07/03/2008

Abidjan (2)

(le début ici)

 

La lagune qui divisait la ville est désormais progressivement comblée. Pour commencer, des tombereaux de terre, qui se transforment en champs. Bientôt, c'est certain, des logements et des routes.

 

Cela donne une étrange allure au réseau actuel : routes surélevées, ponts qui n'enjambent rien de plus que le sol. L'allure en oscille entre la décadence d'un réchauffement climatique accéléré et la folie d'urbanistes amoureux de piliers de béton.

 

Les taxis rouges filent dans le chaos (et les cahots) des avenues. Ici, il y a des feux tricolores, qui fonctionnent. Mais ici, le soir tombé, la police ou l'armée sort et arrête les voitures - de préférence les taxis - en cherchant tout moyen "légitime" d'imposer une amende - de préférence en liquide et sans reçu. A Douala, on les appelait les "mange-mille" (billets de mille Francs CFA). Ici, pas de surnom, mais des kalachnikovs agressives. Que l'on soit ivoirien ou non n'y change rien.

 

Ne pas avoir peur de sa propre police : c'est peut-être cela, le confort de nos sociétés pacifiées.

 

A l'arrière de nombre de ces taxis, un surnom ou un slogan : "Bloffeur", "Sita ma fille aime", "Dieu t'écoute", peint en lettres appliquées, travaillées, presque gothiques, en blanc sur le pare-choc noir.

 

Une ville africaine : aux immeubles récents de six, sept étages, répondent les abris de tôles, les cases de planches des quartiers pauvres. Il n'y a qu'un pont de distance, et pourtant un monde.

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Ici, dès qu'on en a les moyens, on achète une parcelle et l'on construit en dur, en parpaings. Quand les finances sourient à nouveau, on rajoute un étage. Puis un autre, encore un, ainsi de suite. Rues entières d'immeubles aux façades peintes en rez-de-chaussée, inachevés du haut, comme si les immeubles s'évaporaient dans la chaleur humide de la lagune.

22/02/2008

Abidjan (1)

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Cité lagunaire, Abidjan est souvent perdue dans une brume légère qui s'élève tardivement dans la journée. La chaleur, en cette fin février, milieu de la saison sèche, est facilement supportable : 24° la nuit, environ 30° la journée.

L'arrivée nocturne est très différente de celle de Douala. Route à plusieurs voies, très carrossables, lampadaires en état de fonctionnement. On passe sous le symbole de la Côte d'Ivoire : deux éléphants dressés, trompe contre trompe. L'aéroport, déjà, tout en carrelage et couloirs sans vie, indiquait un niveau économique plus développé.

21/02/2008

Retour d'Afrique

Trois longues, chaudes et pleines journées à Abidjan, pour le boulot.

Dont une journée d'incentive sur une île au milieu de la lagune...

Le vol de nuit annule l'idée de distance.

Paris embouchonné à sept heures du matin.

Je suis crevé, mal au crâne.



*****



Il faisait trente degrés, et l'eau de la piscine était chaude.


Photos et récit à suivre.

03/02/2008

La ville vide

Séminaire de direction à Lyon.

Le tôt réveil pour un TGV matinal de plus, retrouver les collègues, arriver à l'hôtel.

Journée de palabres, d'échanges à l'intérêt variable. Les objectifs atteints de l'année écoulée, ceux à atteindre de celle qui commence. Notre petite structure a l'avantage d'éviter la mauvaise foi, en presque totalité de ses membres.

Dîner dans la ville, quartier de l'Opéra. Sympathique. La rue de la République sombre doucement dans la suspension nocturne.

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L'air est immobile, givré. Peu à peu, il n'y a que les patrouilles de police pour animer la nuit.

Vers une heure du matin, la place Bellecour est immensément vide.

Le monument aux Arméniens monte la garde, dans l'attente d'un hypothétique péril.

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Je retrouve l'hôtel et le scandaleux moelleux d'un matelas de plumes.

Demain sera d'une autre couleur.

18/10/2007

Week-end normand

Après avoir pris la grande décision de poser quinze jours de vacances, et en tardive réponse à l'invitation de mon oncle, nous sommes partis pour Rouen et la côte normande.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, surtout mi-octobre, il a fait beau et chaud.

D'où tourisme : Rouen, son cimetière-bâtiment du Moyen-Âge, Saint-Maclou et la cathédrale. Trouville, sa longue plage de sable fin. Mais surtout :

Honfleur.

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La lieutenancerie
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Notez le sens du commerce local :
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23/09/2007

Oui + 365 = ...

Il y a un an, c'était ça :

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Puis, on s'est enfui à Venise, et ça ressemblait à ça :

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Et maintenant, les choses se préparent pour un Noël unique :

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(atelier ponçage du berceau transgénérationnel de ma famille)


Et la vie est toujours aussi belle, chaque jour que je passe avec Elle.


Suki da

11/08/2007

All that jazz ! (New Orleans, stage 8)

Dos au Mississipi, on se découvre presque au XIXe siècle, à attendre la calèche d'Autant en emporte le vent.

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Et juste au moment où l'on commence à se dire que la musique a fui la ville, deux trois notes aigrelettes s'aventurent à nos oreilles, des mains qui claquent en rythme, le jazz qui surgit de nulle part, au milieu d'une petite place devant la cathédrale.

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La Nouvelle-Orléans n'est pas morte : le jazz y bouge encore.



(Au retour, siège 1K d'un Boeing 747-400, juste derrière le nez, sous les pilotes : je me dis que je n'ai jamais été aussi proche du ciel qui s'ouvre devant nous.)

08/08/2007

All that jazz ! (New-Orleans, stage 7)

Fidèle au poste, l'emblème des vapeurs du Mississipi, le Natchez.

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Dans notre dos, une musique métallique, le tram revit : la première ligne est réouverte depuis quelques jours, comme un exorcisme.
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Et comme un crescendo, après la découverte de Bourbon Street maquerelle, du quartier français endormi sous le soleil de fin d'après-midi, du fleuve Mississipi immense et paisible, alors que nous commencions à désespérer d'enfin voir l'âme de la Nouvelle-Orléans, celle-ci surgit sans crier gare, et c'est tout notre imaginaire qui se réalise.

(à suivre)

04/08/2007

All that jazz ! (New-Orleans, stage 6)

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Après la triste surprise de la nuit, Bourbon Street de jour prend l'air fatigué d'une vieille catin démaquillée.

Nous décidons, entre la fin de la journée de travail (cinq heures...) et le dîner (sept heures trente !) de donner une deuxième chance à la ville : partir en vadrouille, dans le quartier français.

La chaleur est pesante, les rues sont vides. Quelques échoppes sont ouvertes cependant, entre deux panneaux "A louer" ou "A vendre" accrochés aux balcons de fer forgé.

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Quartier-musée, la partie française recèle de jolies rues, de belles maisons endormies au soleil d'un 35° déclinant.
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Soudain, la mer, le fleuve.
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Immense flaque d'eau paisible, à peine le courant de déplacer quelques "flotteurs" - morceaux de bois égarés, branches mortes. Ainsi cette horizon paisible cache-t-il bien son jeu : imaginer cette eau dans la ville semble jeu imbécile. Pourtant, réel.

27/07/2007

All that jazz ! (New-Orleans, stage 5)

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La nuit tombe. Nous sortons de l'hôtel pour découvrir Bourbon Street. Le choc n'est pas celui qui nous espérions.

 

Quelle décalage entre la ville rêvée et la sinistre réalité !

 

Bourbon Street est une longue rue en décadence finale, hormis une "maison de jazz" cultivant des restes de nostalgie. Tout le reste n'est que foule errant sans but, néons vulgaires, spectacles de strip-tease, bières vendues par gobelets plastique de demi-litre, bars laids, sans décoration, bruyants de la pire pop mal rechantée en direct (MC Hammer, c'est dire...) !

 

L'oeil est constamment agressé de placards de femmes dénudées, certaines même réelles, en maillot de bain sur le pas de la porte pour attirer le chaland alcoolisé. L'oreille subit la cacophonie de mauvaises musiques dégueulant des bars. Le nez souffre de l'immonde odeur à mi-chemin entre l'eau stagnante et le vomi : ce sont les poubelles vidées qui exhalent ce détestable parfum, au point qu'à chaque poubelle enlevée, un employé pulvérise une giclée de désodorisant désinfectant - son effet ne dure que quelques minutes, dans la chaleur tropicale de la baie.

 

Les trois agressions mêlées forment l'image décadente d'une Sodome et Gomorhe de pacotille pour prédicateur enragé. Delenda est Cartago : certains de ces illuminés ont même appelé le cyclone "un châtiment divin"...

 

La déception est immense, submergeante. Quoi ?! Ce serait cela, La Nouvelle-Orléans ?

 

Heureusement, pas uniquement.

26/07/2007

All that jazz ! (Paris - New-Orleans, stage 4)

Le trajet entre l'aéroport Louis Armstrong et la ville ne prend que quelques minutes.

 

Oui, nous sommes bien en Amérique : routes à quatre voies (dans chaque sens), échangeurs sur trois hauteurs de pylônes de béton, la gueule allongée des trucks rutilants. Tout cette circulation irrigue le centre ville où pointent vers un ciel balafré les têtes carrées de quelques buildings.

 

L'hôtel retenu est en plein quartier français : Bourbon Street. Couvrant la moitié d'un block, ses façades en brique abritent un patio arboré - et moite - et, au troisième niveau, une piscine en plein air - moite aussi.

En fait, tout est moite, l'air est caribéen ou presque.

 

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Contrairement à mes collègues, j'aime bien ces hôtels luxueux un peu défraîchis, leur côté kitsch, presqu'assoupi. D'immenses couvre-lits molletonnés font écho aux fauteuils lourds à l'assise élimée. Le système de climatisation est bruyant, rudimentaire (off-slow-medium-maximum) mais offre l'option indispensable pour éviter les réveils nocturnes frigorifiés : le bouton OFF. La porte-fenêtre de la chambre donne sur un balcon commun et, au bout, sur la piscine. Mini-bar fermé à clé : nous sommes bien dans une zone touristique.

 

Au petit déjeuner, apparaîtra comme flagrant un des poncifs sur "les gens du Sud" : leur extrême politesse. Loin de l'accueil mécanique de New-York, pas un "good morning sir " qui ne soit suivi de "how are you today ?", pas un "thank you" acquitté par un "mmm mmm" en deux tons, ou un "you're welcome". Aucune sensation que cela est forcé, qu'il ne s'agit que d'un apprêt vernissant une éducation passable. Les gens ici sont réellement polis. Un vrai bonheur. C'est "Savannah" de Clint Eastwood.

 

Nous décidons une première balade nocturne, pour découvrir cette Bourbon Street refuge de nos imaginaires de jazz, de blues et de France abandonnée.

Le choc allait être rude.

24/07/2007

All that jazz ! (Paris - New-Orleans, stage 3)

L'embarquement dans le MD-88 à destination de La Nouvelle Orléans une fois terminé, on se dit que nos déboires tirent à leur fin.

 

Que nenni !

 

Un orage (au sens américain : en Europe, on appellerait plutôt ça une tempête...) au-dessus du Texas perturbe toute la circulation aérienne. Austin est fermé, les vols sont déroutés.

 

Quinze minutes passent, l'avion s'est seulement écarté du sas d'embarquement et attend, immobile, inutile, ni au terminal ni sur le taxiway. Le commandant nous informe de l'origine du souci et de son incapacité à nous préciser l'heure de notre décollage : il y a VINGT avions en attente sur la piste Sud et DIX-NEUF sur la piste Nord.

 

C'est la première fois de ma vie que je vois un bouchon d'avions, de toutes tailles, de tous constructeurs, sagement alignés, à la queue-leu-leu, roulant au pas quand le premier de la file a fini de s'élancer, distribués sur les différentes bretelles d'accès à la piste d'envol en fonction de la longueur de piste qui leur est chacun nécessaire.

 

C'est à la fois magnifique (quel accomplissement humain ! quelle organisation rendue visible par les retards !), ironique (un simple orage est capable de désorganiser le balai mécanique du contrôle aérien...) et humble (des centaines de personnes, dans des dizaines d'avions - littéralement -, minuscules coffrages d'aluminium sur le sol béton de l'immense hub d'Atlanta...). Totalement américain.

 

Le décollage, enfin.

 

Vingt-deux heures pleines que nous sommes partis : voilà l'aéroport Louis Armstrong, la climatisation glaciale en contraste de la chaleur moite de la Louisiane perçue dans le "cordon ombilical" entre l'avion et le terminal. Il n'y a pas ici de "musique d'aéroport", mais du jazz, du blues, des voix chaudes et des trompettes étouffées. La salle fait "provincial", comparée à l'immensité de l'escale précédente.

 

En route vers la ville, pour une arrivée complètement inattendue.

19/07/2007

All that jazz ! (Paris - New-Orleans, stage 2)

L'arrivée à Atlanta se passe dans le cauchemar voulu par l'administration Bush pour être certain que Ben Laden ou Kim Jong-Il ne débarque pas d'un vol commercial, et pour s'assurer que les américains qui rentrent au pays ont de bonnes raisons de le faire.

 

A chaque voyageur - touriste ou professionnel - de pays considérés comme présentant un risque (en gros, tous, sauf la Suisse, peut-être), le questionnaire se transforme en interrogatoire, les trois minutes habituelles en un bon tiers d'heure. Parfois résonne l'appel à un traducteur, d'allemand, d'albanais, ou à un "superviseur" - le terme pudique qui cache le refus d'entrée sur le territoire.

 

Quand j'atteins la file du guichet n° 34, indiquée avec cette politesse automatique légèrement comminatoire de l'employé qui passe sa vie à jouer les aiguilleurs, il n'y a que deux familles et une personne seule devant moi.

 

Amérique latine et Afrique.

 

Environ une demie-heure d'attente patiente (par force !)... et au total, plus de deux heures trente pour passer l'immigration. La correspondance pour La Nouvelle-Orléans est partie depuis longtemps.

 

Nos billets échangés, nous nous retrouvons, un collègue et moi, enregistrés sur le prochain départ, dans moins de vingt minutes. Un métro rapide nous emmène d'un terminal à l'autre. Au comptoir d'accueil du vol, le personnel nous informe que nous sommes en liste d'attente, avec cependant la priorité d'accès que confèrent nos billets "Affaires" et nos statuts de Frequent Flyers. Un écran diffuse en continu les quatre premières lettres du nom des personnes en attente et l'ordre dans la file - ainsi que les règles d'attribution des priorités : je trouve ce système lumineux, bien loin de la gestion quasi-secrète et propice à tous les soupçons de nos aéroports français.

 

Nos noms s'affichent sans prévenir en premier et deuxième. Quelques minutes passent, nous avons été rétrogradés en deuxième et troisième positions, mais nous sommes finalement appelés à embarquer dans un MD-88 au mileage avancé.

 

Assis compact dans cet appareil étroit, le commandant nous souhaite la bienvenue, nous indique qu'il est en partance pour La Nouvelle-Orléans et qu'il espère que c'est bien là que nous allons aussi ! Cette gentille décontraction me fait sourire, et presque oublier que nous avons déjà plus de deux heures de retard sur le programme prévu.

 

Retard qui ne va pas se réduire, au contraire.

16/07/2007

All that jazz ! (Paris - New-Orleans, stage 1)

Charles de Gaulle, 8h du matin.

 

Le nouveau terminal, accessible par navette, a la laideur fonctionnelle d'une zone partagée à parts strictement égales entre commerce (hors taxe) et sécurité. Au gris terne des portiques, anthracite des tapis défilant sous le jet continu des rayons X, répond la vulgarité crasse du clinquant d'un pseudo-luxe de marketing. Rose, or, argent, pilastres faux-bronze en temple cosmétique, le tout posé sur un parquet d'ersatz de bois : ces lieux n'existent pas, ces lieux n'excitent pas, un hors-la-vie dédié au culte du "sac plastique transparent refermable d'une contenance maximale de 1l" et à la cabale des quatre chiffres de votre Visa pucelée.

 

Boeing 767, plusieurs heures en parallèle.

 

L'immense chuintement sourd de l'expiration mécanique des réacteurs, de l'air glacé autour de la carlingue, ne berce ni n'endort. Le vol se perd en verticale des immensités arctiques - ou est-ce le caviar délavé d'une formation nébuleuse ? A 10 000 pieds mètres, cela n'a plus tant d'importance. Ni d'intérêt.

 

A l'inverse de l'Air France quasi-snob, la compagnie américaine a ceci de surprenant que l'on y est constamment servi - "attended". Presque trop : un verre vide, un réveil en creux, et déjà l'hôtesse est présente, le steward aux ordres. L'hilarité factice des voyages professionnels m'ennuie - jusqu'ici l'interdit du silence. Rien de tout cela n'est propice à l'envolée déconnectée, au surgissement libérateur des calligrammes obscurs.

 

Ce qui surgit est sur ma peau, mes paupières, mes mains, informulé de l'impensé, littéralement : la distance n'est qu'un contact, c'est le temps qui fuit pour un "dont acte" que je redoute et que j'attends. L'espoir d'une vie nouvelle, à plusieurs sens du terme, lui-même à plusieurs sens, mise en abîme des signifiants pour contourner, borner, le réel de ce qui va advenir par une ironique nativité du calendrier.
Par là, peut-être suis-je prêt pour le jazz, ready for the blues.

 

Voyageur de luxe dans l'univers des faux-semblants de compagnie.

13/04/2007

Fragments d'Afrique (3)

Douala, capitale économique du Cameroun.

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Après l'étrange traversée de la zone portuaire, pour rejoindre l'hôtel, la contradiction de tout cela me saute au visage.

Je n'ai jamais vécu entouré d'agents de sécurité. Deux à l'entrée, un aux ascenseurs, un par étage.

Je n'ai jamais été réellement inquiet à l'idée de croiser la maréchaussée, comme le manager local qui nous ramenait d'un restaurant, quand il a su que deux d'entre nous n'avaient pas leur passeport sur eux. Les "mange-mille" (... francs CFA) ne sont pas que papivores : la discussion est, d'expérience (la sienne), rarement administrative et toujours désagréable.

J'ai souri au manège des hétaïres de bar. De belles, ou qui l'ont été, femmes, sur-maquillées, habillées à la mode (une certaine mode, celle des cagoles marseillaises), aux faux cils kilométriques, au regard de biche dressée à tuer, aux sourires carnassiers, perchées sur pilotis. Leurs manoeuvres, face à un vieux type, un peu gras, un peu dégarni, un peu seul sûrement, mais un peu beaucoup prêt à leur payer à boire. Ce qui arrange le barman. Un baiser en moins d'une heure, mais à quel tarif ?
Le lendemain soir, d'autres assistantes de vie locale, plus jeunes, jettent leurs grapins sur un groupe de trois occidentaux. Elles en seront pour leurs frais : à minuit, tout le monde se sépare. Bec dans l'eau cette fois.

J'ai vu que "tous les expats finissent alcooliques". Un couple à la cinquantaine bien entamée, lui whiskhy, elle bière, en train de s'engueuler quasiment à voix haute. Elle, visiblement excédée, le geste brusque, sec, cassant. Lui, complètement amorti, la moustache poivre et sel aussi tombante que ses paupières fatiguées, qui argumente à peine, l'air à la fois agacé de tout ce cirque et habitué à ces représentations. Je les retrouverai dans l'avion, lui tout sourire aux hôtesses, elle tout équilibre approximatif entre deux rangées de siège.

J'ai dîné au vent, sur le ponton du "dernier comptoir colonial" - d'où partaient les hommes et les femmes enlevés ou faits prisonniers par d'autres tribus, vers une terrible traversée de l'Atlantique, sans espoir de retour. Brochette de zébu : très bon.

J'ai mangé du varan, de la chèvre, goûté du porc-épic. Je connaissais déjà le goût du crocodile.

Je me suis senti en contradiction lorsque nous avons été reçu à déjeuner par sa femme chez le manager local. Un grand appartement, pas complètement décoré, dans l'immeuble où réside la majorité des officiers français : "on est sûrs d'être évacués, en cas de problème : le jardin est entretenu pour permettre l'arrivée d'un hélicoptère". Une dorade rose, chassée le dimanche précédent : délicieux. Mais cette terrible opposition entre l'aménité à notre égard de sa femme, fille d'expatrié, et la dureté obsidienne de sa voix quand elle s'adresse à leur cuisinière locale.

Des contrastes aussi violents, des découvertes aussi radicales, sur le monde et sur soi, je ne les ai trouvés qu'en amour.

Je comprend que l'on puisse tomber amoureux de l'Afrique.