18/10/2006
Qu'analyse
- Vous savez quoi ? C'est toujours kiffant, cet atterrissage de la pensée...
- Que voulez-vous dire ?
- J'veux dire, le moment où ça s'calme. Quand ça s'arrête de grincer... ya comme un moment où j'entend le silence, où j'pense le silence, en fait.
- Oui... ?
- D'un coup, ça s'évapore. J'ai plus de bruit dans la tête, le ciel bleu qui perd son métal, ou le ciel gris, qu'est plus acier. Comme quand on était môme et qu'on faisait crisser la craie sur le tableau noir, entre deux cours. C'est pas tant que le bruit de la craie est horrible, y en a même qui vomissent quand ils l'entendent. Mais c'est aussi le moment où ça s'arrête. Ca pourrait continuer, mais ça s'arrête. Là, c'est bon. Ben c'est pareil. Le silence, c'est penser que le bruit va revenir. Mais que c'est arrêté.
- Et comment est-ce que ça s'arrête ?
- ... Chais pas trop...
- ...
- J'sais juste que ça va pas tarder.
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02/10/2006
Instantané à retardement
En juin, une note sur le blog de ckck, une photo aussi, ont déclenché ceci en commentaire. Et comme la photographe est d'accord, on reprend. (Tentative honteuse pour dissimuler que les photos du mariage et de Venise prennent tout notre temps libre, mais ça en vaut la peine).
Or donc. (en résumé : prise de paresse, titre de la note, ckck laissait champ libre aux commentaires ; j'ai commenté.)
*****
Paresse

Je crois bien que j'étais la seule à la voir.
Les piétons ensoleillés martelaient le pavé de leurs urgences nécessaires. Gauche, droite, gauche, droite : brouhaha du quotidien.
J'avais plutôt envie de flâner. Mon esprit baguenaudait, confortablement installé au chaud de cette belle journée.
Quelle osbcure rythmique poussait les employés de la voirie à parsemer de caries l'aplat régulier du passage carrelé ?
Clac, le bruit d'un talon sonore. Métal radiant : la plaque d'égoût se dore.
En fait, tous ces pavés, ils sont en granite, non ? Depuis quelle région ont-ils voyagé ? Qu'ont-ils vu, depuis ce temps ?
Mon esprit voletait de fil en fil ; je m'étais arrêtée. J'étais à la croisée de la ville.
Pas si seule.
Elle était là, devant moi. A contre-jour - ce qui est somme toute logique.
Sans y penser, j'appuyai sur le déclencheur. Elle me sourit et s'effaça devant l'action.
Ce n'est pas tous les jours que l'on tire le portrait de sa paresse.
20:45 Publié dans Expéri-mental | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22/08/2006
A contre-jour
L'odeur faisandée d'une graisse de pluie s'étend sur le bitume ridé de la ville.
C'est le moment où la défaite gagne les platanes : à quoi bon ? autant tomber ! Effeuillés.
Peu à peu, l'exhalaison mortifère s'épand d'avenues en ruelles, d'impasses en ronds-points : on en vient toujours là, murmure-t-elle.
Les bus girent au ralenti de leurs essuie-glaces libellules. Les voitures se collent au cul, reconnaissance particulaire de canidés mécanisés. Les corps, morts, traversent, pauvrement abrités d'un auvent défraîchi, d'un parapluie souillé par l'armée des poussières de plomb. Seuls d'anthracite pigeons vaquent, s'ébrouent : encore trop doux pour que congèlent les amibes du quotidien.
Hébétée, la ville lumière s'enfonce, s'alanguit, névrotique.
C'est l'heure où la Seine se Tamise, dans la magie cendre d'une cité rincée.
Au pont de l'Alma, le Zouave s'ébroue.
Regard au ciel, à la boue : Verdun n'est plus si loin.
(PS : je sais, le Zouave n'a rien à voir avec Verdun, c'est la guerre de Crimée)
10:21 Publié dans Expéri-mental | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
13/08/2006
A tire d'Elle
Je ne suis pas certain que tout cela était ni prévu, ni coordonné. Rien ne semblait m'y préparer. Pourtant, tout paraît y avoir amené.
J'ai rencontré Elle de manière fort improbable.
C'était une question d'espace, une question de temps.
De mots échangés, savourés, creusés à la veine de l'instant.
Se trouver sans s'être cherchés.
Et chercher à se rencontrer vraiment.
Le vent souffle parfois, fort ouragan - on se fait à naviguer, craindre la déchirure de la grand voile. S'abriter d'une calanque. S'oser à continuer. Imaginer un itinéraire d'eldorado, sur tous les instants du globe.
Comme rêve-élation.
10:55 Publié dans Expéri-mental | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
03/08/2006
Manquent
J'ai parfois rêvé que je m'effaçais - lente dissolution à l'acide des liens déconnectés un par un.
Virer le complexe pour retrouver le fil ténu de la vie limite.
J'ai parfois rêvé que je grandissais - progression "nécessaire" des accomplir adultes.
Contribuer au contexte pour s'y retrouver assuré, bientôt à retraiter.
J'ai souvent eu du mal à mes amitiés - la pièce supplémentaire que l'on garde sous blister.
(PS : note écrite il y a plusieurs semaines, tout va bien, hein)10:45 Publié dans Expéri-mental | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19/07/2006
Canicule
Je regardais ma bouteille l'air d'y rien comprendre.
Vide, déjà ? A peine quelques pas dans le désert urbain avaient suffi à l'épuiser ?
La ville était morte de chaleur, les stores et rideaux métalliques baissés. Chauffés à blanc, aussi : l'air se gondolait à les approcher. Du bitume sale s'élevait une nuée de doryphores, chercheurs de blanc pour y apposer leur triste grisaille.
J'étais vêtu de peau, invisible, ma gibecière au côté, le tendre verre entre deux morceaux de pain bis.
La ville s'était figée dans la texture patissière d'un lourd sirop d'urgences. Personne en rythme, pas âme qui vibre. Les scarabés diesel crevaient, entrailles au soleil, dégorgeant la boue argentifère de grossières figures hagardes. Je voyais ces fils, de l'ocre au rose pâle, qui pendaient de leurs chevilles amollies, de leurs attachés-cases radiateurs. Ils traînaient, même plus manipulés depuis les palaces de verre fumé. De temps en temps un fil tintait, se cabrait, pénétrait la faible enveloppe et s'abreuvait de quelques lampées de fluide qui dégouttait de la carcasse déjà blanchie.
La chaleur me rendait fou, je crois. A moins que ce ne fut la soif.
Les arbres avaient résolu de disparaître, de nuit, en une. Personne n'avait compris le léger froissement, ce son de baryton qui avait traversé les squares. On ignorait où. A vrai dire, tout le monde s'en fichait.
Ca ferait de la place pour un cimetière de terrasses.
La Seine s'était noyée. C'était aussi simple que cela. Elle gisait, gonflée, le teint verdâtre, immobile dans le ressac lent de l'alternance des feux. Les crabes péniches la gravissaient parfois, avant de s'ensabler plus loin, dans le désert péri-urbain.
Sculpture de cire, la Tour Eiffel penchait et se tordait Dali. Le millefeuille du Sacré-Coeur avait déjà disparu, jus rosâtre d'une meringue fondue. Montmartre pleurait sous ses pavés : l'un après l'autre ils se fissuraient, explosaient, rendant au ciel leurs volées de moineaux bâtisseurs. Quand les noeuds se défont, il n'y a plus de filet.
Je fermais les yeux. J'imaginais l'onde. Le cristal de sa surface, le tintement clair de ses atomes, la fraîcheur vibrionnante des souvenirs de pluie, de rincée, d'averse. Cela désaltérait. Redevenu, un tant soit peu, élastique, je reprenais ma route.
La bouteille pleine et fraîche caressait mon côté en chantant. Je savais où j'allais/étais/irais.
A la source.
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26/06/2006
Miller en pages
Nexus
A la croisée du réel
Plexus
Un coup porté au corps, plié dressé - le coeur en chamaille
Lexus
Droit, avancer à travers l'étau, à l'impression de la finitude
Si l'or du temps ne se gaspille pas, que fais-je derrière ce bureau ?
L'orpaillage est-il suffisant ? Ou faut-il, au risque du néant, chercher la veine ?
14:15 Publié dans Expéri-mental | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14/06/2006
Mode [absorb]
Les mots se déchirent au tissu réalité.
C'est juste la trame de l'instant que je ne veux pas oublier.
On prend parfois des coups de là où on ne s'y attend guère.
Un twister dans la gueule, pour s'élever - j'espère.
P(e)ace at a quiet p(e)ace.
10:03 Publié dans Expéri-mental | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
09/06/2006
Slamatinal instantané
Je me suis perdu des heures dans les chemins de l'obligé
Sous le ciel étain d'une ville aphasiée
Mais le soleil revient, tu t'prends à rêver
Qu'un chat sur le balcon va t'emmener au loin.
Ma radio débite des fragments publicités
Ils tiennent pas un instant devant le pur océanique
D'un ciel qui de printemps, devient ciel d'été.
07:25 Publié dans Expéri-mental | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
02/06/2006
Note inutile
J'ai envie :
- de vacances avec Elle, du soleil, l'appareil photo, des bouquins
- de faire une soirée avec les blogueurs que j'aime, quelque part dans Paris
- d'un mac mini pour la télé, parce que j'en ai marre de devoir brancher le Powerbook à chaque fois
- d'une cuisine plus grande, mais vraiment plus grande
- d'enfin trouver un costume qui me plaise, parce qu'il n'y a plus que des trucs moches chez Paul Smith *on me souffle Vivienne Westwood, je vais voir*
- d'une semaine au vert (gne)
- de travailler au 4/5ème, tiens.
Pff, même en me concentrant très fort, pourquoi ça marche pas ?
19:51 Publié dans Expéri-mental | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
28/05/2006
Le chemin du soi
Sous la table encombrée de l'agape espagnole
Le rhum roule et déroule en fil incohérent
La trame de coutil des tissages passagers.
Métissage pastis.
Je repense l'instant où l'ombre s'étendait,
Noire ressouvenue d'un bienveillant espoir.
Nos chemins de traverse sont que routes égarées,
Apprentissage, métier.
Je reprend ces instants de la flamme gazinière,
Bleu fil exténué comme un songe d'absolu.
L'allumette craquante détruit son existence.
Sacré feu d'artifice.
Je vis alors surgir le cénacle espéré.
L'assemblée nourricière des aurores félines
Quand se trouvent ébahis les allants de cent ans
Dans le matin souris.
*STOP. Je suis un dactylographe. ERASE.*
22:43 Publié dans Expéri-mental | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18/05/2006
Sa(f/p)aris routier.
C'est au passage des mots que je fais le guet.
A l'heure où les phrases sortent s'abreuver, je trouve mon compte courant de verbe en verbe
avec ou sans intérêt.
L'autre de la vie est plus ou moins possible, sens pas si unique que ça.
Au code grammatical, j'ajoute les infractions flashées : verbaliser un nom, s'amender d'un adverbe.
Le sens s'y crée bleu comme un code. Il s'ouvre en intégrale des sussurés. Ne reçoit ni ne prend : don bègue du vague en l'âme.
Les kilomètres de bitume singulièrement effilés. On ne se casse plus le pied à franchir le pont des arts.
Dans l'immobilisme urbain, cohésif, tout s'organise - décomposition d'essence au pire de la vie réglée.
J'ai une fuite d'huile, un joint qui a chauffé. A s'impenser cul las, batterie déchargée, on ne se mesure qu'au créneau au lieu d'éclairer la route. Et la prendre.
Je veux des territoires, des miles à orthographier.
Des espèces à découvrir - j'emmerde le trébuchet.
Partir en tête, en coeur, en âme.
Et riche.
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25/04/2006
Nêtre
Je m'en fous.
Ce n'est pas un combat, pas une lutte, pas même un engagement moral - "la morale, c'est toujours la morale des autres".
C'est de l'ordre de l'intime. Comme intimer l'ordre. De/à moi.
Vingt-deux morts là-bas. Soit.
Trente-quatre mille morts ailleurs. Soit.
Six millions de morts aussi. Soit.
Les Dr Folamour de la bombe, de la "Guerre de Civilisations". Soit.
Aussi cons, mais plus nuisibles, que les prophètes de la "Fin de l'Histoire".
Mathématiquement, le dernier record est à six milliards de morts.
Ou quatre-vingts milliards, en effaçant par voie de conséquence la totalité de l'Histoire.
Je sais qu'il y aura des massacres, des horreurs, de l'immonde.
La seule chose qu'apprend le passé, c'est que l'on est capable de recommencer : au-delà du stade conceptuel de l'horreur inventée, l'existence de l'industrie humaine prouve sa capacité à relancer le processus. On ne peut pas psychanalyser l'Histoire.
Mon grand-père est né en 1914. Il est aussi né dans l'Offlag XVII A, de 1940 à 1945. Il est né, encore, quelque part dans le désert algérien.
Mon père en 1947. Ma mère en 1949. Ils sont aussi nés, je suppose, en 1962 et en 1968.
Ma soeur et moi sommes nés en 1974 et 1972. Aussi en 1986, pour moi. Et surtout en 1989.
Mon petit frère est né en novembre 2000. Il est aussi né le 11 septembre 2001.
Voilà pour les étapes marquées : il y a toutes les autres, intimes.
Pourtant, je m'en fous.
Je ne renoncerai pas.
Je ne diminuerai pas le possible du rêveréel.
Nêtre : j'ai trop peur de l'apostrophe.
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21/04/2006
L'étoffe
Je pars au buisson comme on crie famine.
L'abreuvoir des imbéciles ne me rassasie pas, au contraire - le sel de la t'erre.
Mais vibrer. Ah ! Vibrer.
Virer de bord comme aux détours du chemin. Prendre la rue traversière de ces absences hypothécaires. Démontrer la vacuité des aspirations trémullantes. Le quotidien m'emmerde comme déjection nécessaire, excrétion circulatoire des heures arasées. On se lève saoûl, on s'étire drogué, en ligne coupée près du corps viscère. La fonction crée l'(org)âne.
Vient le soir.
Vient l'heur.
Elle est île. J'y aborde en poisson tant que le vent caresse. Je m'y fond comme soie.
Suki da.
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07/04/2006
L'ardu dire
Je ne suis pas certain de.
Sur-prendre en photo : est-ce que vois un fragment de mon ressentir ?
L'odeur de l'irréalité. On ne "pose" pas les mots, en fait ; on les dé-pose : ratures et repentirs.
Plus ou moins féconds. La tourbe primitive, la glaise grammaticale qui s'assèche craquelée.
Je refuse les carreaux de piscine. Alignés séparés divisés uniformes.
A se baigner dans la boue des sens, ça débarrasse les parasites.
Et ça pue de vie.
En attendant, ou alors, le cellophane de nos mémoires trafiquées.
L'ordre de la pensée, ça n'existe pas. Ca crève dans l'asphyxie du non-formulé, du non-écrit, du non-devisé.
Penser en ordre : morfondre. La sclérose en claques des certitudes.
Stop |ça| et encore |ici|, demain, toujours.
Si veulx.
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