-ce-pas... Ils doivent en trembler la nuit.

Mais il y a quelque chose qui m'a impressionné, aujourd'hui.

 

Je n'ai pas envie d'être ironique, anti-américain, si franco-français, quand je lis l'adresse de Barrack Obama à Philadelphie.

Je ne peux qu'espérer que cet espoir-là n'est pas qu'une envolée lyrique, que les moyens lui seront donnés de vivre et s'épanouir.

Lisez-le, en oubliant l'Irak, les multinationales, Monsanto et le reste.

 

06/08/2007

Ecce homo

"Je suis cardinal, juif et fils d'immigrés."

"Notre autorité ne consiste qu’à obéir au Christ. Ce n’est pas respecter autrui que de ne pas lui transmettre la parole de Dieu telle qu’elle nous est confiée. Révéler ainsi l’exigence de Dieu ne peut se faire que dans sa miséricorde. Mais cela signifie, ni complicité, ni complaisance. L’amour de l’Église ne se divise pas. Il ne faut pas chercher notre propre succès. Ne pas chercher à se faire aimer, mais aimer." (quelle exigence de/pour soi !!!)

"L’une des erreurs d’optique où se porte le désir spirituel est de projeter sur le présent de l’Église une eschatologie réalisée au rabais. Cette erreur défigure l’espérance chrétienne. Elle transforme la vie chrétienne en un mythe ou, à l’inverse, en une insupportable tyrannie. On essaiera, par des moyens humains, de faire de la société chrétienne une figure du Royaume des cieux, alors qu’elle n’en est que la caricature souvent infernale. Dieu nous donne au contraire la force d’espérer. (…) Ce temps-ci n’est qu’un temps obscur, d’espérance et de fidélité, et non pas le temps de la gloire." (La Promesse, 2002)

Jean-Marie Lustiger

(et que l'on me pardonne le titre, mais c'est le plus juste que j'ai trouvé.)

(source : La Croix)

22/07/2007

Passage de Milan (Michel Butor)

Lassitude, l'inévitable.
Alors les mots les plus lointains cherchés expirent de platitude sur le silence qu'ils ne peuvent entamer mais salissent, comme une pierre lancée pour la briser sur la surface gelée de l'étang, et qui y reste.

01/06/2007

La solitude, Léo Ferré (extrait)

Le désespoir est la forme supérieure de la critique.

Pour le moment, nous l'appellerons : bonheur.

23/05/2007

On s'aimera (Léo Ferré)

On s'aim'ra
pour un quignon d'soleil
qui s'étire pareil
au feu d'un feu de bois
on s'aim'ra
pour des feuilles mourant
sous l'oeil indifférent
de Monseigneur le Froid

On s'aim'ra cet automne
quand ça fum' que du blond
quand sonne à la Sorbonne
l'heure de la leçon
quand les oiseaux frileux
se prennent par la taille
et qu'il fait encor bleu
dans le ciel en bataille

On s'aim'ra
pour un manteau pelé
par les ciseaux gelés
du tailleur des frimas
On s'aim'ra
pour la boule de gui
que l'an neuf à minuit
a roulée sous nos pas

On s'aim'ra cet hiver
quand la terre est peignée
quand s'est tu le concert
des oiseaux envolés
quand le ciel est si bas
qu'on l'croit au rez-d'chaussée
et qu'le temps des lilas
n'est pas près d'êt' chanté

On s'aim'ra
pour un tapis tout vert
où comm' les filles de l'air
les abeilles vont jouer
On s'aim'ra
pour ces bourgeons d'amour
qui allong'nt aux beaux jours
les bras de la forêt

On s'aim'ra ce printemps
quand les soucis guignols
dansent le french cancan
au son du rossignol
quand le chignon d'hiver
de la terre endormie
se défait pour refaire
l'amour avec la vie

On s'aim'ra
pour une vague bleue
qui fait tout ce qu'on veut
qui marche sur le dos
On s'aim'ra
pour le sel et le pré
de la plage râpée
où dorment les corbeaux

20/05/2007

Déjeuner en paix (Stephan Eicher)

J'abandonne sur une chaise le journal du matin
Les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent
J'attends qu'elle se réveille et qu'elle se lève enfin
Je souffle sur les braises pour qu'elles prennent

Cette fois je ne lui annoncerai pas
La dernière hécatombe
Je garderai pour moi ce que m'inspire le monde
Elle m'a dit qu'elle voulait si je le permettais
Déjeuner en paix, déjeuner en paix

Je vais à la fenêtre et le ciel ce matin
N'est ni rose ni honnête pour la peine
"Est-ce que tout va si mal ? Est-ce que rien ne va bien ?
L'homme est un animal" me dit-elle

Elle prend son café en riant
Elle me regarde à peine
Plus rien ne la surprend sur la nature humaine
C'est pourquoi elle voudrait enfin si je le permets
Déjeuner en paix, déjeuner en paix

Je regarde sur la chaise le journal du matin
Les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent
"Crois-tu qu'il va neiger ?" me demande-t-elle soudain
"Me feras-tu un bébé pour Noël ?"

Et elle prend son café en riant
Elle me regarde à peine
Plus rien ne la surprend sur la nature humaine
C'est pourquoi elle voudrait enfin si je le permets
Déjeuner en paix, déjeuner en paix

10/05/2007

L'esclavage est un crime contre l'humanité

Discours de Mme Taubira, le 18 février 1999, à l'assemblée nationale

"Le sujet dont nous nous sommes emparés n'est pas un objet froid d'étude. Parce qu'il s'écoulera encore quelque temps avant que la paix et la sérénité ne viennent adoucir la blessure profonde qu'irrigue une émotivité inassouvie, parce qu'il peut être rude d'entendre décrire par le menu certains aspects de ce qui fut une tragédie longue et terrible, parce que l'histoire n'est pas une science exacte mais, selon Fernand Braudel, toujours à recommencer, toujours se faisant, toujours se dépassant, et parce que, enfin, la République est un combat, comme nous l'enseigne Pierre Nora, je propose, quoiqu'il ne soit pas d'usage de procéder ainsi, de convenir de ce que n'est pas ce rapport.

Ce rapport n'est pas une thèse d'histoire. Il n'aspire à aucune exhaustivité, il ne vise à trancher aucune querelle de chiffres, il reprend les seules données qui ne font plus litige.

Il n'est pas le script d'un film d'horreur, portant l'inventaire des chaînes, fers, carcans, entraves, menottes et fouets qui ont été conçus et perfectionnés pour déshumaniser.

Il n'est pas non plus un acte d'accusation, parce que la culpabilité n'est pas héréditaire et parce que nos intentions ne sont pas de revanche.

Il n'est pas une requête en repentance, parce que nul n'aurait l'idée de demander un acte de contrition à la République laïque, dont les valeurs fondatrices nourrissent le refus de l'injustice.

Il n'est pas un exercice cathartique, parce que les arrachements intimes nous imposent de tenaces pudeurs.

Il n'est pas non plus une profession de foi, parce que nous avons encore à ciseler notre cri de foule.

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24/04/2007

Lu sur le net

"J'hallucine mon instinct. Ecrire c'est pareil."

23/04/2007

René Char, Dans l'atelier du poète

Suzerain

Nous commençons toujours notre vie sur un crépuscule admirable. Tout ce qui nous aidera, plus tard, à nous dégager de nos déconvenues s'assemble autour de nos premiers pas. La conduite des hommes de mon enfance avait l'apparence d'un sourire du ciel adressé à la charité terrestre. On y saluait le mal comme une incartade du soir. Le passage d'un météore attendrissait. Je me rends compte que l'enfant que je fus, prompt à s'éprendre comme à se blesser, a eu beaucoup de chance. J'ai marché sur le miroir d'une rivière pleine d'anneaux de couleuvre et de danses de papillons. J'ai joué dans des vergers dont la robuste vieillesse donnait des fruits. Je me suis tapi dans des roseaux, sous la garde d'êtres forts comme des chênes et sensibles comme des oiseaux. Ce monde net est mort sans laisser de charnier. Il n'est plus resté que souches calcinées, surfaces errantes, informe pugilat et l'eau bleue d'un puits minuscule veillé par cet Ami silencieux.

La connaissance eut tôt fait de grandir entre nous. Ceci n'est plus, avais-je coutume de dire. Ceci n'est pas, corrigeait-il. Pas et plus étaient disjoints. Il m'offrait, à la gueule d'un serpent qui souriait, mon impossible que je pénétrais sans souffrir. D'où venait cet Ami ? Sans doute, du moins sombre, du moins ouvrier des soleils. Son énergie que je jugeais grande éclatait en fougères patientes, humidité de mon espoir. Ce dernier, en vérité, n'était qu'une neige de l'existence, l'affinité du renouveau. Un butin s'amoncelait, dessinant le littoral cruel que j'aurais un jour à parcourir. Le coeur de mon Ami m'entrait dans le coeur comme un trident, coeur souverain égaillé dans des conquêtes bientôt réduites en cendres, pour marquer combien la tentation se déprime chez qui s'établit, se rend. Nos confidences ne construiraient pas d'église ; le mutisme reconduisait tous nos pouvoirs. Il m'apprit à voler au-dessus de la nuits des mots, loin de l'hébétude des navires à l'ancre. Ce n'est pas le glacier qui nous importe mais ce qui le fait possible indéfiniment, sa solitaire vraisemblance. [...]

le poème pulvérisé 1947

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