02/05/2007
Tout change, rien n'a changé
Deux monstres politiques - au sens le plus laudatif du terme - s'affrontent à nouveau, par le biais de deux immenses comédiens.
Chose étonnante au théâtre, Balmer et Weber servent un texte qui n'a jamais été écrit. Pourtant, quelle dramaturgie !
Si l'on se souvient du "monopole du coeur" en 1974 et de "l'homme du passif" de 1981, il serait ridicule de restreindre ces deux heures à quelques phrases : comme dans un western, la tension monte continûment, jusqu'au paroxysme de la mise à mort.
Hallucinant aussi de constater comme 1981 est la revanche de 1974 : le débat démarre de la même façon, sur le même sujet, comme une conversation trop tôt interrompue. Mais Mitterrand a appris, en sept ans...
Un détail à noter : en 1981, Mitterrand parle du chômage comme d'une maladie mortelle, avec une immense émotion - très bien rendue. Il avait appris quelques semaines auparavant qu'il avait un cancer de la prostate, qui le condamnait à très brêve échéance. Double lecture des phrases...
Immense, une leçon de politique, de rhétorique, d'échecs et de chasse.
A voir absolument !!!
20:32 Publié dans Voir, entendre, ressentir | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : presidentielle, giscard, mitterrand
16/04/2007
Là Caen*
Lundi matin, 5h. A nouveau, Elle se prépare à partir pour Caen. Sac au dos, la musique chargée dans le MacBook, une pile de DVD pour passer les soirées.
J'essaie d'imaginer la différence de rentrer dans un studio meublé plus convenablement, plutôt que dans l'ancienne cellule quasi-monacale d'avant jeudi (un lit, une table, quatre chaises...).
Il manque encore de quoi égayer les murs.
Et des tas de photos.
Nos photos.
Suki da.
(* triple jeu de mots, au moins...)
16:57 Publié dans Voir, entendre, ressentir | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : caen
15/04/2007
A voir : Les contes de Terremer
Dans une terre d'allure moyen-âgeuse, aux villes construites sur les ruines d'époques disparues, les humains découvrent avec crainte et désarroi que sécheresse et maladie surgissent, tandis que la lumière, et avec elle la magie, s'affaiblissent.
Après un acte fou, un jeune garçon s'enfuit, en proie à d'intenses conflits intérieurs. Un magicien parcourt le monde, à la recherche de l'origine du déséquilibre. Ils rencontreront une jeune fille au visage marqué.
Difficile d'en dire plus sans dévoiler les premiers ressorts de l'intrigue.
Réalisé par le fils de Miyazaki, les contes de Terremer est une très belle épopée à plusieurs niveaux : film d'apprentissage, récit gentiment philosophique, réflexion sur la volonté de vivre. Et contrairement aux Disney, pas moralisateur pour deux sous !
Le monde de Goro Miyazaki a cependant une tonalité moins contemplative, plus sombre que celui de son père. On n'y rit moins légèrement, on y voyage d'un pas moins alerte, on y croise des périls extérieurs (marchands d'esclave, revendeurs de drogue, ...). Son écriture, plus "efficace", perd parfois le charme des tours et détours que l'on rencontre dans Porco Rosso ou Chihiro : cela donne une construction plus ramassée, dans laquelle une ou deux pauses "hors sujet" auraient été bienvenues.
Le style graphique du Studio Ghibli est reconnaissable, malgré une qualité de dessin que j'ai trouvée légèrement inférieure à Mononoke ou Chihiro.
Mais une fois encore, la magie opère : on est sorti sourire au ciel, émus et heureux.
Evidemment, et comme toujours, à voir absolument en VO si vous ne voulez pas perdre la magie délicate de la langue japonaise.
(Attention : ne pas y emmener des moins de six-sept ans, deux ou trois scènes sont violentes.)
09:50 Publié dans Voir, entendre, ressentir | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinema, terremer, miyazaki
31/03/2007
Zhang Yimou goes to Bollywood...
On a vu "La Cité Interdite", très mauvaise traduction du titre anglais "Curse of the Golden Flowers".
J'aime beaucoup le cinéma asiatique. Sa finesse, son esthétique, la beauté des scènes de guerre, une certaine retenue imposée par les conventions sociales couplée à la violence des sentiments : je suis fan. De "Tigre & Dragon" à "Hero" en passant par "Le secret des poignards volants", vraiment j'aime beaucoup.
Mais là, c'est impossible.
Si je comprend que la Chine est à son apogée à l'époque du film, l'indigestion visuelle de couleurs s'ajoute à la multiplication des figurants (certains numériques, d'ailleurs) pour créer une sorte de dégoulinade pastel. On se croirait à Bollywood : il ne reste plus que le pied des lanternes pour être blancs...
Les scènes de combat ? Misérables ! Un duel maladroitement filmé au début, de l'équarrissage en gros à la fin, une musique lourdingue. Si Zhang Yimou a bien appris son "Seigneur des Anneaux", il a oublié que l'intensité des combats tient aussi à la présence de seconds rôles... Ici, la piétaille n'est que de la viande et n'a qu'à peine le droit de pousser son dernier cri.
Les très très méchants ? Grotesques : on dirait Scream...
Alors quoi ? C'est le genre de film dont les critiques mesurent la qualité à l'aune du nombre de costumes et de pots de chrysanthèmes... Et puis, on va être un peu obligés de dire que c'est bien, parce que Yimou, parce que Gong Li (excellente actrice, mais qui s'empâte en vieillissant), parce que Chow Yun Fat (impérial, parfait dans tous les registres !).
Ben en fait non. C'est lourdingue, sans aucune finesse, plein de longueurs.
Mais comment a-t-on pu gâcher un scénario d'une telle ampleur ? Une histoire qui convoque TOUT le registre de la tragédie, de la Grêce antique à Shakespeare, avec un détour par Freud ?
Quel gâchis, mais quel gâchis !
20:05 Publié dans Voir, entendre, ressentir | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cite interdite, yimou, curse golden flowers, cinema
25/03/2007
On a vu La Môme
Marion Cotillard hallucinante.
Mais pourquoi insister autant sur la maladie et la mort de Piaf, pourquoi ces figures de style, ce montage court, ces allers-retours entre les époques ? Vouloir faire intelligent, c'est pénible, à la longue...
Un film typiquement français : ça aurait pu être grandiose, mais les affèteries de style plombent le propos.
Ah, et rater l'histoire d'amour Cerdan-Piaf, c'est impardonnable...
22:11 Publié dans Voir, entendre, ressentir | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : la mome, piaf, cinema
26/02/2007
Arrêtez tout et lisez
J'avais dans l'idée de faire une note sur le séjour auvergnat, la cathédrale de l'Ordre secret du culte jambonnidé, toussa.
Et puis j'ai lu ça. (<- cliquer sur "ça")
Alors, à chacun sa priorité, à chaque jour suffit sa peine ou sa dose de sagesse : c'est comme vous voulez.
Mais lisez-le, vous n'aurez pas perdu votre temps.
"À trop parler de la politique des autres, on oublie qu'on devrait d'abord avoir la nôtre, notre propre droiture et capacité d'action. Le courage, l'envie, les gestes simples ne se délèguent pas."
14:17 Publié dans Voir, entendre, ressentir | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : folie privee
15/02/2007
Où et Caen ?
Je crois que la décision est prise. A deux.
Merci aux lecteurs qui ont participé au sondage (40% pour Caen, 20% pour cumuler deux CDD), et un immense merci à ceux qui ont commenté plus bas. Vous, et d'autres (nos parents, mon patron - qui a vécu un peu la même situation entre Paris et Bruxelles -, sa chef, son ancienne maître de stage, les collègues, ...), nous avez permis d'affiner la réflexion, d'écarter de mauvais compromis (Rouen, une chambre de bonne à Caen, ...), de clarifier certains aspects.
Reste à voir les conditions du contrat - le salaire notamment.
Si tout se met en place, la liste des choses à faire :
- trouver un bel appart en centre-ville de Caen, entre le C.H.U. et la gare
- acheter une carte Fréquence pour le trajet Paris-Caen
- meubler, équiper, décorer, rendre le plus confortable possible
- aller à la S.P.A. pour qu'Elle trouve un chat
- acheter un MacBook, souscrire une offre ADSL tout compris
- rappeler à mon patron qu'il est ok pour que je travaille à distance le lundi
- prendre rendez-vous avec les Impôts pour voir ce qui est considéré comme "frais réels", dans un tel cas
et surtout, surtout
- acheter un calendrier pour barrer les jours.
18:44 Publié dans Voir, entendre, ressentir | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
07/02/2007
Le "wow" effect selon Microsoft
Le troisième en partant de la gauche, c'est Steve Ballmer, le patron de Microsoft. Tenues strictes, mains croisées, jambes croisées, avachis ou assis, pas souriants. Une cata en terme de communication.
Z'ont l'air emballés par leur produit...
Je n'aurais pas le mauvais esprit de comparer avec l'attitude corporelle de Steve Jobs, le patron d'Apple : debout, vêtu "cool", mobile sur l'estrade, souriant et les bras ouverts. Non, je ne le ferais pas :-)
Petit rappel de (bonnes) techniques commerciales : un bon vendeur ne dit JAMAIS à un client ce qu'il doit penser du produit. Il lui donne tous les arguments/démos/essais pour que le client en arrive, de lui-même, à penser : "Wow !".
Petit rappel de (bonnes) techniques de prise de parole en public : JAMAIS assis. On utilise l'espace pour marquer les temps du discours. Exemple : un côté de la scène pour un exemple, au centre pour le message, l'autre côté pour une digression.
Petit rappel de (bonnes) techniques de communication : la posture EST le message. Quoique vous disiez. Faites l'essai : dites "je t'aime" à votre conjoint, avachi, les bras croisés, les épaules rentrées, légèrement penché en arrière et sans sourire...
"Wow !", ça ne se décrète pas : ça n'est pas un stimulus, c'est une réponse.
16:10 Publié dans Voir, entendre, ressentir | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : microsoft, vista, ballmer, apple, jobs
Psychologue, c'est un métier sans débouchés
Le titre est probablement vrai, en général.
Mais pas en particulier. Surtout quand le "particulier", c'est Elle.(*)
Lundi, départ à Caen. Le jour est gris, presque pluvieux. L'hôtel réservé est le plus proche du C.H.U., dans un quartier sans âme où se croisent deux routes, un début de zone d'activités et la voie du tramway. La silhouette de l'hôpital se découpe sur le fond uniformément terne d'une fin d'après-midi en basse-normandie : un peu plus décrépi, on dirait un immeuble de pays de l'Est, période brejnevienne.
La ville "détruite à 80% pendant la guerre" nous dit le chauffeur de taxi, n'est pourtant pas sans charme. Quelques rues aux bâtisses préservées (du 16ème au 19ème siècles), essentiellement commerciales. Les très belles abbayes érigées sous Guillaume le Conquérant (en 1063 - trois ans avant Hastings et le début de l'épopée anglaise, se souviendront les férus d'histoire) émergent incongrues de la forêt de toits modernes. Le petit port au bout du canal de Caen à la mer abrite quelques voiliers, quelques pêcheurs. L'Orne n'est pas loin, bien que peu visible de ce côté-ci de la ville.
On marche, on se promène, à la fois inquiets de la petitesse de l'endroit et surpris du charme qui s'en dégage un 5 février, à l'heure de l'apéro du thé. Dîner dans très mauvaise brasserie, pourtant réputée, le Carlotta. La nourriture est lourde, la serveuse fait la gueule, le chef de rang se croit triple-étoilé : une catastrophe commensale... On s'en fout, on est ensemble, un week-end en semaine n'a pas de prix.
Mardi matin, tôt levés, tôt préparés, Elle est à l'heure, le C.H.U. est à une station de tram. En route. Je l'attend à la cafétéria du lieu. A 10h30, Elle est de retour, s'en veut d'avoir dit ceci, d'avoir oublié de mentionner cela, bref en état normal après un entretien de recrutement (face à quatre personnes : le "patron", un médecin, un psychiatre et la cadre infirmière).
Retour à la gare. Il est environ midi. Téléphone de Bourges, où son C.V. reçu la veille semble avoir fait suffisamment impression pour qu'on la rappelle le lendemain. Arrivée à Paris : un numéro en 02 a tenté de la joindre. Elle rappelle. C'est Caen.
Elle est "retenue en première position parmi toutes les candidatures". Champagne ce soir.
Il y a donc un poste qui l'attend à la fin du mois. A 250km de chez nous.
Etape 1bis : continuer à postuler pour, sait-on jamais, mieux plus près ou aussi bien dans une plus grande ville (Lyon ou Marseille, ça nous irait bien).
Etape 2 : brainstorming préliminaire sur la vie à deux à distance, Paris ? Rouen (à mi-chemin) ? Caen ?, voiture ou train ? qui s'occupe du chat et des cactus ?
Moralités : faites des stages, trouvez la voie qui vous passionne. Préparez-vous aux entretiens en "simulation". Une étape à chaque fois : inutile de s'inquiéter de l'intendance avant d'avoir réussi l'entretien. Une fois l'entretien réussi, ne relâchez pas l'effort.
Les grandes décisions se prennent au calme, une fois la victoire assurée.
C'est notre programme des jours à venir.
(* comment ça, je ne suis pas objectif ?)
15:36 Publié dans Voir, entendre, ressentir | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
30/01/2007
Lectures récentes
Un vieux juif polonais émigré aux Etats-Unis se souvient de son unique amour... Une jeune fille est prénommé Alma en référence à un livre, offert par son père disparu à sa mère... Un écrivain publie au Chili, dans les années 50, le livre d'une amour absolue, l'histoire de l'amour.
Six destins se croisent et s'entremêlent entre New-York, la Pologne pendant la Guerre, le Chili d'il y a un demi-siècle. Papillonnant du souvenir à l'envie, de la perte à l'espoir, Nicole Krauss écrit la sarabande improbable de parfaits inconnus, sans histoires, pour composer celle, unique, qui donne son titre au livre.
Un roman d'une grande maîtrise littéraire, exigeant, couronné par le prix du meilleur livre étranger 2006.
(lecture en cours) Immense roman au substrat analytique, sur l'inqualifiable (au sens propre) relation entre Marilyn Monroe et Romi Greenson, son dernier psychanalyste.
Extraordinaire et profondément humain.
10:40 Publié dans Voir, entendre, ressentir | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : krauss, schneider, marilyn dernieres seances, histoire de l'amour
24/01/2007
Heureux qui comme Ulysse...
Il aimait la mer et la connaissait.
Il allait où le portait le devoir et l'honneur, là où le guidaient ses valeurs profondément humanistes.
Il était un homme à la parole chaude, légère, au courage intense.
Il donnait l'impression de mettre ses actes en conformité avec son verbe, et réciproquement.
Il était de ceux que l'on avait envie de suivre.
En mer ou en livre.
Ecrivain, homme d'Etat, voyageur, humaniste, engagé dans le siècle : Jean-François Deniau est mort aujourd'hui.
"Et pourtant rien, jamais rien n'est inutile" (Mémoires de sept vies : croire et oser)
15:40 Publié dans Voir, entendre, ressentir | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : deniau
18/01/2007
Coïncidence ?
Hier soir, au JT de France 2 de David Pujadas.
Reportage sur Airbus, filiale d'EADS. Pour la première fois, l'avionneur enregistre une perte (comptable, certes) de 1,7 milliard d'euros !
Le journal continue.
"L'Europe veut lancer un robot sur Mars". Avec reportage sur le robot pas fini et guidé au joystick par un gentil ingénieur. Sur quasiment TOUTES les images du reportage, et en gros plan sur le robot, que voit-on ?
"EADS Astrium".
1. Parler d'un projet européen déjà vieux de plusieurs années simplement pour dire qu'il est "en cours", est-ce une info ?
2. Montrer plusieurs fois, et en gros plan, la marque du fabricant, est-ce un usage journalistique courant ?
3. Par quelle incroyable coïncidence ce reportage sans caractère d'urgence est-il diffusé le jour où EADS annonce des pertes pour sa filiale Airbus ?
Je suis allergique au conspirationnisme en tout genre, mais là, je trouve la coïncidence... intéressante.
Ils ont des spin doctors, chez EADS ?
15:45 Publié dans Voir, entendre, ressentir | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : EADS, Airbus, Astrium, Pujadas, France 2, journalisme
12/01/2007
A LIRE : Kafka sur le rivage (Haruki Murakami)
Fabuleux roman, à déconseiller aux esprits trop cartésiens.
Un jeune garçon de quinze ans décide de fuguer. Il parle souvent au "garçon qui s'appelle Corbeau". Il porte en lui le poids d'une malédiction lancée par son père.
Une classe entière, seize enfants s'évanouissent simultanément lors d'une sortie en forêt, en 1945, puis se réveillent sans aucun souvenir des heures passées.
Un vieux monsieur, simple d'esprit, retrouve des félins perdus. Il parle aux chats qu'il croise et rencontre Johnny Walker (le personnage du whiskhy).
Murakami écrit un roman magnifique. Dans une structure classique - des fils narratifs qui convergent vers l'événement final -, il déploie un style imagé et descriptif, par touches délicates, pour créer un ouvrage d'une finesse, d'une érudition et d'une richesse magiques. Son Japon est habité d'un très léger décentrement par rapport à la réalité : on y fabrique une flûte à partir d'âmes de chats, on y rencontre des soldats déserteurs de 1940 au coeur d'une forêt, il y pleut des maquereaux (les poissons). On pense souvent aux dessins animés de Miyazaki, en moins candide.
Tout cela sans fausse note, sans ficelle visible : ce qui arrive... arrive ; ce qui doit être fait, est fait. Chercher une explication n'a pas beaucoup de sens pratique : mieux vaut agir. Le destin, le fatum, est une force meilleure accompagnatrice qu'adversaire - de toute façon, on ne saurait y échapper. Se l'approprier, c'est en devenir l'acteur, et non plus le jouet.
Là est ce qui nous rend libre.
(Difficile d'en parler sans trop déflorer les nombreux rebondissements, les très belles idées, le foisonnement culturel, la subtilité du roman.)
13:30 Publié dans Voir, entendre, ressentir | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : murakami, kafka sur le rivage
05/01/2007
A LIRE : Les Bienveillantes, J. Littell (2)
Maintenant que le tumulte s'est apaisé, et après quelques semaines de recul personnel sur ce livre troublant, que penser des Bienveillantes ?
J'ai rarement été aussi secoué par un roman. "Secoué" est le terme facile pour dire cette oscillation osbcène entre l'horreur et le burlesque, l'indicible et le grotesque, le démontage de l'effroyable mécanique et le trajet personnel d'un homme qui, ses pulsions mises à part, serait un bon compagnon de conversation.
Ce livre est terrible en cela : la fragmentation en multiples approches d'une représentation de l'horreur nazie. Pour aboutir à la seule conclusion logique : l'absurde.
Documenté jusqu'à l'obsession : la neutralité du corpus historique, par l'accumulation comptable des faits, des décisions, des descriptions du mode de fonctionnement théorique et politique du nazisme exterminateur laisse finalement une alternative : la lecture détachée, comme on lirait un mode d'emploi, ou la lecture humaniste, qui emmène au dégoût. ON PARLE DE MILLIONS D'HOMMES ET DE FEMMES, REELS.
Burlesque comme ces passages où le personnage principal (peut-on en ce cas écrire "le héros" ?) regarde avec ironie les frasques nazies ; comme cette longue discussion pour savoir si, par la nature de leur langue, tel peuple du Caucase est "d'origine juive" ou si sa "judéité" s'est dissoute au fil des siècles ; comme ces conflits d'intérêts entre les exterminateurs de Juifs et ceux qui les forcent à travailler - objectifs contradictoires qui ramène l'infâme à son niveau le plus humain, une bagarre de chefs de service...
Indicible comme l'irreprésentable du massacre des Juifs d'Ukraine, au bord d'un ravin ; comme l'irreprésentable de ce qui SORT du camion à gaz ; comme l'odeur flottant au-dessus de Birkenau.
Grotesque comme un mauvais trip : les pulsions sexuelles du Dr Aue se développent jusqu'à un dénouement des plus ridicules. Là sont pour moi les longueurs du livre - on pourrait d'ailleurs s'arrêter à cent pages de la fin, au moment du départ de Berlin, sans que rien n'en soit changé.
Le Dr Aue est un homme cultivé, sympathique, un peu naïf : il est très difficile de ne pas se lier d'empathie avec lui. C'est peut-être pour cela, hypothèse personnelle, que J. Littell en fait un "monstre intérieur" au regard des tabous les plus primordiaux (inceste, parricide, matricide).
Le Dr Aue se rend compte de l'horreur à laquelle il participe activement, sait que "cela est mal" et fait le choix conscient d'accomplir sa tâche du mieux possible. En cela, il est le pire des bourreaux : ni fou, ni sadique, ni inconscient, mais calme, lucide et raisonné. Aucune rédemption, aucun pardon n'est possible pour un homme qui savait ce qu'il faisait et qui choisit de le faire.
Le lecteur se trouve régulièrement agressé dans les postures confortables de la bien-pensance ambiante. Oui, un bourreau peut être un homme agréable - et le rouge de la honte monte à notre front : comment puis-je oser penser cela ? Oui, après l'horreur d'un massacre, ces gens rentraient dans leur caserne pour écouter une sonate - et le moralisme totalisant (tout blanc, tout noir, pas de gris) en prend un coup. Oui, l'absurde de la guerre rend fou de braves types - les pages sur Stalingrad m'ont rappelé "pigeon, vole !", lugubre jeu des tranchées dans Ceux de 14 de Genevoix. Oui, un directeur de camp de concentration peut avoir deux enfants qu'il aime. Oui, ces enfants peuvent jouer innocemment à quelques mètres des barbelés.
C'est en cela que le roman défie l'entendement. A rebours de notre époque de confort moral étroit, si prompte à catégoriser et condamner, à ranger "les bons" et "les méchants", à purifier les coupables par l'excuse de "la société" et à accuser les victimes au nom "du contexte", Jonathan Littell nous montre que bourreaux et victimes, passants et acteurs, nous sommes tous les mêmes, tous "frères humains".
Ce n'est qu'une question de choix personnel, ce propre de l'homme.
C'est cette humanité en partage qui est intrinsèquement absurde.
[Edit du 05/09/2007 : l'avis de [moi]]
11:05 Publié dans Voir, entendre, ressentir | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : bienveillantes, littell
02/01/2007
Note scandaleusement égoïste, qui fera encore dire que vraiment, les blogs, c'est de l'intime étalé en public
Et voilà, année neuve.
La dernière quinzaine a clôturé en beauté une année 2006 riche, dense et intense. Auvergne - Touraine - Gironde. Beaucoup d'amour, de bons moments, de la très bonne chère, du champagne et des vins, de beaux cadeaux. Des feux de cheminée en pagaille.
Et un lapin blanc.
Retour au bureau ; le RER presque vide n'est pas encore hostile.
Retenir de 2006. L'important : amour, mariage, familles, amis, Venise, des rêves vécus. Le nécessaire : quelques succès professionnels, pour les deux, de belles sorties.
Oublier de 2006. Le vent, le creux, l'obscur. Sur les blogs ou pas.
2007 : ma boule de cristal me dit "changements". Elle qui construit sa carrière professionnelle, moi dont le projet sera terminé en fin d'année. Tout est donc ouvert. Et d'autres choses aussi, du ressort du très intime.
136 000 miles sur la carte Air France, Elle qui a enfin un passeport, un sac pour l'appareil photo et ses objectifs : en 2007, on bouge ! Et un voyage de noces à rêver...
Ceci est la 648ème note de ce blog. La première de l'an 2007.
Et pas la dernière.
(Bonne année à tous !)
11:00 Publié dans Voir, entendre, ressentir | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note





