22/07/2009
La ville qui n'existe pas
Chaleur du désert.
Il fait entre 35 et 39° l'après-midi, ce qui reste supportable, nous disent les locaux : d'ici quelques mois, ce sera plus chaud et très humide, étouffant. Pour l'heure, dans la poussière des travaux, les ouvriers indiens ou pakistanais se couvrent la nuque d'un foulard, se masquent le visage pour échapper au soleil, à la chaleur et au sable.
Ce qui était une ville en perpétuelle construction gît, quasi-immobile. Pas de piéton, un flot de voitures, depuis les petites japonaises jusqu'à l'énorme 4x4 américain.
Ici, tout devait être plus grand, plus haut, plus "beau". Plus riche.
L'internationale consumériste s'y dévoile dans des malls immenses, enfilades de boutiques hyperlumineuses autour de patios béants et d'escaliers mécaniques rutilants. Mais désormais s'ennuient les quelques vendeurs (indonésiens, d'Europe de l'Est). L'absence de touristes, de badauds, est frappante : hangars propres et achalandés rendus à leurs dimensions, inhabités.
Ces centres commerciaux, ces hôtels dessinent une Las Vegas de pacotille (stuc au carré, donc), sans les casinos, désastre écologique de climatisation forcée, de peinture dorée, de marbre et de modernité kitsch. Le jardin intérieur du Grand Hyatt, par exemple : trois coques de navire au plafond, un jeu d'eau courante et de cascades serpentant autour de la vision hollywodienne d'une oasis.
Devant cette supercherie en milliards de pétrodollars, le muezzin s'efface. Qui l'entendrait, derrière les troubles vitrages ?
Le sable du désert s'est vitrifié en buildings à l'arrogance perdue.
Il attend de reconquérir Dubaï.
14:39 Publié dans Détours du monde | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : dubaï









Commentaires
J'y étais il y'a peu de temps, et il faut bien avouer que ça m'a inspiré les mêmes sentiments.
Merci pour ce texte qui nous offre une vision de cette ville sûrement plus juste que tout ce qu'on en entends ça et là.
Amitiés d'un futur ex freeman
PS : Proverbe émirati : Mon grand père voyageait à dromadaire, mon père se déplaçait en voiture, je parcours le monde en jet privé, mon fils voyagera à dromadaire
Ecrit par : Darkside of the moon | 23/07/2009
Superbe évocation, qui laisse un étrange goût amer.
Ecrit par : Lizou | 27/07/2009
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