18/10/2006
A LIRE : Les Bienveillantes, J. Littell
J'ai envie de vous dire de vous lancer à l'assaut de ce monument écrit petit et dense.
Mais je ne sais pas comment.
J'en suis sans voix.
10:37 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : bienveillantes, littell
12/10/2006
A LIRE : Les sirènes de Bagdad, Y. Khadra
Quelque part en Irak, Kafr Karam est un village où rien ne se passe vraiment, et que le tumulte de la guerre n'atteint qu'à grand peine. Mais quand on se croit oublié de l'Histoire, elle se rappelle à vous. Trois événements tragiques vont ramener ses habitants à la triste réalité, et surtout lancer un jeune fils de famille bédouine modeste sur le chemin personnel et politique de la vengeance et du terrorisme, parce qu'il n'y a pas d'autre possibilité.
D'un style direct, percutant, au vocabulaire précis et imagé, mêlant avec fluidité l'observation de la folie qui l'entoure et les positions intimes du narrateur, Yasmina Khadra nous projette dans le chaos irakien, vu de l'intérieur par un jeune homme assez éduqué, plutôt apolitique et indolent. Avec didactisme, Y. Khadra explique pourquoi telle action faite par un soldat américain est une offense impardonnable.
Roman à une seule voix, mais une voix qui varie, questionne, doute, s'engage, s'enferme, s'aliène, Les sirènes de Bagdad est de ces livres qu'on ne lâche pas, l'épopée triste d'un homme dont la culture moderne, y compris dans son propre pays, nous dit "Quels principes arriérés !" et qu'il est pourtant difficile, jusqu'à un certain point, de condamner.
En contrepoint, les personnages secondaires incarnent les multiples facettes d'une réalité que certains voudraient nous faire croire uniforme, manichéenne et condamnable.
Qui est le salaud, qui est la brute ? Qui est le lâche, qui est le héros ? Le traître, le collabo ? C'est parce qu'il n'y a pas vraiment de réponse que ce livre est à la fois passionnant et profondément humain.
15:55 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : khadra
10/10/2006
Prochain(e)s heur(e)s
"Beyrouth retrouve sa nuit et s'en voile la face." (Les Sirènes de Bagdad, Yasmina Khadra)
"Frères humains, laissez-moi vous raconter comment ça c'est passé." (Les Bienveillantes, Jonathan Littell)
Impressions de première page : je préfère le style court, dense du premier au style plus classique du second. (oui, "première page" au singulier)
J'en ai les neurones qui pétillent :-)
07:15 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : khadra, littell
04/10/2006
A LIRE : Mémoires de porc-épic, A. Mabanckou
Double animal et éxécuteur des basses oeuvres d'un homme de mauvaise vie, assassin, menteur, adepte de la magie noire, un porc-épic se surprend à rester vivant alors que son maître a trépassé. Apeuré, il se réfugie entre les racines d'un baobab, à qui il entreprend de raconter "son" histoire, c'est-à-dire celle de son maître et d'un "double humain"...
Dans ce roman sans aucun point - choix graphiquement surprenant, et qui ne gêne en rien la lecture, lui imprimant la rythmique d'un conteur ou d'un bonimenteur - Alain Mabanckou joue avec la culture africaine pour une belle histoire. Est-elle fantastique (au sens de Poe) ? Peut-être, pour un esprit occidental. Mais le fantastique ici est interstitiel, à la croisée des rites magiques, des légendes, percuté par un quotidien parfois occidentalisé, toujours africain. Tout y semble tellement "naturel" qu'on se surprend à se dire que, vraiment, un porc-épic qui lance ses piquants comme des stilets empoisonnés est chose bien naturelle.
Aucune lourdeur dans ce livre étrange, vivant et bien tourné. Au contraire : la vie, la mort, la magie, la peur, le meurtre, y font partie d'un quotidien sur lequel l'auteur pose d'une écriture fluide un regard gentiment moqueur, toujours subtil, jamais ironique.
Un très bon moment !
[editdu 06/11 : prix Renaudot 2006]
11:45 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mabanckou, renaudot
18/08/2006
La poésie (Léo Ferré)
J'ai du savon qui lave
Les péchés capitaux
Un stylo-bille qui grave
Le goût d'un apéro
Un soutien-gorge à piles
Qui ne s'allume qu'aux beaux yeux
Un dentifrice habile
A blanchir les aveux
Un buvard facétieux
Qui sèche les chagrins
Un oeil pour lire à deux
Quand le jour s'est éteint
Un violon capital
Voilé de Chambertin
A faire sonner le mal
Plus fort que le tocsin
Si ça ne va pas
Tu peux toujours aller la voir
Tu demanderas
La Poésie
On t'ouvrira
Même si elle n'est pas là
D'ailleurs elle n'est pas là
Mais dans la tête d'un fou
Ou bien chez des voyous
Habillés de chagrin
Qui vont par les chemins
Chercher leur bonne amie
La Poésie
J'ai des bas pour boîteuse
A faire boîter l'ennui
Et des parfums de gueuse
A remplir tout Paris
Des pendules à marquer
Le temps d'un beau silence
Des lassos à lacer
Les garces de la chance
Des machines à souffler
Le vert de l'espérance
Et des vignes à chanter
Les messes de la démence
Des oiseaux-transistors
Qui chantent sur la neige
Garantis plaqués-or
Plaqués par le solfège
Si ça ne va pas
Tu peux toujours aller la voir
Tu demanderas
La Poésie
On t'ouvrira
Même si elle n'est pas là
D'ailleurs elle n'est pas là
Mais dans la tête d'un fou
Qui se prend pour un hibou
A regarder la nuit
Habillée de souris
Comme sa bonne amie
La Poésie
J'ai du cirage blond
Quand les blés vont blêmir
De la glace à façon
Pour glacer les soupirs
Des lèvres pour baiser
Les aubes dévêtues
Quand le givre est passé
Avec ses doigts pointus
J'ai tant d'azur dans l'âme
Qu'on n'y voit que du bleu
Quand le rouge m'enflamme
C'est moi qui suis le feu
J'ai la blancheur du cygne
A blanchir tout Saint-Cyr
Et sur un de mes signes
On meurt pour le plaisir
Si ça ne va pas
Tu peux toujours aller la voir
Tu demanderas
La Poésie
On t'ouvrira
Des fois qu'elle serait là
Elle te recevrait même pas
Elle n'est là pour personne
Elle n'aime pas qu'on la sonne
C'est pas une domestique
Elle sait bouffer des briques
Mais quand elle veut,
Elle crie
LA POÉSIE!
10:09 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : leo, ferre
04/08/2006
Chronique japonaise, Nicolas Bouvier
Même à la lanterne magique, il ne faut pas se faire de cinéma : la plupart des liens solides se nouent au-delà de l'intellect et ne s'expriment que rarement dans les livres, mais dans les tatouages qu'on peut voir à la plage ou à la morgue, dans deux mains qui serrent une épaule sur un quai de gare et garderont - trop longtemps peut-être - cette chaleur et cette élasticité dans les doigts, dans des cartes écrites par des militaires et si mal adressées qu'elles arrivent par erreur chez de vieilles folles auxquelles on n'avait jamais dit des choses si tendres, dans le silence de deux visages qui s'enfoncent au tréfonds de l'oreiller comme s'ils y voulaient disparaître, dans ce désir si rarement comblé qu'ont les mourants de trouver le bout de l'écheveau et quelque chose à dire, dans la fenêtre qu'on ouvre ensuite, dans la tête d'un enfant qui fond en larmes, perdu dans la rumeur d'une langue étrangère.
Courage, on est bien mieux relié qu'on ne le croit, mais on oublie de s'en souvenir.
19:39 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nicolas bouvier
01/08/2006
Chronique japonaise, Nicolas Bouvier
Celui qui ici n'accepte pas de commencer par faire l'apprentissage du moins est certain de perdre son temps.
12:52 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : nicolas bouvier
16/06/2006
Le premier blogueur de l'Histoire
"Moi, lorsque je n'ai rien à dire, je veux qu'on le sache."
Raymond Devos (22 novembre 1922 - 16 juin 2006)
Le rire est un peu plus con, ce soir.
20:50 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : raymond devos
28/05/2006
J'ai oublié (Grand Corps Malade)
J'ai oublié de commencer ce texte par une belle introduction
J'ai oublié de vous préparer avant d'entrer en action
J'ai oublié de vous prévenir que je m'aperçois que dans ma vie
J'ai oublié pas mal de choses si vous voulez mon avis
J'ai oublié d'être sage, j'ai oublié d'être prudent
J'ai oublié de me ménager et je me suis cassé les dents
On m'a dit qu'on ne pouvait pas être et avoir été
Moi j'ai oublié de faire attention à moi une nuit d'été
J'ai oublié ce que c'est de courir derrière un ballon
J'ai oublié d'être fort comme Achille et son talon
J'ai oublié de remercier mes parents pour tout ce qu'ils ont fait
Mais je suis pas doué pour ce genre de trucs, c'est pas moi le fils parfait
J'ai oublié de prendre des risques dans l'ensemble de mon parcours
Et quand je regarde derrière moi, parfois j'ai le souffle court
J'ai traversé les années plus vite qu'on passe un péage
J'ai oublié de prendre le temps de voir passer les nuages
J'ai oublié d'écrire un texte sur la force de l'amitié
Qui met l'amour à l'amende dont la faiblesse me fait pitié
Y'a pas beaucoup de meufs qui m'ont vraiment fait me retourner
J'ai oublié de tomber amoureux depuis quelques années
J'ai oublié d'imaginer de quoi seront faites les années prochaines
Et quand on me parle de l'avenir, j'ai tendance à changer de chaîne
J'ai oublié de payer mon amende pour m'être garé devant la station
Tant pis pour moi, maintenant j'ai 30% de majoration
J'ai oublié de faire en sorte que ce texte soit structuré
Ca part dans tous les sens tant que ma feuille n'est pas saturée
J'ai oublié de mettre des baggys et des ensembles en peau de pêche
J'ai oublié d'avoir du style et c'est comme ça depuis la crèche
J'ai oublié de chialer depuis un sacré bout de temps
Une sorte de sécheresse ophtalmique, c'en est presque inquiétant
Je sais pas si c'est normal mais c'est vrai que pour être franc
La dernière fois que j'ai versé une larme, on achetait le pain avec des francs
Dans ces vers, j'ai oublié d'arrêter de parler de moi
J'ai oublié de m'oublier comme un premier samedi du mois
J'ai l'impression de me mettre à poil depuis bientôt un quart d'heure
Sur ce coup là j'ai oublié de garder pas mal de pudeur
J'ai oublié de croire en l'existence d'un être supérieur
J'aime pas les jeux de hasard j'ai toujours été mauvais parieur
Par ailleurs, tant mieux, car je ne pourrais pas m'empêcher
De me dépêcher de me sauver pour pas confesser mes péchés
J'ai la pêche et à cette façade, faut pas forcément te fier
J'ai pas oublié d'être un con fier qu'a du mal à se confier
J'ai oublié de me plaindre quand ça en valait la peine
J'ai oublié d'ouvrir les vannes quand la coupe était pleine
A ce putain de texte, j'ai oublié de trouver une chute
Comme un cascadeur qui saute d'un avion sans parachute
Mais chut ! Faut que je me taise, car maintenant c'est la fin...
... . A vrai dire pas tout à fait car pour l'instant j'ai encore faim
J'ai oublié d'écrire ce que je crois et ce que je pense vraiment
J'ai oublié de croire à ce que j'écris machinalement
Mais finalement c'est peut-être mieux car se rappeler c'est subir
J'ai oublié de penser qu'il était préférable de se souvenir
J'ai oublié mon flow, j'ai oublié mon stylo
J'ai oublié mon micro et j'ai oublié tous les mots
J'ai oublié des tas de sujets, vous avez compris le concept
Alors pour pas trop vous saoulez je vais m'arrêter d'un coup sec.
16:01 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
16/05/2006
Ca t'va (Léo Ferré)
Tu n' vas jamais aux collections
Tu préfères mettre tes sous à plat
Pour t'acheter une belle maison
Drapée par les Dior du gothique
Mais comme on va pas cul tout nu
Et puis qu' d'abord moi j' n' voudrais pas
Tu t' sapes chez l' couturier d' ton cru
Qu'a des harnais démocratiques
Ça t' va
Cette robe de dix sacs
Tes cheveux en vrac
Ce rien qui t'habille
Ça t' va
Tes souliers pointus
Même s'ils sont fichus
Ça t' flatte tes gambilles
Ça t' va
Ce sac en lézard
Qui fait le lézard
Sous ses airs plastiques
Ça t' va
Cet air sans façon
Dont t'as pris mon nom
Pour vivre de musique
Tu n' vas jamais chez Rubinstein
Qu'a d' la frimousse en comprimé
Qui pour deux plombes vous met en scène
La gueule des dames pour la parade
Et quand tu sors chez les snobards
Et que j' te demande si t'es parée
Tu m' dis avec ton air anar :
"Moi j'ai l' soleil sur la façade"
Ça t' va
Cette gueule de dix ronds
Malgré c' que diront
Les cons d' photographes
Ça t' va
Ce dos qui descend
Sous l' oeil indécent
Des gars qui te gaffent
Ça t' va
Tes carreaux mouillés
Quand ils ont regardé
La joie qui s' défoule
Ça t' va
Tes mains toutes comme ça
Par ce je n' sais quoi
Qui fait les mères poules
Tu n' vas jamais aux collections
Tu préfères coudre un peu d' bonheur
Dans notre carrée et faire ton rond
Loin des ballots et d' leur système
T'es là jusqu'à la fin des temps
A m'écrire le courrier du coeur
Tu m' lâches s tout juste pour que j'aie l' temps
De faire une chanson et dire que j' t'aime
Ça m' va
Ta prison dorée
Ta bouche adorée
En guise de serrure
Ça m' va
Tes plats mijotés
Tellement qu'on dirait
Manger d' la luxure
Ça m' va
Ton air bienheureux
Qu'ont les amoureux
Qui restent fidèles
Ça m' va
Qu'on puisse dire un jour
"Et quant à l'amour
Il n'a aimé qu'elle..."
11:39 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20/04/2006
Préface (Léo Ferré)
La poésie contemporaine ne chante plus... Elle rampe. Elle a cependant le privilège de la distinction... Elle ne fréquente pas les mots mal famés... elle les ignore. On ne prend les mots qu'avec des gants : à "menstruel" on préfère "périodique", et l'on va répétant qu'il est des termes médicaux qui ne doivent pas sortir des laboratoires ou du Codex.
Le snobisme scolaire qui consiste, en poésie, à n'employer que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu'ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baisemain.
Ce n'est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baisemain qui fait la tendresse. Ce n'est pas le mot qui fait la poésie, c'est la poésie qui illustre le mot.
Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s'ils ont leur compte de pieds, ne sont pas des poètes, ce sont des dactylographes.
Le poète d'aujourd'hui doit appartenir à une caste, à un parti ou au Tout-Paris. Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé.
La poésie est une clameur. Elle doit être entendue comme la musique. Toute poésie destinée à n'être que lue et enfermée dans sa typographie n'est pas finie. Elle ne prend son sexe qu'avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l'archet qui le touche.
L'embrigadement est un signe des temps. De notre temps les hommes qui pensent en rond ont les idées courbes. Les sociétés littéraires sont encore la Société. La pensée mise en commun est une pensée commune.
Mozart est mort seul, accompagné à la fosse commune par un chien et des fantômes. Renoir avait les doigts crochus de rhumatismes. Ravel avait une tumeur qui lui suça d'un coup toute sa musique. Beethoven était sourd. Il fallut quêter pour enterrer Béla Bartok. Rutebeuf avait faim. Villon volait pour manger. Tout le monde s'en fout...
L'Art n'est pas un bureau d'anthropométrie !
La Lumière ne se fait que sur les tombes...
Nous vivons une époque épique et nous n'avons plus rien d'épique.
La musique se vend comme le savon à barbe.
Pour que le désespoir même se vende il ne reste qu'à en trouver la formule.
Tout est prêt :
Les capitaux
La publicité
La clientèle
Qui donc inventera le désespoir ?
Avec nos avions qui dament le pion au soleil,
Avec nos magnétophones qui se souviennent de "ces voix qui se sont tues",
Avec nos âmes en rade au milieu des rues,
Nous sommes au bord du vide,
Ficelés dans nos paquets de viande,
A regarder passer les révolutions.
N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant dans la Morale,
C'est que c'est toujours la Morale des autres.
Les plus beaux chants sont les chants de revendications
Le vers doit faire l'amour dans la tête des populations.
A L'ÉCOLE DE LA POÉSIE ET DE LA MUSIQUE ON N'APPREND PAS
ON SE BAT !
10:01 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
16/04/2006
Passage de Milan (Michel Butor)
L'abbé Ralon se pencha à la fenêtre. Il y avait Paris tout autour, séparé par une fausse muraille de brumes et de fumées couleur de teinture d'iode, de châtaignes et de vieux vin, après un vague espace vide apparemment, (sauf deux arbres maigres, élégants malgré tout, ayant déjà poussé quelques feuilles, enfermés par des palissades couvertes d'affiches), où l'attention découvrait des planches usées, des madriers, des lattes, et puis des pierres et des ferrailles, matériaux plus jamais utilisables, penserait-on, lentement polis par les seuls vents, et rongés par la seule poussière.
*p... de première phrase de premier roman !!!!!!*
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25/03/2006
Préface pour un livre d'eaux-fortes de Jean de Bosschère, A. Artaud
Il y a encore des gens pour croire par exemple que les mots ont un sens, et que ce qui fait le sens d'un mot c'est le texte, comme si l'on ne devait pas toujours compter avec la perte, c'est-à-dire l'impuissance, les fuites, et par contre-coup le resserrement et le désespoir.
10:20 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18/03/2006
La Méthode, 4. Les Idées (Edgar Morin)
Les idées générales deviennent de plus en plus désincarnées dans la culture humaniste. L'intellectuel affronte de moins en moins la résistance du réel. L'essayisme risque de plus en plus l'arbitraire, l'extravagance, l'aveuglement. Du côté scientifique, le spécialiste récuse les idées générales parce qu'il les croit nécessairement creuses. Mais la récusation des idées générales est la plus creuse des idées générales. Et, du reste, nul spécialiste n'échappe aux idées générales : nul ne peut se passer d'idées sur l'univers, la vie, la politique, l'amour. Finalement, loin de réduire les idées générales creuses, le règne des spécialistes les accroît.
Ajoutons que les carences cognitives s'aggravent au sein de la sphère techno-bureaucratique, qui étend son emprise sur nos sociétés, et dans laquelle est désormais immergé le plus gros de la culture scientifique. Là, au sommet de la compétence cognitive, trône non tant "le professionnel" qui exerce avec conscience et expérience son métier, mais "l'expert", censé produire le diagnostic pertinent à partir de son savoir seulement calculateur et strictement spécialisé. Tout ce qui échappe à la raison calculatrice échappe à l'entendement de l'expert, dont la déraison principale est de ne pouvoir connaître la déraison humaine.
14:19 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18/01/2006
Le journal du séducteur, Sören Kierkegaard
Ce titre [*] est en parfaite harmonie avec tout le contenu. Doué d'une capacité extrêmement développée pour découvrir ce qui est intéressant dans la vie, il a su le trouver et, l'ayant trouvé, il a toujours su reproduire ce qu'il a vécu avec une veine mi-poétique. Son journal, par conséquent, n'est pas historiquement juste ni un simple récit, il n'est pas rédigé au mode indicatif, mais au mode subjonctif.
[*Comentarius perpetuus]
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