19/03/2008
Audacity of Hope
Je ne me sens pas, pour le moment, capable d'avoir des idées suffisamment claires pour parler de l'effroyable demande de Mme Sebire. [Edit à 23h : Mme Sébire a été retrouvée morte, chez elle. Les questions théoriques s'éteignent, au moins pour quelques heures.]
Je ne vois aucun intérêt à commenter le vide, le creux, l'inanité des joutes post-municipales, la nomination de ministricules dont on espère, surtout pour Nadine Morano, que ce sera l'occasion qu'ils ferment leur gueule et arrêtent de sortir des monstruosités.
Je me tamponne le coquillard de la chute des marchés, que j'ai annoncée depuis deux ans au moins, et dont la rationalité économique - c'est-à-dire ce qu'on ne lit que rarement dans la presse, et ne voit jamais à la télé - oblige à dire qu'elle n'est pas finie.
Les émeutes au Tibet ? Rien ne changera, avec ou sans boycott des JO, pardon, de la cérémonie d'ouverture des JO, une menace propre à faire peur aux dirigeants chinois, n'est-ce-pas... Ils doivent en trembler la nuit.
Mais il y a quelque chose qui m'a impressionné, aujourd'hui.
Je n'ai pas envie d'être ironique, anti-américain, si franco-français, quand je lis l'adresse de Barrack Obama à Philadelphie.
Je ne peux qu'espérer que cet espoir-là n'est pas qu'une envolée lyrique, que les moyens lui seront donnés de vivre et s'épanouir.
Lisez-le, en oubliant l'Irak, les multinationales, Monsanto et le reste.
16:25 Publié dans Des mots m'émerveillent , Détours du monde , Polis, -itis : la Cité , Voir, entendre, ressentir | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, usa, philadelphie, obama
06/08/2007
Ecce homo
"Je suis cardinal, juif et fils d'immigrés."
"Notre autorité ne consiste qu’à obéir au Christ. Ce n’est pas respecter autrui que de ne pas lui transmettre la parole de Dieu telle qu’elle nous est confiée. Révéler ainsi l’exigence de Dieu ne peut se faire que dans sa miséricorde. Mais cela signifie, ni complicité, ni complaisance. L’amour de l’Église ne se divise pas. Il ne faut pas chercher notre propre succès. Ne pas chercher à se faire aimer, mais aimer." (quelle exigence de/pour soi !!!)
"L’une des erreurs d’optique où se porte le désir spirituel est de projeter sur le présent de l’Église une eschatologie réalisée au rabais. Cette erreur défigure l’espérance chrétienne. Elle transforme la vie chrétienne en un mythe ou, à l’inverse, en une insupportable tyrannie. On essaiera, par des moyens humains, de faire de la société chrétienne une figure du Royaume des cieux, alors qu’elle n’en est que la caricature souvent infernale. Dieu nous donne au contraire la force d’espérer. (…) Ce temps-ci n’est qu’un temps obscur, d’espérance et de fidélité, et non pas le temps de la gloire." (La Promesse, 2002)
Jean-Marie Lustiger
(et que l'on me pardonne le titre, mais c'est le plus juste que j'ai trouvé.)
(source : La Croix)
20:25 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lustiger
22/07/2007
Passage de Milan (Michel Butor)
Lassitude, l'inévitable.
Alors les mots les plus lointains cherchés expirent de platitude sur le silence qu'ils ne peuvent entamer mais salissent, comme une pierre lancée pour la briser sur la surface gelée de l'étang, et qui y reste.
10:00 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : butor, litterature
01/06/2007
La solitude, Léo Ferré (extrait)
Le désespoir est la forme supérieure de la critique.
Pour le moment, nous l'appellerons : bonheur.
10:14 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : leo ferre
23/05/2007
On s'aimera (Léo Ferré)
On s'aim'ra
pour un quignon d'soleil
qui s'étire pareil
au feu d'un feu de bois
on s'aim'ra
pour des feuilles mourant
sous l'oeil indifférent
de Monseigneur le Froid
On s'aim'ra cet automne
quand ça fum' que du blond
quand sonne à la Sorbonne
l'heure de la leçon
quand les oiseaux frileux
se prennent par la taille
et qu'il fait encor bleu
dans le ciel en bataille
On s'aim'ra
pour un manteau pelé
par les ciseaux gelés
du tailleur des frimas
On s'aim'ra
pour la boule de gui
que l'an neuf à minuit
a roulée sous nos pas
On s'aim'ra cet hiver
quand la terre est peignée
quand s'est tu le concert
des oiseaux envolés
quand le ciel est si bas
qu'on l'croit au rez-d'chaussée
et qu'le temps des lilas
n'est pas près d'êt' chanté
On s'aim'ra
pour un tapis tout vert
où comm' les filles de l'air
les abeilles vont jouer
On s'aim'ra
pour ces bourgeons d'amour
qui allong'nt aux beaux jours
les bras de la forêt
On s'aim'ra ce printemps
quand les soucis guignols
dansent le french cancan
au son du rossignol
quand le chignon d'hiver
de la terre endormie
se défait pour refaire
l'amour avec la vie
On s'aim'ra
pour une vague bleue
qui fait tout ce qu'on veut
qui marche sur le dos
On s'aim'ra
pour le sel et le pré
de la plage râpée
où dorment les corbeaux
14:46 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : leo ferre
20/05/2007
Déjeuner en paix (Stephan Eicher)
J'abandonne sur une chaise le journal du matin
Les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent
J'attends qu'elle se réveille et qu'elle se lève enfin
Je souffle sur les braises pour qu'elles prennent
Cette fois je ne lui annoncerai pas
La dernière hécatombe
Je garderai pour moi ce que m'inspire le monde
Elle m'a dit qu'elle voulait si je le permettais
Déjeuner en paix, déjeuner en paix
Je vais à la fenêtre et le ciel ce matin
N'est ni rose ni honnête pour la peine
"Est-ce que tout va si mal ? Est-ce que rien ne va bien ?
L'homme est un animal" me dit-elle
Elle prend son café en riant
Elle me regarde à peine
Plus rien ne la surprend sur la nature humaine
C'est pourquoi elle voudrait enfin si je le permets
Déjeuner en paix, déjeuner en paix
Je regarde sur la chaise le journal du matin
Les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent
"Crois-tu qu'il va neiger ?" me demande-t-elle soudain
"Me feras-tu un bébé pour Noël ?"
Et elle prend son café en riant
Elle me regarde à peine
Plus rien ne la surprend sur la nature humaine
C'est pourquoi elle voudrait enfin si je le permets
Déjeuner en paix, déjeuner en paix
12:54 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
10/05/2007
L'esclavage est un crime contre l'humanité
Discours de Mme Taubira, le 18 février 1999, à l'assemblée nationale
"Le sujet dont nous nous sommes emparés n'est pas un objet froid d'étude. Parce qu'il s'écoulera encore quelque temps avant que la paix et la sérénité ne viennent adoucir la blessure profonde qu'irrigue une émotivité inassouvie, parce qu'il peut être rude d'entendre décrire par le menu certains aspects de ce qui fut une tragédie longue et terrible, parce que l'histoire n'est pas une science exacte mais, selon Fernand Braudel, toujours à recommencer, toujours se faisant, toujours se dépassant, et parce que, enfin, la République est un combat, comme nous l'enseigne Pierre Nora, je propose, quoiqu'il ne soit pas d'usage de procéder ainsi, de convenir de ce que n'est pas ce rapport.
Ce rapport n'est pas une thèse d'histoire. Il n'aspire à aucune exhaustivité, il ne vise à trancher aucune querelle de chiffres, il reprend les seules données qui ne font plus litige.
Il n'est pas le script d'un film d'horreur, portant l'inventaire des chaînes, fers, carcans, entraves, menottes et fouets qui ont été conçus et perfectionnés pour déshumaniser.
Il n'est pas non plus un acte d'accusation, parce que la culpabilité n'est pas héréditaire et parce que nos intentions ne sont pas de revanche.
Il n'est pas une requête en repentance, parce que nul n'aurait l'idée de demander un acte de contrition à la République laïque, dont les valeurs fondatrices nourrissent le refus de l'injustice.
Il n'est pas un exercice cathartique, parce que les arrachements intimes nous imposent de tenaces pudeurs.
Il n'est pas non plus une profession de foi, parce que nous avons encore à ciseler notre cri de foule.
13:10 Publié dans Des mots m'émerveillent , Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : esclavage, france, taubira
24/04/2007
Lu sur le net
"J'hallucine mon instinct. Ecrire c'est pareil."
15:54 Publié dans Blogo-sphérique , Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
23/04/2007
René Char, Dans l'atelier du poète
Suzerain
Nous commençons toujours notre vie sur un crépuscule admirable. Tout ce qui nous aidera, plus tard, à nous dégager de nos déconvenues s'assemble autour de nos premiers pas. La conduite des hommes de mon enfance avait l'apparence d'un sourire du ciel adressé à la charité terrestre. On y saluait le mal comme une incartade du soir. Le passage d'un météore attendrissait. Je me rends compte que l'enfant que je fus, prompt à s'éprendre comme à se blesser, a eu beaucoup de chance. J'ai marché sur le miroir d'une rivière pleine d'anneaux de couleuvre et de danses de papillons. J'ai joué dans des vergers dont la robuste vieillesse donnait des fruits. Je me suis tapi dans des roseaux, sous la garde d'êtres forts comme des chênes et sensibles comme des oiseaux. Ce monde net est mort sans laisser de charnier. Il n'est plus resté que souches calcinées, surfaces errantes, informe pugilat et l'eau bleue d'un puits minuscule veillé par cet Ami silencieux.
La connaissance eut tôt fait de grandir entre nous. Ceci n'est plus, avais-je coutume de dire. Ceci n'est pas, corrigeait-il. Pas et plus étaient disjoints. Il m'offrait, à la gueule d'un serpent qui souriait, mon impossible que je pénétrais sans souffrir. D'où venait cet Ami ? Sans doute, du moins sombre, du moins ouvrier des soleils. Son énergie que je jugeais grande éclatait en fougères patientes, humidité de mon espoir. Ce dernier, en vérité, n'était qu'une neige de l'existence, l'affinité du renouveau. Un butin s'amoncelait, dessinant le littoral cruel que j'aurais un jour à parcourir. Le coeur de mon Ami m'entrait dans le coeur comme un trident, coeur souverain égaillé dans des conquêtes bientôt réduites en cendres, pour marquer combien la tentation se déprime chez qui s'établit, se rend. Nos confidences ne construiraient pas d'église ; le mutisme reconduisait tous nos pouvoirs. Il m'apprit à voler au-dessus de la nuits des mots, loin de l'hébétude des navires à l'ancre. Ce n'est pas le glacier qui nous importe mais ce qui le fait possible indéfiniment, sa solitaire vraisemblance. [...]
le poème pulvérisé 1947
18:35 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : char, poesie
06/03/2007
Richard (Léo Ferré)
[Le père d'une très bonne amie est mort le 18 février. Le père de l'oncle de Elle est mort avant-hier. Ma grand-mère s'efface progressivement. In the mood for...]
Les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles
A certaines heures pâles de la nuit
Près d'une machine à sous, avec des problèmes d'hommes, simplement
Des problèmes de mélancolie
Alors, on boit un verre, en regardant loin derrière la glace du comptoir
Et l'on se dit qu'il est bien tard...
Richard, ça va ?
Nous avons eu nos nuits comme ça, toi et moi
Accoudés à ce bar devant la bière allemande
Quand je nous y revois des fois je me demande
Si les copains de ces temps-là vivaient parfois
Richard, ça va ?
Si les copains cassaient leur âme à tant presser
Le citron de la nuit dans les brumes pernod
Si les filles prenaient le temps de dire un mot
A cette nuit qui les tenait, qui les berçait
Richard, ça va ?
A cette nuit comme une sœur de charité
Longue robe traînant sur leurs pas de bravade
Caressant de l'ourlet les pâles camarades
Qui venaient pour causer de rien ou d'amitié
Nous avons eu nos nuits...
Richard eh ! Richard !
Les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles
A certaines heures pâles de la nuit
Près d'une machine à sous avec des problèmes d'hommes, simplement
Des problèmes de mélancolie
Alors on boit un verre en regardant loin derrière la glace du comptoir
Et l'on se dit qu'il est bien tard...
Richard ! Encore un p'tit pour la route ?
Richard ! Encore un p'tit pour la route ?
Eh ! M'sieur Richard, encore un p'tit pour la route ?
Allons ! Richard... Richard... encore un p'tit !
10:29 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : leo ferre
03/01/2007
Kafka sur le rivage (Haruki Murakami)
- Il vaudrait mieux retourner au car, non ?
- Hmm. Oui, allons-y, dit-elle, sans faire mine de se lever.
- A propos, où on est, ici ?
- Pas la moindre idée, fait-elle en redressant la tête et en regardant autour d'elle.
Ses boucles d'oreilles oscillent comme deux fruits mûrs près de tomber de leur branche.
- Je n'en sais rien, conclut-elle. Vu l'heure qu'il est, on doit être aux alentours de Kurashiki, mais où exactement, je ne saurais pas te dire. Les aires d'autoroute, c'est des endroits où on ne fait que passer, finalement. Pour aller de là à là.
Elle dresse les index droit et gauche devant elle, à une trentaine de centimètres de distance.
- Le nom de l'endroit, on s'en fiche, non ? Il y a des toilettes, on y trouve de quoi manger. Des néons et des chaises en plastique. Du mauvais café. Des sandwichs à la confiture de fraise. Ca ne veut rien dire, tout ça. La seule chose qui ait un sens c'est l'endroit d'où nous venons et celui où nous allons. Pas vrai ?
Je hoche la tête. Je hoche la tête. Je hoche la tête.
16:58 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : murakami
31/10/2006
Petite (Léo Ferré)
(Une telle chanson serait-elle diffusable aujourd'hui ? Y aurait-il une "excuse au nom de l'art" ou une condamnation sans appel "car cela risque de..." ou "cela fait le jeu de..." ? Est-il possible de lire Bagatelle pour un massacre sans être taxé d'antisémitisme, de critiquer l'Islam sans être taxé d'islamophobie ? A contrario, "la liberté d'expression absolue" est-elle souhaitable, si elle conduit à lire des horreurs du genre : tous les *mettez ici le groupe qui vous obsède* devraient être exterminés ?)
Tu as des yeux d'enfant malade
Et moi j'ai des yeux de marlou
Quand tu es sortie de l'école
Tu m'as lancé tes petits yeux doux
Et regardé pas n'importe où
Et regardé pas n'importe où
Ah! petite Ah! petite
Je t'apprendrai le verbe "aimer"
Qui se décline doucement
Loin des jaloux et des tourments
Comme le jour qui va baissant
Comme le jour qui va baissant
Tu as le col d'un enfant cygne
Et moi j'ai des mains de velours
Et quand tu marchais dans la cour
Tu t'apprenais à me faire signe
Comme si tu avais eu vingt ans
Comme si tu avais eu vingt ans
Ah! petite Ah! petite
Je t'apprendrai à tant mourir
A t'en aller tout doucement
Loin des jaloux et des tourments
Comme je jour qui va mourant
Comme je jour qui va mourant
Tu as le buste des outrages
Et moi je me prends à rêver
Pour ne pas fendre ton corsage
Qui ne recouvre qu'une idée
Une idée qui va son chemin
Une idée qui va son chemin
Ah! petite Ah! petite
Tu peux reprendre ton cerceau
Et t'en aller tout doucement
Loin de moi et de mes tourments
Tu reviendras me voir bientôt
Tu reviendras me voir bientôt
Le jour où ça ne m'ira plus
Quand sous ta robe il n'y aura plus
Le Code pénal
11:05 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : léo ferré, liberté d'expression
18/10/2006
A LIRE : Les Bienveillantes, J. Littell
J'ai envie de vous dire de vous lancer à l'assaut de ce monument écrit petit et dense.
Mais je ne sais pas comment.
J'en suis sans voix.
10:37 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bienveillantes, littell
12/10/2006
A LIRE : Les sirènes de Bagdad, Y. Khadra
Quelque part en Irak, Kafr Karam est un village où rien ne se passe vraiment, et que le tumulte de la guerre n'atteint qu'à grand peine. Mais quand on se croit oublié de l'Histoire, elle se rappelle à vous. Trois événements tragiques vont ramener ses habitants à la triste réalité, et surtout lancer un jeune fils de famille bédouine modeste sur le chemin personnel et politique de la vengeance et du terrorisme, parce qu'il n'y a pas d'autre possibilité.
D'un style direct, percutant, au vocabulaire précis et imagé, mêlant avec fluidité l'observation de la folie qui l'entoure et les positions intimes du narrateur, Yasmina Khadra nous projette dans le chaos irakien, vu de l'intérieur par un jeune homme assez éduqué, plutôt apolitique et indolent. Avec didactisme, Y. Khadra explique pourquoi telle action faite par un soldat américain est une offense impardonnable.
Roman à une seule voix, mais une voix qui varie, questionne, doute, s'engage, s'enferme, s'aliène, Les sirènes de Bagdad est de ces livres qu'on ne lâche pas, l'épopée triste d'un homme dont la culture moderne, y compris dans son propre pays, nous dit "Quels principes arriérés !" et qu'il est pourtant difficile, jusqu'à un certain point, de condamner.
En contrepoint, les personnages secondaires incarnent les multiples facettes d'une réalité que certains voudraient nous faire croire uniforme, manichéenne et condamnable.
Qui est le salaud, qui est la brute ? Qui est le lâche, qui est le héros ? Le traître, le collabo ? C'est parce qu'il n'y a pas vraiment de réponse que ce livre est à la fois passionnant et profondément humain.
15:55 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : khadra
10/10/2006
Prochain(e)s heur(e)s
"Beyrouth retrouve sa nuit et s'en voile la face." (Les Sirènes de Bagdad, Yasmina Khadra)
"Frères humains, laissez-moi vous raconter comment ça c'est passé." (Les Bienveillantes, Jonathan Littell)
Impressions de première page : je préfère le style court, dense du premier au style plus classique du second. (oui, "première page" au singulier)
J'en ai les neurones qui pétillent :-)
07:15 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : khadra, littell
04/10/2006
A LIRE : Mémoires de porc-épic, A. Mabanckou
Double animal et éxécuteur des basses oeuvres d'un homme de mauvaise vie, assassin, menteur, adepte de la magie noire, un porc-épic se surprend à rester vivant alors que son maître a trépassé. Apeuré, il se réfugie entre les racines d'un baobab, à qui il entreprend de raconter "son" histoire, c'est-à-dire celle de son maître et d'un "double humain"...
Dans ce roman sans aucun point - choix graphiquement surprenant, et qui ne gêne en rien la lecture, lui imprimant la rythmique d'un conteur ou d'un bonimenteur - Alain Mabanckou joue avec la culture africaine pour une belle histoire. Est-elle fantastique (au sens de Poe) ? Peut-être, pour un esprit occidental. Mais le fantastique ici est interstitiel, à la croisée des rites magiques, des légendes, percuté par un quotidien parfois occidentalisé, toujours africain. Tout y semble tellement "naturel" qu'on se surprend à se dire que, vraiment, un porc-épic qui lance ses piquants comme des stilets empoisonnés est chose bien naturelle.
Aucune lourdeur dans ce livre étrange, vivant et bien tourné. Au contraire : la vie, la mort, la magie, la peur, le meurtre, y font partie d'un quotidien sur lequel l'auteur pose d'une écriture fluide un regard gentiment moqueur, toujours subtil, jamais ironique.
Un très bon moment !
[editdu 06/11 : prix Renaudot 2006]
11:45 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mabanckou, renaudot
18/08/2006
La poésie (Léo Ferré)
J'ai du savon qui lave
Les péchés capitaux
Un stylo-bille qui grave
Le goût d'un apéro
Un soutien-gorge à piles
Qui ne s'allume qu'aux beaux yeux
Un dentifrice habile
A blanchir les aveux
Un buvard facétieux
Qui sèche les chagrins
Un oeil pour lire à deux
Quand le jour s'est éteint
Un violon capital
Voilé de Chambertin
A faire sonner le mal
Plus fort que le tocsin
Si ça ne va pas
Tu peux toujours aller la voir
Tu demanderas
La Poésie
On t'ouvrira
Même si elle n'est pas là
D'ailleurs elle n'est pas là
Mais dans la tête d'un fou
Ou bien chez des voyous
Habillés de chagrin
Qui vont par les chemins
Chercher leur bonne amie
La Poésie
J'ai des bas pour boîteuse
A faire boîter l'ennui
Et des parfums de gueuse
A remplir tout Paris
Des pendules à marquer
Le temps d'un beau silence
Des lassos à lacer
Les garces de la chance
Des machines à souffler
Le vert de l'espérance
Et des vignes à chanter
Les messes de la démence
Des oiseaux-transistors
Qui chantent sur la neige
Garantis plaqués-or
Plaqués par le solfège
Si ça ne va pas
Tu peux toujours aller la voir
Tu demanderas
La Poésie
On t'ouvrira
Même si elle n'est pas là
D'ailleurs elle n'est pas là
Mais dans la tête d'un fou
Qui se prend pour un hibou
A regarder la nuit
Habillée de souris
Comme sa bonne amie
La Poésie
J'ai du cirage blond
Quand les blés vont blêmir
De la glace à façon
Pour glacer les soupirs
Des lèvres pour baiser
Les aubes dévêtues
Quand le givre est passé
Avec ses doigts pointus
J'ai tant d'azur dans l'âme
Qu'on n'y voit que du bleu
Quand le rouge m'enflamme
C'est moi qui suis le feu
J'ai la blancheur du cygne
A blanchir tout Saint-Cyr
Et sur un de mes signes
On meurt pour le plaisir
Si ça ne va pas
Tu peux toujours aller la voir
Tu demanderas
La Poésie
On t'ouvrira
Des fois qu'elle serait là
Elle te recevrait même pas
Elle n'est là pour personne
Elle n'aime pas qu'on la sonne
C'est pas une domestique
Elle sait bouffer des briques
Mais quand elle veut,
Elle crie
LA POÉSIE!
10:09 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : leo, ferre
04/08/2006
Chronique japonaise, Nicolas Bouvier
Même à la lanterne magique, il ne faut pas se faire de cinéma : la plupart des liens solides se nouent au-delà de l'intellect et ne s'expriment que rarement dans les livres, mais dans les tatouages qu'on peut voir à la plage ou à la morgue, dans deux mains qui serrent une épaule sur un quai de gare et garderont - trop longtemps peut-être - cette chaleur et cette élasticité dans les doigts, dans des cartes écrites par des militaires et si mal adressées qu'elles arrivent par erreur chez de vieilles folles auxquelles on n'avait jamais dit des choses si tendres, dans le silence de deux visages qui s'enfoncent au tréfonds de l'oreiller comme s'ils y voulaient disparaître, dans ce désir si rarement comblé qu'ont les mourants de trouver le bout de l'écheveau et quelque chose à dire, dans la fenêtre qu'on ouvre ensuite, dans la tête d'un enfant qui fond en larmes, perdu dans la rumeur d'une langue étrangère.
Courage, on est bien mieux relié qu'on ne le croit, mais on oublie de s'en souvenir.
19:39 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nicolas bouvier
01/08/2006
Chronique japonaise, Nicolas Bouvier
Celui qui ici n'accepte pas de commencer par faire l'apprentissage du moins est certain de perdre son temps.
12:52 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nicolas bouvier
16/06/2006
Le premier blogueur de l'Histoire
"Moi, lorsque je n'ai rien à dire, je veux qu'on le sache."
Raymond Devos (22 novembre 1922 - 16 juin 2006)
Le rire est un peu plus con, ce soir.
20:50 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : raymond devos
28/05/2006
J'ai oublié (Grand Corps Malade)
J'ai oublié de commencer ce texte par une belle introduction
J'ai oublié de vous préparer avant d'entrer en action
J'ai oublié de vous prévenir que je m'aperçois que dans ma vie
J'ai oublié pas mal de choses si vous voulez mon avis
J'ai oublié d'être sage, j'ai oublié d'être prudent
J'ai oublié de me ménager et je me suis cassé les dents
On m'a dit qu'on ne pouvait pas être et avoir été
Moi j'ai oublié de faire attention à moi une nuit d'été
J'ai oublié ce que c'est de courir derrière un ballon
J'ai oublié d'être fort comme Achille et son talon
J'ai oublié de remercier mes parents pour tout ce qu'ils ont fait
Mais je suis pas doué pour ce genre de trucs, c'est pas moi le fils parfait
J'ai oublié de prendre des risques dans l'ensemble de mon parcours
Et quand je regarde derrière moi, parfois j'ai le souffle court
J'ai traversé les années plus vite qu'on passe un péage
J'ai oublié de prendre le temps de voir passer les nuages
J'ai oublié d'écrire un texte sur la force de l'amitié
Qui met l'amour à l'amende dont la faiblesse me fait pitié
Y'a pas beaucoup de meufs qui m'ont vraiment fait me retourner
J'ai oublié de tomber amoureux depuis quelques années
J'ai oublié d'imaginer de quoi seront faites les années prochaines
Et quand on me parle de l'avenir, j'ai tendance à changer de chaîne
J'ai oublié de payer mon amende pour m'être garé devant la station
Tant pis pour moi, maintenant j'ai 30% de majoration
J'ai oublié de faire en sorte que ce texte soit structuré
Ca part dans tous les sens tant que ma feuille n'est pas saturée
J'ai oublié de mettre des baggys et des ensembles en peau de pêche
J'ai oublié d'avoir du style et c'est comme ça depuis la crèche
J'ai oublié de chialer depuis un sacré bout de temps
Une sorte de sécheresse ophtalmique, c'en est presque inquiétant
Je sais pas si c'est normal mais c'est vrai que pour être franc
La dernière fois que j'ai versé une larme, on achetait le pain avec des francs
Dans ces vers, j'ai oublié d'arrêter de parler de moi
J'ai oublié de m'oublier comme un premier samedi du mois
J'ai l'impression de me mettre à poil depuis bientôt un quart d'heure
Sur ce coup là j'ai oublié de garder pas mal de pudeur
J'ai oublié de croire en l'existence d'un être supérieur
J'aime pas les jeux de hasard j'ai toujours été mauvais parieur
Par ailleurs, tant mieux, car je ne pourrais pas m'empêcher
De me dépêcher de me sauver pour pas confesser mes péchés
J'ai la pêche et à cette façade, faut pas forcément te fier
J'ai pas oublié d'être un con fier qu'a du mal à se confier
J'ai oublié de me plaindre quand ça en valait la peine
J'ai oublié d'ouvrir les vannes quand la coupe était pleine
A ce putain de texte, j'ai oublié de trouver une chute
Comme un cascadeur qui saute d'un avion sans parachute
Mais chut ! Faut que je me taise, car maintenant c'est la fin...
... . A vrai dire pas tout à fait car pour l'instant j'ai encore faim
J'ai oublié d'écrire ce que je crois et ce que je pense vraiment
J'ai oublié de croire à ce que j'écris machinalement
Mais finalement c'est peut-être mieux car se rappeler c'est subir
J'ai oublié de penser qu'il était préférable de se souvenir
J'ai oublié mon flow, j'ai oublié mon stylo
J'ai oublié mon micro et j'ai oublié tous les mots
J'ai oublié des tas de sujets, vous avez compris le concept
Alors pour pas trop vous saoulez je vais m'arrêter d'un coup sec.
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16/05/2006
Ca t'va (Léo Ferré)
Tu n' vas jamais aux collections
Tu préfères mettre tes sous à plat
Pour t'acheter une belle maison
Drapée par les Dior du gothique
Mais comme on va pas cul tout nu
Et puis qu' d'abord moi j' n' voudrais pas
Tu t' sapes chez l' couturier d' ton cru
Qu'a des harnais démocratiques
Ça t' va
Cette robe de dix sacs
Tes cheveux en vrac
Ce rien qui t'habille
Ça t' va
Tes souliers pointus
Même s'ils sont fichus
Ça t' flatte tes gambilles
Ça t' va
Ce sac en lézard
Qui fait le lézard
Sous ses airs plastiques
Ça t' va
Cet air sans façon
Dont t'as pris mon nom
Pour vivre de musique
Tu n' vas jamais chez Rubinstein
Qu'a d' la frimousse en comprimé
Qui pour deux plombes vous met en scène
La gueule des dames pour la parade
Et quand tu sors chez les snobards
Et que j' te demande si t'es parée
Tu m' dis avec ton air anar :
"Moi j'ai l' soleil sur la façade"
Ça t' va
Cette gueule de dix ronds
Malgré c' que diront
Les cons d' photographes
Ça t' va
Ce dos qui descend
Sous l' oeil indécent
Des gars qui te gaffent
Ça t' va
Tes carreaux mouillés
Quand ils ont regardé
La joie qui s' défoule
Ça t' va
Tes mains toutes comme ça
Par ce je n' sais quoi
Qui fait les mères poules
Tu n' vas jamais aux collections
Tu préfères coudre un peu d' bonheur
Dans notre carrée et faire ton rond
Loin des ballots et d' leur système
T'es là jusqu'à la fin des temps
A m'écrire le courrier du coeur
Tu m' lâches s tout juste pour que j'aie l' temps
De faire une chanson et dire que j' t'aime
Ça m' va
Ta prison dorée
Ta bouche adorée
En guise de serrure
Ça m' va
Tes plats mijotés
Tellement qu'on dirait
Manger d' la luxure
Ça m' va
Ton air bienheureux
Qu'ont les amoureux
Qui restent fidèles
Ça m' va
Qu'on puisse dire un jour
"Et quant à l'amour
Il n'a aimé qu'elle..."
11:39 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
20/04/2006
Préface (Léo Ferré)
La poésie contemporaine ne chante plus... Elle rampe. Elle a cependant le privilège de la distinction... Elle ne fréquente pas les mots mal famés... elle les ignore. On ne prend les mots qu'avec des gants : à "menstruel" on préfère "périodique", et l'on va répétant qu'il est des termes médicaux qui ne doivent pas sortir des laboratoires ou du Codex.
Le snobisme scolaire qui consiste, en poésie, à n'employer que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu'ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baisemain.
Ce n'est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baisemain qui fait la tendresse. Ce n'est pas le mot qui fait la poésie, c'est la poésie qui illustre le mot.
Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s'ils ont leur compte de pieds, ne sont pas des poètes, ce sont des dactylographes.
Le poète d'aujourd'hui doit appartenir à une caste, à un parti ou au Tout-Paris. Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé.
La poésie est une clameur. Elle doit être entendue comme la musique. Toute poésie destinée à n'être que lue et enfermée dans sa typographie n'est pas finie. Elle ne prend son sexe qu'avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l'archet qui le touche.
L'embrigadement est un signe des temps. De notre temps les hommes qui pensent en rond ont les idées courbes. Les sociétés littéraires sont encore la Société. La pensée mise en commun est une pensée commune.
Mozart est mort seul, accompagné à la fosse commune par un chien et des fantômes. Renoir avait les doigts crochus de rhumatismes. Ravel avait une tumeur qui lui suça d'un coup toute sa musique. Beethoven était sourd. Il fallut quêter pour enterrer Béla Bartok. Rutebeuf avait faim. Villon volait pour manger. Tout le monde s'en fout...
L'Art n'est pas un bureau d'anthropométrie !
La Lumière ne se fait que sur les tombes...
Nous vivons une époque épique et nous n'avons plus rien d'épique.
La musique se vend comme le savon à barbe.
Pour que le désespoir même se vende il ne reste qu'à en trouver la formule.
Tout est prêt :
Les capitaux
La publicité
La clientèle
Qui donc inventera le désespoir ?
Avec nos avions qui dament le pion au soleil,
Avec nos magnétophones qui se souviennent de "ces voix qui se sont tues",
Avec nos âmes en rade au milieu des rues,
Nous sommes au bord du vide,
Ficelés dans nos paquets de viande,
A regarder passer les révolutions.
N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant dans la Morale,
C'est que c'est toujours la Morale des autres.
Les plus beaux chants sont les chants de revendications
Le vers doit faire l'amour dans la tête des populations.
A L'ÉCOLE DE LA POÉSIE ET DE LA MUSIQUE ON N'APPREND PAS
ON SE BAT !
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16/04/2006
Passage de Milan (Michel Butor)
L'abbé Ralon se pencha à la fenêtre. Il y avait Paris tout autour, séparé par une fausse muraille de brumes et de fumées couleur de teinture d'iode, de châtaignes et de vieux vin, après un vague espace vide apparemment, (sauf deux arbres maigres, élégants malgré tout, ayant déjà poussé quelques feuilles, enfermés par des palissades couvertes d'affiches), où l'attention découvrait des planches usées, des madriers, des lattes, et puis des pierres et des ferrailles, matériaux plus jamais utilisables, penserait-on, lentement polis par les seuls vents, et rongés par la seule poussière.
*p... de première phrase de premier roman !!!!!!*
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25/03/2006
Préface pour un livre d'eaux-fortes de Jean de Bosschère, A. Artaud
Il y a encore des gens pour croire par exemple que les mots ont un sens, et que ce qui fait le sens d'un mot c'est le texte, comme si l'on ne devait pas toujours compter avec la perte, c'est-à-dire l'impuissance, les fuites, et par contre-coup le resserrement et le désespoir.
10:20 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
18/03/2006
La Méthode, 4. Les Idées (Edgar Morin)
Les idées générales deviennent de plus en plus désincarnées dans la culture humaniste. L'intellectuel affronte de moins en moins la résistance du réel. L'essayisme risque de plus en plus l'arbitraire, l'extravagance, l'aveuglement. Du côté scientifique, le spécialiste récuse les idées générales parce qu'il les croit nécessairement creuses. Mais la récusation des idées générales est la plus creuse des idées générales. Et, du reste, nul spécialiste n'échappe aux idées générales : nul ne peut se passer d'idées sur l'univers, la vie, la politique, l'amour. Finalement, loin de réduire les idées générales creuses, le règne des spécialistes les accroît.
Ajoutons que les carences cognitives s'aggravent au sein de la sphère techno-bureaucratique, qui étend son emprise sur nos sociétés, et dans laquelle est désormais immergé le plus gros de la culture scientifique. Là, au sommet de la compétence cognitive, trône non tant "le professionnel" qui exerce avec conscience et expérience son métier, mais "l'expert", censé produire le diagnostic pertinent à partir de son savoir seulement calculateur et strictement spécialisé. Tout ce qui échappe à la raison calculatrice échappe à l'entendement de l'expert, dont la déraison principale est de ne pouvoir connaître la déraison humaine.
14:19 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
18/01/2006
Le journal du séducteur, Sören Kierkegaard
Ce titre [*] est en parfaite harmonie avec tout le contenu. Doué d'une capacité extrêmement développée pour découvrir ce qui est intéressant dans la vie, il a su le trouver et, l'ayant trouvé, il a toujours su reproduire ce qu'il a vécu avec une veine mi-poétique. Son journal, par conséquent, n'est pas historiquement juste ni un simple récit, il n'est pas rédigé au mode indicatif, mais au mode subjonctif.
[*Comentarius perpetuus]
13:00 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
13/12/2005
La violence et le sacré, René Girard
Chacun est mystifié par les restructurations locales [du mythe], toujours plus précaires et temporaires, qui s'effectuent au bénéfice alternatif de tous les antagonistes ; la dégradation générale du mythique s'actualise comme prolifération de formes rivales qui ne cessent de s'entre-détruire et qui entretiennent toutes avec le mythe un rapport ambigu, étant chaque fois aussi démystificatrices que mythiques, mythiques dans le mouvement même d'une démystification jamais illusoire assurément mais toujours limitée à l'autre mythe. Les mythes de la démystification pullulent comme des vers sur le cadavre du grand mythe collectif dont ils tirent leur subsistance.
[exemples : alter-mondialisme vs économie de marché, communautarismes vs République, "indigènes de la République" vs Egalité, principe de précaution vs progrès scientifique, théories du complot vs "faits qui s'imposent d'eux-mêmes", etc.]
10:25 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
12/12/2005
E. Roudinesco, Philosophes dans la tourmente
Classer, ranger, calculer, mesurer, expertiser, normaliser. Tel est le degré zéro des interrogations contemporaines, qui ne cessent de s'imposer au nom d'une modernité de mascarade rendant suspecte toute forme d'intelligence fondée sur l'analyse de la complexité des choses et des hommes.
11:32 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
07/12/2005
La mémoire et la mer, Léo Ferré
La marée, je l'ai dans le cœur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite sœur, de mon enfance et de mon cygne
Un bateau, ça dépend comment
On l'arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament
Des années lumières et j'en laisse
Je suis le fantôme jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baiser
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts de sable de la terre
Rappelle-toi ce chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps là
Le froid tout gris qui nous appelle
Je me souviens des soirs là-bas
Et des sprints gagnés sur l'écume
Cette bave des chevaux ras
Au raz des rocs qui se consument
Ö l'ange des plaisirs perdus
Ö rumeurs d'une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus
Qu'un chagrin de ma solitude
Et le diable des soirs conquis
Avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis
Dans le milieu mouillé de mousse
Reviens fille verte des fjords
Reviens violon des violonades
Dans le port fanfarent les cors
Pour le retour des camarades
Ö parfum rare des salants
Dans le poivre feu des gerçures
Quand j'allais, géométrisant,
Mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul
Poissé dans des draps d'aube fine
Je voyais un vitrail de plus,
Et toi fille verte, mon spleen
Les coquillages figurant
Sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tans
Qu'on dirait l'Espagne livide
Dieux de granits, ayez pitié
De leur vocation de parure
Quand le couteau vient s'immiscer
Dans leur castagnette figure
Et je voyais ce qu'on pressent
Quand on pressent l'entrevoyure
Entre les persiennes du sang
Et que les globules figurent
Une mathématique bleue,
Sur cette mer jamais étale
D'où me remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles
Cette rumeur qui vient de là
Sous l'arc copain où je m'aveugle
Ces mains qui me font du fla-fla
Ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur me suit longtemps
Comme un mendiant sous l'anathème
Comme l'ombre qui perd son temps
À dessiner mon théorème
Et sous mon maquillage roux
S'en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout
Dans la rue, aux musiques mortes
C'est fini, la mer, c'est fini
Sur la plage, le sable bêle
Comme des moutons d'infini...
Quand la mer bergère m'appelle
*humeur du jour*
10:15 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
23/11/2005
Honni soit qui mal y pense
L'orgye est ma mesure.
Dirait-on : "La hauteur orgyaque de son regard" sans trouble ? :-)
15:00 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
01/11/2005
Mémoires d'Hadrien (M. Yourcenar)
Nous détruirions Simon ; Arrien saurait protéger l'Arménie des invasions alaines. Mais d'autres hordes viendraient, d'autres faux prophètes. Nos faibles efforts pour améliorer la condition humaine ne seraient que distraitement continués par nos successeurs ; la graine d'erreur et de ruine contenue dans le bien même croîtrait monstrueusement au contraire au cours des siècles. Le monde las de nous se chercherait d'autres maîtres ; ce qui nous avait paru sage paraîtrait insipide, abominable ce qui nous avait paru beau. Comme l'initié mithriaque, la race humaine a peut-être besoin du bain de sang et du passage périodique dans la fosse funèbre. Je voyais revenir les codes farouches, les dieux implacables, le despotisme incontesté des princes barbares, le monde morcelé en états ennemis, éternellement en proie à l'insécurité.
19:08 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note
26/10/2005
Gros-Câlin (Romain Gary)
- Pourquoi tu vis avec un python ?
- Nous avons des affinités sélectives.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Comme ça se prononce. Affinités sélectives, électives et affectives, en raison de recherches infructueuses. C'est dans le dictionnaire, mais il faut se méfier, car les dictionnaires sont là dans un but prometteur. Affinités, je ne peux pas dire non, évidemment. Je ne sais pas du tout ce que cela signifie, c'est pourquoi je pense que c'est quelque chose de différent. J'emploie souvent des expressions dont j'ignore prudemment le sens, parce que là, au moins, il y a de l'espoir.
19:19 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
10/10/2005
Note outrageusement, délicieusement personnelle
Certains d'entre vous, les tout proches, le savent.
Elle a dit un mot qui m'émerveille.
Et qui m'émerveillera pour les prochaines décades, au moins.
"Oui".
Voiceless.
20:41 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
Vladimir Illich Oulianov, dit Lénine
"Que faire ?"
en hommage à cette très belle et très juste note d'Emery
11:30 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
08/10/2005
Gros-Câlin (Romain Gary)
Je ne sais si on mesure suffisamment toute l'importance qu'un événement peut prendre, lorsqu'il risque de ne pas se produire.
- Mon python va aussi bien que possible. Il se développe normalement. Il a gagné deux centimètres cette année.
Il ne nous restait que deux étages pour tout nous dire et je me taisais avec tout le don d'expression dont je suis capable.
15:10 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
28/09/2005
Reviendue
Grâce à un petit commentaire, j'ai corrigé l'erreur de lien et donc, je suis heureux de lire à nouveau L'émerveillée.
Bien que Marseillaise - personne n'est parfait *je plaisante, j'y ai fait mes études* -, ça fait longtemps que j'aime son blog. En plus, il lui arrive d'aimer Paris.
Alors, voilà, pub.
Et puis lisez ce billet, c'est exactement tout à fait bien vu.
On se rencontre quand ? ;-)
12:35 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
27/09/2005
T'es rock, coco ! (Léo Ferré)
Avec nos pieds chaussés de sang
Avec nos mains clouées aux portes
Et nos yeux qui n'ont que des dents
Comme les femmes qui sont mortes
Avec nos poumons de Camel
Avec nos bouches-sparadrap
Et nos femmes qu'on monte au ciel
Dans nos ascenseurs-pyjamas
T'es Rock, Coco ! T'es Rock !
Avec nos morales bâtardes
Filles d'un Christ millésimé
Et d'un almanach où s'attarde
Notre millénaire attardé
Et puis nos fauteuils désossés
Portant nos viandes avec os
Et la chanson des trépassés
Des jours de gloire de nos boss
T'es Rock, Coco ! T'es Rock !
Avec nos oreilles au mur
Avec nos langues polyglottes
Qui magnétophonisent sur
Tous les tons et toutes les bottes
Avec nos pelisses nylon
Qui font s'attrister les panthères
Dans les vitrines du Gabon
Leur peau pressentant la rombière
T'es Rock, Coco ! T'es Rock !
Avec nos journaux-pansements
Qui sèchent les plaies prolétaires
Et les cadavres de romans
Que les Goncourt vermifugèrent
Avec la société bidon
Qui s'anonymise et prospère
Et puis la rage au pantalon
Qui fait des soldats pour la guerre
T'es Rock, Coco ! T'es Rock !
Cela dit en vers de huit pieds
A seule fin de prendre date
Je lâche mon humanité
ET JE M'EN VAIS A QUATRE PATTES
18:10 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
15/09/2005
Echange avec la comptabilité
11h47, de "Comptable":
Bonjour,
Concernant votre note de frais de 08/2005,
J'ai modifié la ligne 1, car le montant que vous avez mis en Métro est de 19.17€ et non de 19.88€.
Le taux à utiliser est 1.4976 et non 1.5532
11h50, de moi à "Comptable" :
Bonjour,
Le taux que j'ai utilisé est celui qui m'a été appliqué par ma banque quand j'ai retiré 50 livres lors d'un précédent voyage. En conséquence, je vous serais reconnaissant de rétablir pour ce paiement en liquide le taux de 1.5532
Merci d'avance.
11h57, de "Comptable" :
Le taux que j'ai utilisé, est celui appliqué par votre banque au 01/09/2005.
Je trouve + simple d'appliquer le taux du 01/09/2005 et non celui d'une autre date, sachant que les taux évoluent chaque jours.
Si vous voulez que j'applique ce taux, vous m'envoyer le justificatif.
Merci.
12h03, de moi à "Comptable" :
Comme vous le savez probablement, les taux appliqués aux paiements par CB - en l'occurence, par Amex -, et les taux appliqués aux retraits d'espèces ne sont pas les mêmes (les retraits d'espèces sont surtaxés). C'est pour cela qu'il y a deux taux. Comme je n'ai aucune idée du taux appliqué par ma banque au retrait d'espèces








