24/10/2008
L'effet "quand" tique
(suite du précédent)
Mercredi, lendemain de cette étrange soirée à l'opéra, nous nous sommes faufilés, en heure creuse, à l'exposition "Picasso et ses maîtres".
Ce ne sont pas les chiffres qui m'importent ici. Ceux dont la presse nous a rebattu les oreilles. Le seul intérêt qui j'y trouve, est cet engagement de l'Etat d'assurer les oeuvres les plus chères : je suis heureux que cela permette de mettre en regard des pièces si majeures.
"Mettre en regard" se lit ici à plusieurs niveaux.
Par thématique, les oeuvres de Picasso aposées à celles de ses prédécesseurs, dialoguent, conversent, débattent, s'affrontent.
Face à "La Coiffure" de Renoir (1900-1901), "La Coiffure" de Picasso (1906). Mais si Renoir porte le regard sur la femme coiffée, et sa chevelure encore lâche, Picasso insiste sur le geste de coiffure par la servante, et la tresse en cours d'achèvement, pendant que la duègne sans visage admire un invisible reflet dans son petit miroir.
A "Saint François d'Assise dans sa tombe" de Zurbaran (1630-1634) répond la toile cubiste "Homme à la guitare" (1911-1913). Sujets différents, traitements sans comparaison possible, et pourtant construction identique, dialogue évident.
Ce ne sont que deux exemples, parmi d'autres.
Je craignais que cette exposition ne soit qu'informative, démonstrative, une juxtaposition de toiles partageant des thèmes communs.
Elle est beaucoup plus que cela.
Elle est l'épreuve du talent de Picasso face à ses très grands prédécesseurs.
On y voit à la fois d'où part Picasso, comment il se tient dans son époque, sa recherche picturale et sa position dans le monde : vitale, voire vitaliste, celle des petits, des habituels seconds couteaux, servie par une réflexion permanente.
Une des plus belles expositions qu'il m'ait été donné de voir.
(mais quelle foule !)
20:15 Publié dans Paris rêvé, vécu, vu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : picasso, maitres, exposition, peinture
16/10/2008
L'effet cantique
Un week-end en semaine, ou tout comme.
Mardi, nous sommes allés voir Rigoletto, à l'Opéra Bastille. Orchestre, places légèrement de côté à gauche (en regardant la scène), au sixième rang.
Rigoletto, je le connais assez. J'ai écouté des dizaines de fois la version de D. Fischer-Dieskau - Renata Scotto - Carlo Bergonzi, sous la direction de Rafael Kubelik. Je l'ai vu aux Chorégies d'Orange en 2001, sous la direction de Marco Guidarini, avec une Kathleen Casselo éblouissante en Gilda, dans une belle mise en scène de Paul Emile Fourny ; et, déjà, à l'Opéra Bastille, avec Leo Nucci (extraordinaire, bien qu'un peu cabotin) dans le rôle-titre, Ruth-Ann Swenson (ah c'est terrible, ces chuitements à l'américaine sur de l'italien !) et surtout Whilard White en Sparafucile, un choc immense. Déjà dans la mise en scène de Jérôme Savary.
La soirée fut bonne mais pas enthousiasmante.
Daniel Oren conduisait son orchestre bizarrement, alternant une certaine mollesse (très décevante attaque de l'ouverture), jouant avec le volume sonore en dents de scie ("et je remonte le son" quand aucun chanteur n'a de notes, "et je rebaisse le son" quand chant il y a), très désagréable, limite en décalage. On n'est pourtant pas à une table de D.J.
Quelle tristesse, aussi : la mise en scène de Jérôme Savary a vieilli ! Elle est devenue lourdinque, le décor envahissant, la symbolique terne, sans intérêt ! Oscillant entre la maison des Schtroumpfs pour le décor et... rien pour la conduite d'acteurs ou des choeurs. A ranger aux oubliettes...
Kristinn Sigmundsson, en Sparafucile, est à oublier très vite : voix creuse, sans souffle, débit haché, aucune fluidité. Je sais, je compare à Whilard White. Mais même si le second est exceptionnel, là j'ai été vraiment très déçu !
Mon opinion sur Juan Pons, en Rigoletto, est incertaine : j'ai simplement cru qu'il était mauvais au début de la représentation (débit haché, entrecoupé, toujours en force, sans nuance, limite gueulard, immobile sur scène, ...) mais ses évidentes difficultés à se déplacer (au point de manquer tomber dans la dernière scène du dernier acte...), le nombre de fois où il s'est passé la main sur le visage (pour s'éponger) et surtout son terrible geste d'impuissance lors du salut me font penser qu'il était très fiévreux. Avis réservé, donc.
Stefano Secco, en Duc de Mantoue, est techniquement très bon, mais, comme me Elle me l'a fait remarquer dans l'air culte "La donna e mobile", "il ne s'amuse pas"... ce qui est dommage dans ce rôle en général et à ce moment-là en particulier.
Heureusement, Ekaterina Syurina est une Gilda très fraîche, intense, une voix irradiante et un évident plaisir de chanter. Elle a clairement emporté la soirée tant musicalement que dans le coeur du public.
Bref, une soirée typique à l'opéra, où l'agencement identique de pièces ne produit pas le même résultat chaque soir.
15:00 Publié dans Paris rêvé, vécu, vu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rigoletto, opera, bastille, paris
10/10/2008
Les arbres, le ciel, tout ça
Note publiée pour la première fois le 10 mars 2006.
Ce qui n'était pas prévu, c'est que toutes les crises auraient lieu au même moment.
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Présentation des comptes de la Compagnie avant-hier.
Un commentaire du directeur-général : "Notre métier, c'est de gérer les risques. Or nous savons qu'il y aura une crise des actions, un crise de crédit et une crise immobilière. C'est le fonctionnement des cycles économiques. Ce que nous ne savons pas, c'est : quand ?"
Le directeur financier groupe : "Ce que nous apprennent les séries statistiques que l'on a, sur vingt ou trente ans, c'est que plus loin dans le passé est la dernière crise de crédit, plus forte sera la prochaine." Et ça ne concerne pas que la crise de crédit...
Un cycle économique dure une dizaine d'années (cycle de Kondratieff).
La crise des matières premières, on est en plein dedans.
La dernière crise des actions remonte à 2000. Ca laisse un peu de temps : on va atteindre la pleine phase de hausse.
La dernière crise obligataire (ou de crédit) remonte à 1995-96 (crise asiatique, etc.). On n'est pas loin des dix ans...
La dernière crise immobilière remonte aux années 1990. Sur un cycle de 10 ans environ, on est déjà très en retard...
Et aujourd'hui, gros dossier dans l'Express sur l'atterrissage de l'immobilier, la dégradation de la solvabilité des ménages, etc.
CQFD.
10:25 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
La montre musicale d'Ennio Morricone
Je cherche le stylo-plume noir de mon grand-père.
Un Montblanc obsolète, assoiffé d'encre, système à pompe. Le corps fuselé en Bakélite, arêtes franches, et un éclat à l'extrémité
Je pense à cette chanson de Nougaro : "J'ai perdu le Montblanc dans la neige, Celui qui tu m'avais offert".
Ce que l'on ne vit pas ce jour ne peut être que passé. Au comptoir de l'éternité, il n'y a pas de remise qui vaille, l'étendue ne se replie pas.
Ce stylo, urgence, saisissement de l'instant.
Pour qu'il soit.
(Pour qui le soi ?)
Il est temps.
07:21 Publié dans Paris rêvé, vécu, vu | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
07/10/2008
La recherche du temps perdu
Depuis quelques jours, et devant l'échéance du 31 janvier 2009, nous nous penchons avec intérêt sur les annonces de locations d'appartement à Paris.
J'avais oublié les subtilités du langage immobilier...
"7eme étage" : à Paris, à quelques exceptions près (XIIIe, XVe, ...), les immeubles n'ont que six étages. Plus les chambres de bonne. Donc : chambres de bonne réunies, c'est-à-dire des appartements froids en hiver, chauds en été, aux murs en biais (pratique pour les cadres...), des m2 perdus sous les fenêtres étroites.
"duplex" : enlever 8 m2 environ pour l'escalier (4 par étage)
"atypique" : biscornu
"bon plan" : un truc bizarre, qui ne correspond ni au plan en étoile rêvé (toutes les pièces distribuées depuis l'entrée, aucune place perdue), ni au long couloir typique des immeubles hausmanniens
"charme" : petit
"beaucoup de charme" : petit et faible hauteur sous plafond
"clair" : sombre
"le charme de l'ancien" : peintures du début du siècle précédent, salle de bains minuscule sans aération, cuisine large comme un seul homme
"remis à neuf" : une couche de peinture blanche et un bac à douche Conforama. L'électricité aux normes ? Vous plaisantez !
"immeuble récent" : dans le pire des cas, années 60, avec chauffage au sol et convecteur "grilles-pains", simple vitrage, charges exorbitantes; dans le moins pire, années 90, chauffage et eau chaude électriques, ce qui n'empêche pas des charges d'un minimum de 150-200 euros par mois (faut bien payer le plip et le double digicode)
"double vitrage" : car le boulevard est un des plus circulants de Paris...
"chambres au calme" : salon au bruit
"XX m2 environ" : enlever 5 à 10 m2 pour la surface réelle
Et le pire, ce sont les annonces de particuliers :
"sérieuses garanties demandées" : je suis certain que les salariés de Lehmann Brother France avaient des tas et des tas de garanties...
"caution solidaire" : vous êtes mariés, employés en CDI ou fonctionnaire, vous gagnez plus de 5000 euros par mois (à deux), mais je veux aussi la caution de vos parents retraités...
"location courte durée" : je vous fais un contrat de faux meublé (un an maximum), renouvelé chaque année, pour avoir une meilleure déduction fiscale
18:55 Publié dans Paris rêvé, vécu, vu | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : paris, appartement








