14/04/2007

L'appel de Michel Rocard

Si Nicolas Sarkozy est élu dans quelques semaines, nous n’aurons aucune excuse. L’UMP gagnera les élections législatives qui suivront ; et pendant cinq ans, la France va souffrir.

Tous les Français ne souffriront pas de la même façon : les plus riches vivront encore mieux. Les classes moyennes et les petits salariés vivront plus mal. Les exclus seront plus seuls que jamais.

Nous pouvons éviter ce gâchis social dont la majorité des Français ne veut pas. Comment ? Simplement, en unissant nos forces avec ceux qui sont les plus proches de nous. Ceux qui pensent comme nous que le marché doit être régulé, que l’Etat doit défendre la solidarité, que l’égalité des chances doit être assurée pour tous et entre toutes les générations.

Socialiste et européen depuis toujours, j’affirme que sur les urgences d’aujourd’hui rien d’essentiel ne sépare plus en France les sociaux-démocrates et les démocrates-sociaux, c’est-à-dire les socialistes et les centristes. Sur l’emploi, sur le logement, sur la dette, sur l’éducation, sur l’Europe, nos priorités sont largement les leurs. Sur la société, sur la démocratie, sur les femmes, sur l’intégration, sur la nation, nous partageons les mêmes valeurs. Isolés, ni eux ni nous, n’avons aucune chance de battre la coalition de Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen. Mais rassemblés avec les Verts, la gauche sociale-démocrate et le centre démocrate-social constituent une majorité dans le pays. Et dans deux semaines elle peut devenir la majorité réelle. C’est la chance de la France.

Il ne faut pas attendre l’après-second-tour pour créer la dynamique de l’alliance. Dans quelques jours, les Français décideront qui, de François Bayrou ou de Ségolène Royal, sera le mieux à même de battre Nicolas Sarkozy. Et ils le feront d’autant mieux qu’ils sauront que, dans tous les cas, une alliance sincère et constructive défendra au second tour puis aux législatives un projet commun d’espoir pour la France.

J’appelle donc François Bayrou et Ségolène Royal, avant le premier tour, à s’exprimer devant les Français pour s’engager dans la voie de cette alliance. Qu’ils fassent confiance aux Français pour que les Français leur fassent confiance.

Je ne me prononce qu’au nom d’une seule ambition : l’amour de mon pays. L’envie que la France retrouve confiance en elle ; que nos jeunes portent l’espoir d’une vie meilleure ; que notre Etat se modernise dans le respect de chacun ; et que triomphent nos idéaux démocratiques dans un monde en mouvement.

Pour la première fois depuis longtemps, j’atteste que ce chemin nous est ouvert. Nous pouvons déplacer les lignes politiques pour qu’elles soient fidèles à nos convictions. Nous pouvons faire repartir la France sur les rails du progrès économique, de la justice sociale, d’une démocratie impartiale et apaisée. Offrons ce choix aux Français et je suis sûr qu’ils l’approuveront.

Si nous ne saisissons pas cette chance, oui nous n’aurons aucune excuse…

Source : Le Monde

Tout l'enjeu du premier tour est résumé ici. (c'est moi qui souligne)

05/04/2007

Logique et politique font-elles bon ménage ?

Disclaimer : la question de mon vote personnel ne se pose pas. Comme tout être humain ayant rencontré la Lumière et vivant dans la béatitude de Sa Divine Félinité, adhérent jouyeux et volontaire - à jour de ses cotisations - au J2XMMUFC, je voterai Jean-Xanax. (Mortissa, pose ce bazooka, s'il te plaît !)

 

J'observe avec un certain recul la campagne. Recul basé sur mes souvenirs de 1995 (Arlette Chabot à Jacques Chirac, sur Europe 1 : "M. Chirac, allez-vous vous retirer de la course ?". Il était à 17%.) et de 2002 (pas besoin de m'étendre).

 

Il y a quelques leitmotivs qui me tourmentent, cependant :

- "Il faut voter utile à gauche, c'est-à-dire voter Royal" - la notion de "vote utile", outre que je la trouve culpabilisatrice (sous-entendu : les autres votes sont inutiles et donc vouloir autre chose que l'affrontement PS-UMP est inutile), manifestant un échec du politique (si la seule raison pour voter, c'est l'utilité...) et méprisante ("Pauvres naïfs ! Voter suivant vos envies, mais vous n'y pensez pas ! Il faut voter u-ti-le !), étrangement, ne s'applique qu'au vote du premier tour : ce qui compte c'est que Royal soit au second tour, quelles qu'en soient les conséquences prévisibles. Cf. point suivant.

- "Il faut voter Royal pour faire barrage à Sarkozy" - pourtant, (quasiment) TOUS les duels de second tour Royal/Sarkozy se terminent par la victoire de ce dernier. A l'heure actuelle (souvent sondage varie, bien fol est qui s'y fie), Royal au second tour EGALE victoire de Sarkozy. Alors que TOUS les duels Bayrou/Sarkozy voient le centriste l'emporter. La conclusion logique serait donc : "Il faut voter Bayrou pour faire barrage à Sarkozy".

- Ce qui nous ramène au premier point : le "vote utile", c'est-à-dire le vote qui assure de la façon la moins improbable la défaite de Sarkozy est... le vote Bayrou !

- "Si Bayrou l'emportait, il ne pourrait pas gouverner : il n'a personne avec lui" - ah bon ? Chirac en 1995 n'avait ni parti ni soutiens, à part Michel Debré et Alain Juppé. Ca ne l'a pas empêché de faire un gouvernement. Je gage que dès le 22 avril au soir, le grand bal des ralliés sera ouvert... "Paris vaut bien une messe", l'histoire bégaie souvent.

- "Si Bayrou l'emportait, il n'aurait pas de majorité" - en 1981, les Français ont donné une majorité à Mitterrand, qui avait certes le PS et le PC (ce qui n'était pas anecdotique, alors) à ses côtés. Mais on ne sache pas que les 15% de Français qui ont fait la majorité rose se soient convertis à la gauche à vie. Cf. 1986, retour à droite. Je crois que Mitterrand et Bayrou ont tout à fait raison quant à la cohérence des Français dans leur choix. Cf. 1988 et la "majorité présidentielle" tontonmaniaque ; 2002 et la "vague bleue". Seule inconnue : l'ampleur de la "vague orange" aux législatives.

- Quand bien même Bayrou n'aurait pas de majorité, qui l'aurait ? Il en résulterait soit un gouvernement de cohabitation, soit un gouvernement de compromis entre le PS, l'UDF/majorité présidentielle et l'UMP. L'option de la motion de censure n'est pas viable car le président répondrait par une dissolution, avec cette fois LA PREUVE PAR LA CENSURE qu'il faut lui donner une majorité... La Constitution de la Veme République est fondamentalement incapable d'enclencher une situation d'instabilité permanente - c'était même son objectif initial, pour fuir les errements de la IVeme.

- "Le Pen pourrait être au second tour" - dans ce cas, il n'y a même pas à s'inquiéter (sauf de la faille entre les Français et leurs politiques. Personnellement, dans ce cas, je jette plutôt la pierre aux politiques : comment ont-ils pu à ce point nous désintéresser ?) : le Président, élu à 70%, sera son adversaire du moment, quel qu'il soit. Même Bové y arriverait.

- A l'heure présente, quel adversaire Sarkozy a-t-il intérêt à avoir au second tour ? Tous, sauf Bayrou. Sarkozy a donc objectivement besoin de flinguer Bayrou.

- Quel adversaire Royal a-t-elle intérêt à avoir au second tour ? Aucun, sauf Le Pen. Mais encore faut-il qu'elle soit au second tour : elle a donc objectivement besoin d'appeler au "vote utile" (pour sa gauche) et de flinguer Bayrou (pour sa "droite").

- Quel adversaire Bayrou a-t-il intérêt à avoir au second tour ? Aucun en particulier, mais un bémol pour Royal. Il a objectivement besoin de piquer le maximum de voix de gauche, Sarkozy le bloquant à droite.

- "Bayrou fera un mauvais président" - franchement, depuis quand se soucie-t-on de la compétence des politiques ? :-)

Tout cela n'est que la énième redite (Mitterrand-Giscard-Chirac en 1981, Mitterrand-Barre-Chirac en 1988, Jospin-Chirac-Balladur en 1995, Jospin-Chirac-Le Pen en 2002) de l'impossible recherche de la "Troisième Voie". Ca a toujours échoué jusqu'ici, SAUF en 1995.


Comme au poker, "the winner takes it all".

 

On va vivre une période intéressante...

 

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18/01/2007

L'humour est un sport de cons bas (mais pas seulement)

Mercredi 17 janvier, Arnaud Montebourdebourg sur Canal + : "Ségolène Royal n'a qu'un seul défaut, son compagnon". Gros blanc. "Je pensais vous faire rire ; c'était pour rire !". Flop. Et crash médiatique en direct.

 

Jeudi 18 janvier : suspendu pour un mois par la candidate, Arnaud Montebourg a présenté sa démission de "sa fonction de porte-parole".

 

Comme il y a quelques années, ils vont finir par ne même plus avoir besoin de la droite...

23/10/2006

Bienvenue en dém(ag)ocratie

Avec une régularité quinquennale que lui envie même le virus de la grippe (la vraie, pas le buzz aviaire de l'an dernier), l'ânerie politique refait surface dans sa profondeur la plus abysmale.

 

A ma gauche droite, un candidat-ministre qui souhaite, demande, exige, qu'une forme récurrente (hélas) de délit devienne un crime, passible des assises. Maitre Eolas démonte avec verve l'inanité juridique d'une telle proposition. Je n'ai pas grand chose à y ajouter, si ce n'est une remarque de fond : caillasser un pompier, un policier, serait passible des assises. Caillasser un bus, une ambulance, une voiture postale, une camionnette municipale, son voisin, du tribunal correctionnel : ce ne sont pas "des représentants de l'autorité". Avec une telle réforme, je gage que la désagrégation du lien social (ou ce qu'il en reste) ira croissant dans ces quartiers. J'ai bien conscience que ce que cherchent ces bandes de voyous (qui ne sont pas TOUS les habitants d'une cité, ni même TOUS les jeunes d'icelle), c'est à délimiter un territoire dans lequel ils pourront se livrer à des trafics en toute tranquillité, une "zone franche" du délit. Mais la réponse consistant à dire : tu caillasse un flic, tu vas aux assises ; tu caillasses un postier, tu passes en correctionnelle est absurde et contre-productive. Tactique de guerrilla urbaine : caillasser le postier et s'éparpiller comme volée de moineaux à l'arrivée de la maréchaussée.

 

A ma droite gauche, la st-just de la démocratie participative propose de placer les élus sous la vigilance d'un "jury populaire", "tiré au sort", devant lequel l'élu devrait "rendre des comptes". Ainsi, la plus intense manifestation de cette belle démocratie participative serait que les journaux municipaux soient délivrés en direct devant un tribunal populaire. On attend déjà l'autocritique du maire pris en flagrant délit de retard dans l'aménagement d'un rond-point, ou pire : le député à genoux, implorant le pardon du Peuple pour avoir été obligé de créer un étrécissement de voie lors de travaux sur une partie de la chaussée... D'après le Figaro, cette idée saugrenue serait la réponse à une question sur des "mesures coercitives qu'on pourrait mettre en oeuvre pour empêcher les politiques de faire des promesses mirobolantes". Personnellement, j'en connais déjà deux : ne plus y croire, et ne pas voter pour ces candidats-là. Outre la vision stupidement "les politiques contre le peuple" que représente une telle question, demander la mise en place de mesures COERCITIVES laisse mal augurer du caractère intelligent des citoyens qui seront amenés à composer ces tribunaux populaires...

 

Partant d'un même constat, tragique - la perte de confiance des citoyens en toute parole, toute action de l'Etat - , M. Sarkozy et Mme Royal s'engouffrent dans la voie du populisme comme démission de toutes les représentations nationales, de tous les instruments de l'Etat, devant les haut-le-coeur et les sautes d'humeur de la foule.

 

Plutôt que de s'interroger sur le remède à apporter à cette situation, l'un comme l'autre, avec ces idées insanes, ne nous proposent en fait que le règne de l'éphémère, de l'émotion et des manchettes de journaux. Ils reprennent en choeur l'antienne la plus démagogique qui soit : le peuple, lui, ne ment pas..

 

C'est pas gagné...

(et lire l'excellent article de Nico sur Nuesblog)

06/06/2006

La révolution pragmatique ?

Ségolène Royal est-elle en train, sans le dire, de lancer la révolution pragmatique au PS ?


Alors que certains éléphants, ex-libéraux sociaux, lancent le réveil de l'Hibernatus du "à gauche toute, camarade !" ; que d'autres en appellent aux mânes du Sphinx pour rappeler qu'"au premier tour, on rassemble son camp ; on deuxième, on rassemble une majorité" - position qui implique qu'un sympathisant socialiste votera PS par "fidélité" (on a vu ce que ça a donné en 2002...) - ; que d'autres, enfin, polissent des petites phrases qu'ils veulent assassines, qui ne sont que ridicules et méprisantes ("juste l'ordre", par le juste condamné Cambadélis ; "la chasse aux petits blancs" de Mélenchon) ; je me demande si Ségolène Royal ne sait pas EXACTEMENT ce qu'elle fait.

 

Qu'a perdu, ces dernières années, le PS ?
1. Le "monopole du coeur", comme disait Giscard. Le PS n'est plus crédible en donneur de leçons depuis un bon moment déjà. Ses antiennes sont datées. Il n'y a plus que Libé pour s'étonner que 80% des sondés, y compris de gauche, soient d'accord avec le projet immigration de Sarkozy ou les idées sur la sécurité de Royal.
2. La crédibilité de l'approche angélico-marxiste selon laquelle si l'économie va mieux, l'insécurité diminuera. Cf. l'échec de Jospin. Non, tout n'est pas qu'économie.
3. Le vote dit "populaire", qui s'est éparpillé de l'extrême-gauche à l'extrême-droite. Sarkozy et Royal ont tous les deux compris, avec des stratégies différentes, qu'on n'est pas élu président par un parti, mais par le peuple, soutenu par un parti. Et que pour rassembler plus de 50% des votes, il faut aller chercher les gens sur leur terrain, et non plus leur proposer du prêt-à-voter idéologique.
4. La vision européenne, pacifiste et progressiste, explosée dans les déchirements réactionnaires du "NON" au traité constitutionnel.
5. Un chef, un vrai, qui soit capable de cornaquer les éléphants.

 

Comment se positionne Royal dans ce contexte ?
1. Elle ramène l'humain à la dimension de la vie quotidienne des gens : sécurité, 35h vécues (et pas idéologiques), ...
2. Elle réaffirme que la sécurité est AUSSI une question de sanction des délinquants et de protection des autres citoyens. Ce qui avait fait scandale du temps des "sauvageons" est aujourd'hui vu comme normal car vécu au quotidien par le téléspectateur moyen.
3. Elle reparle aux gens. Si je dis au "peuple", on va parler de populisme... Ce faisant, elle supprime le monopole du "parler vrai" que s'arrogeait Sarkozy ("moi je parle comme les gens") et qui taillait des croupières sur sa droite, rendait inaudible (modulo les gesticulations de Bayrou) le centre et n'avait pas besoin de rendre invisible le PS, aphone sur le sujet depuis le constat de naïveté de Jospin.
4. Elle reste silencieuse, pour le moment, sur les vrais sujets qui fâchent : l'Europe, les grands choix sociaux et économiques, ...
5. Elle poursuit une stratégie de conquête non pas de l'appareil (elle n'a pas de courant) mais des électeurs et des adhérents. D'où la panique des éléphants face à tous ces nouveaux adhérents SANS COURANT et recrutés SUR L'IMAGE DE SEGOLENE seule (Cf. la réaction de l'archéo Dolez, qui regrette qu'une certaine idée du militantisme se perde avec tous ces nouveaux venus...). D'ici peu, elle n'aura pas besoin de courant : elle aura la majorité...

 

Quels pièges va-t-elle rencontrer ?
Pour le moment, son capital de sympathie est tel que toute attaque pachydermique soit est inaudible soit se retourne contre son auteur. Bien sûr, cela tient en partie à l'attitude de la presse à son égard (mais la presse ne sert que son propre intérêt. Cf. Clearstream, qui emmerdait les Français mais faisait bander les journalistes).
Plus difficile sera pour la probable future candidate de "porter le projet socialiste" alors que ses idées seront différentes (la "renationalisation d'EDF", laissez-moi rire...). Parlera-t-elle de "suggestions pour amender le programme" ? Passera-t-elle ce qui ne l'intéresse pas aux orties, contraignant les pachydermes et les militants au silence par l'acceptation populaire (par les sondages) ?

 

Quelle est cette stratégie ? C'est celle du décentrement.
1. Alors que les éléphants se battent sur "voici ce qu'il faut faire", Ségolène dit aux gens : "quelles sont vos difficultés ? que pensez-vous que nous devrions faire ?" Cf. son blog
2. Alors que certains dogmes intouchables paralysent les éléphants, qui ne peuvent mettre en péril leur courant, Ségolène, sans courant, est plus libre de sa parole.
3. Alors que le mot d'ordre est "contre Sarkozy", elle ne le mentionne jamais. C'est-à-dire qu'elle focalise son propre discours sur elle-même et non sur le "grand méchant loup"...
4. Alors que les courants se battent sur le partage d'un gâteau existant (les militants "à l'ancienne"), elle change de dimension et invente un gâteau plus grand, constitué pour partie de "novices" en militantisme et donc moins sclérosés que les archéo : les "adhérents".

 

En résumé et en termes de marketing ou de gestion du changement :
1. Repartez de la base : écoutez vos clients.
2. Créez une cellule indépendante de la hiérarchie de l'entreprise, libre de ses mouvements. (ex/ mon job ! ou ce qu'a fait Carlos Ghosn en débarquant chez Nissan)
3. Quoique vous dites de vos concurrents, vous lui faites de la pub : n'en parlez jamais. Mais parlez de vous non en termes de catalogue de promesses, mais de vision. (ex/ Apple)
4. Votre clientèle traditionnelle vieillit et se rétrécit ? Changez votre message pour toucher de nouveaux consommateurs (ex/ Club Med)

 

Think different. (et là, si un graphiste veux reprendre le style des campagnes Apple et mettre Ségolène et la rose du PS à la place, j'accepte volontiers)