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25/03/2008

Fractions de la quatrième dimension

Jour de semaine, fin de journée. La musique aux oreilles : Jacques Brel. La rame arrive, je monte. Face à moi, pendant quelques instants, je vois... Jacques Brel, époque des Maldives (cheveux mi-longs, raie de côté, ...). Sursaut. En fait non, juste un homme qui lui ressemble beaucoup. L'ouïe et la vue ensemble : l'image devient imaginaire.

 

Jour de week-end, le coiffeur. Ciseaux, tondeuse, rasoir. Et l'angoisse diffuse au ventre, pendant toute la coupe. La main de la jeune coiffeuse qui n'arrête pas de trembler. Attention ma nuque !

 

Jour de week-end, le dimanche. Un corps de petite fille de treize mois, habité de peurs, d'angoisses et d'appels. Petit monstre grognant, criant et hurlant. Tout ce qui passe à sa portée se retrouve au sol. Le "diable de Tasmanie" aurait trouvé sa maîtresse. C'est si triste pour la maman, si épuisant pour tous !

 

Tout cela en si peu de jours : le printemps s'évacue dans d'invisibles sphères en décalage, la réalité se joue en dérapages.

 

Ex-action

Lutter contre l'ennui administratif - celui de 9h30-17h -, contre l'inanité du "business", la versatilité des consignes, l'immobilisme des objectifs, la vacuité des enjeux stratégiques.

 

Le quotidien ouvré s'étale, s'étire, s'étend - tension et résistance élastiques.

 

Le soir, la vie, trois, unies dans la ville grise d'agressivité, urbaine triste et désirable à la fois.

 

"Il y a le ciel, le soleil et la mer."

 

Evader la nuit.

21/03/2008

Le citoyen, l'Etat et la mort (2)

Encore un excellent billet de Maitre Eolas, sur la situation légale actuelle.

 

A lire aussi, la tribune de Marie de Hennezel dans le Monde, sur les soins palliatifs en France.

 

[Edit du 27 mars : Et une autre tribune, le 27 mars, d'un professeur de droit (sur l'aspect juridique de la chose, donc), toujours dans le Monde.

 

Le débat sur le suicide assisté ne peut être pris sous l'angle seul de la souffrance - car la réponse est alors palliative - ni sous l'angle seul d'une "liberté/volonté personnelle" qui s'imposerait à la communauté.

 

Hors nos égoïsmes et nos peurs les plus intimes, la question reste fondamentale : le droit que j'ai de disposer de ma vie peut-il obliger l'autre à m'aider activement à mourir, autrement dit à me tuer ?]

20/03/2008

Le citoyen, l'Etat et la mort

(vrac)

Sous-jacent : même si le citoyen peut agir sur sa vie, et l'interrompre, l'Etat peut, sans empiéter sur cette liberté, considérer que la vie d'un citoyen a une valeur en elle-même et pour la communauté, qui justifie qu'il intervienne pour limiter le plus possible la commission du suicide. L'Etat peut-il protéger les citoyens contre eux-mêmes ? Cf. internement psychiatrique, même si la question de "soi-même" en psychiatrie est non résolue (un psychotique est-il "lui-même" ? -> le "discernement aboli" en droit). Par extension, toute politique de prévention ?

Un citoyen "en bonne santé" peut-il mettre fin à ses jours ? Oui. A la fois dans les faits et dans le droit.
Quel rôle pour l'Etat ? Préventif du suicide ?

Un citoyen malade mais curable peut-il mettre fin à ses jours ? Oui. Idem.
Quel rôle pour l'Etat ? Préventif du suicide, curatif de la maladie ?

Un citoyen malade, incurable et dont on ne peut soulager la douleur peut-il mettre fin à ses jours ? Oui.
Quel rôle pour l'Etat ? Accompagner l'acte de suicide en soulageant la douleur, mais sans intervenir sur l'acte mortel lui-même. Cf. loi Léonetti. Autre problème : cette loi revient à dire que la volonté du malade est constitutive d'une "excuse de suicide" pour les praticiens qui, par un acte physique, interrompront les traitements. "Interrompre les traitements" n'est pas considéré comme un acte directement létal.

Un citoyen malade, incurable, incapable d'agir ? Théoriquement oui, mais il ne peut le faire. Il demandera donc de l'aide.
Quel rôle pour l'Etat ? Est-il un rôle possible de l'Etat qui soit actif, dans l'accompagnement vers le suicide ? "L'excuse de suicide" va-t-elle jusqu'à l'accomplissement de l'acte directement létal ?
Quelle valeur a "la volonté de suicide" au filtre de l'insupportable douleur ? Nécessité d'agir sur la douleur AVANT : le discernement, la volonté ne doivent pas être parasitées.

 

L'Etat peut-il, doit-il prendre en partie à sa charge le surgissement du Réel (de la mort), en organisant un Imaginaire (social) de l'assistance (et non de l'accompagnement, passif) à la fin de vie reposant sur le Symbolique de la loi ? (*)L'Etat, objet/sujet symbolique par excellence, agissant dans l'imaginaire et protégeant du réel ?

 

Est-ce son rôle ? La scène du suicide assisté dans "Soleil Vert" est-elle dans le rôle de l'Etat ?

 

 

 

Est-il dans le rôle de l'Etat d'accompagner par le dit législatif le chemin vers l'indicible absolu ? Et si oui, pour quels motifs ? Les dommages collatéraux du réel sur les autres membres de la communauté ? Dans quel objectif social ? Soulager celui qui part et ceux qui restent ? Un soin de confort ??!! Au nom de quoi protéger les autres de dommages en donnant la mort est-il recevable pour le suicide assisté et irrecevable pour la peine de mort ? Le "risque d'erreur judiciaire" n'est pas un argument recevable : un traitement pourrait apparaître plus tard et sauver celui qui voulait en finir, même logique. Donc ce n'est pas une question logique, mais une question de Valeurs. Donc de Sens. CQFD.

 

Le Sens de l'Etat peut-il aller jusqu'à assister la mort d'un citoyen, sans autre valeur que la volonté de la personne ? Accomplir la volonté d'un citoyen qui est incapable de passer sa volonté en acte est-il dans le rôle de l'Etat ? Version choquante : l'Etat doit-il se substituer aux citoyens pour accéder à leur désir ? Le Désir de l'un peut-il s'imposer comme Loi aux autres ? (**) (hors sujet : tiens, ça rappelle le diptyque Vengeance/Justice) (hors sujet : l'époque est à la toute-puissance...) (hors sujet : la guerre. Valeur : la défense de la communauté = il y a une valeur au niveau de l'Etat qui peut justifier l'intervention de l'Etat sur la vie privée) (hors sujet total : l'IVG. Pose la question de la définition de la "personne". Détecteur de cons : ceux qui feront le rapprochement IVG/euthanasie.)

 

Peut-on donner la mort par compassion et ne pas en porter le fardeau ? Ou en transférer le fardeau sur la communauté, c'est-à-dire sur tous, en s'imaginant ainsi le diluer, ce qui est faux ? (il n'y a qu'à voir les troubles chez les soldats retour de guerre, alors que la création de sens était présente et répétée au quotidien) (parallèle giraldien : le bourreau, définit par la société comme hors la société à cause de son rôle d'exécuteur des hautes oeuvres pour le compte de la société)

 

Extension : le "faire sens" judiciaire actuel est-il suffisant pour borner le réel de l'acte meurtrier ? => ce n'est pas une loi sur l'euthanasie qu'il faut, mais une "circonstance atténuante" ? Cf. jugement Humbert. Mais une "circonstance atténuante" impliquerait de définir le cadre dans lequel elle pourrait s'appliquer au juge => encadrer non pas l'acte létal (vous avez le droit de tuer) mais le processus qui conduit le responsable à décider d'agir (vous avez pris le droit de tuer, mais en mettant tout en oeuvre, conformément à la loi, pour vous assurer de n'être que l'agent de la volonté de la personne suicidée). Mouais... Cela dit, les Belges ont raison : la multiplication des étapes de procédure dissout la perception de la responsabilité de l'acte. Mais ça n'est que le cache-misère de l'absence de réponse à la question du rapport de la communauté et du desir de mort individuel.

 

Le monopole de la violence légale peut-il aller jusqu'à l'assistance au suicide ?

 

Autre approche : on pourra critiquer "assistance au suicide". L'euthanasie pouvant être vue comme la réparation d'un dysfonctionnement de la personne, qui ne peut elle-même mettre fin à ses jours. Renvoie à la toute-puissance, au désir de l'un comme loi des autres : en quoi/au nom de quoi/pourquoi l'Etat devrait-il se substituer à la capacité défaillante d'un de ses membres ? Illusion de l'égalitarisme à tout crin : s'il en était capable, il le ferait. il n'en est pas capable, l'Etat doit s'en charger -> l'Etat responsable des accidents de la vie ?! On retombe sur l'Etat remède au Réel ? Cf. la pénible rhétorique actuelle sur "le droit des victimes".

 

(A titre perso : comment articuler "compassion" et "donner la mort" dans une perspective chrétienne ? - hors sujet) (***)

 

(*oui, lacanien) (** freudien, aussi) (*** et croyant) Quand je vous dis que j'ai mes contradictions...

19/03/2008

Audacity of Hope

Je ne me sens pas, pour le moment, capable d'avoir des idées suffisamment claires pour parler de l'effroyable demande de Mme Sebire. [Edit à 23h : Mme Sébire a été retrouvée morte, chez elle. Les questions théoriques s'éteignent, au moins pour quelques heures.]

Je ne vois aucun intérêt à commenter le vide, le creux, l'inanité des joutes post-municipales, la nomination de ministricules dont on espère, surtout pour Nadine Morano, que ce sera l'occasion qu'ils ferment leur gueule et arrêtent de sortir des monstruosités.

Je me tamponne le coquillard de la chute des marchés, que j'ai annoncée depuis deux ans au moins, et dont la rationalité économique - c'est-à-dire ce qu'on ne lit que rarement dans la presse, et ne voit jamais à la télé - oblige à dire qu'elle n'est pas finie.

Les émeutes au Tibet ? Rien ne changera, avec ou sans boycott des JO, pardon, de la cérémonie d'ouverture des JO, une menace propre à faire peur aux dirigeants chinois, n'est-ce-pas... Ils doivent en trembler la nuit.

Mais il y a quelque chose qui m'a impressionné, aujourd'hui.

 

Je n'ai pas envie d'être ironique, anti-américain, si franco-français, quand je lis l'adresse de Barrack Obama à Philadelphie.

Je ne peux qu'espérer que cet espoir-là n'est pas qu'une envolée lyrique, que les moyens lui seront donnés de vivre et s'épanouir.

Lisez-le, en oubliant l'Irak, les multinationales, Monsanto et le reste.

 

07/03/2008

Abidjan (2)

(le début ici)

 

La lagune qui divisait la ville est désormais progressivement comblée. Pour commencer, des tombereaux de terre, qui se transforment en champs. Bientôt, c'est certain, des logements et des routes.

 

Cela donne une étrange allure au réseau actuel : routes surélevées, ponts qui n'enjambent rien de plus que le sol. L'allure en oscille entre la décadence d'un réchauffement climatique accéléré et la folie d'urbanistes amoureux de piliers de béton.

 

Les taxis rouges filent dans le chaos (et les cahots) des avenues. Ici, il y a des feux tricolores, qui fonctionnent. Mais ici, le soir tombé, la police ou l'armée sort et arrête les voitures - de préférence les taxis - en cherchant tout moyen "légitime" d'imposer une amende - de préférence en liquide et sans reçu. A Douala, on les appelait les "mange-mille" (billets de mille Francs CFA). Ici, pas de surnom, mais des kalachnikovs agressives. Que l'on soit ivoirien ou non n'y change rien.

 

Ne pas avoir peur de sa propre police : c'est peut-être cela, le confort de nos sociétés pacifiées.

 

A l'arrière de nombre de ces taxis, un surnom ou un slogan : "Bloffeur", "Sita ma fille aime", "Dieu t'écoute", peint en lettres appliquées, travaillées, presque gothiques, en blanc sur le pare-choc noir.

 

Une ville africaine : aux immeubles récents de six, sept étages, répondent les abris de tôles, les cases de planches des quartiers pauvres. Il n'y a qu'un pont de distance, et pourtant un monde.

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Ici, dès qu'on en a les moyens, on achète une parcelle et l'on construit en dur, en parpaings. Quand les finances sourient à nouveau, on rajoute un étage. Puis un autre, encore un, ainsi de suite. Rues entières d'immeubles aux façades peintes en rez-de-chaussée, inachevés du haut, comme si les immeubles s'évaporaient dans la chaleur humide de la lagune.

02/03/2008

Découvertes musicales (8)

Cela fait quelques temps que je tournais en rond, musicalement.

Et puis, par la grâce de Taratata, et bien que l'émission n'ait plus cette magie de l'époque France 2, deux découvertes. Et une troisième par une simple affiche dans le métro.

8a368a1356778e0890d337674b1ee474.jpgYael Naim. Vous connaissez ce nom, ou au moins la chanson-phare, depuis quelques semaines. Je l'ai entendue pour la première fois il y a plusieurs mois, dans une reprise au piano, époustouflante d'humour et de grâce, de l'insupportable Toxic de Britney Spears. Sur l'album du même nom (le premier qui dit "éponyme", tarte à la crème journalistique au moins aussi agaçante que "concrètement", sort !), une autre version de la même chanson, ou comment changer le plomb en or. La voix est douce, la femme est belle, ou l'inverse. Un album chanté en anglais et en hébreu, magnifique.

091776c87dc39460202cbc9861accf8b.jpgAsa. "Fire on the mountain" trace son chemin sur différentes radios. Une voix claire et chaude, un album léger aux influences folk et reggae. Les influences africaines, nigérianes, sont présentes bien que légères, comme une citation - rien à voir avec les scies à la Amadou et Mariam... Des titres en anglais et en yoruba, d'une musicalité tendre et accueillante.

96a5e134b3cf2e60e758757c99ef1774.jpgLizz Wright. Régulièrement, station Champs-Elysées Clémenceau, sur la ligne 13, un panneau affiche les concerts à venir du New Morning ou de la Maroquinerie. Je note les noms des artistes ; de retour à la maison, une rapide recherche sur iTunes et je tente l'écoute. Beaucoup ne me convainquent absolument pas - Renan Luce, Miky Green -, mais la magie opère parfois. C'est le cas avec The Orchard, album bluesy servi par la voix dense et légèrement voilée de Lizz Wright. Parfait le soir, après une longue journée, pour s'abstraire de la violence urbaine.

Et j'ai commandé un iPhone 16Go par une entremise américaine pour pouvoir stocker toutes ces musiques que j'aime (yeah !)...

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