29/08/2007
Quel est le coût de notre santé ?
On parle souvent du "trou de la Sécu", plus ou moins abyssal ; des franchises, des déremboursements, du nomadisme médical, ...
Mais j'avoue avoir été surpris lors de la sortie de Elle de l'hôpital.
Les dépenses étant prises en charge par l'Assurance-Maladie et la mutuelle, non seulement je n'ai rien payé (soit) mais je ne SAIS même pas combien cela a coûté.
Je ne peux que l'estimer à partir du prix de la nuit affiché dans la chambre : environ 850€ plus 60€ de chambre individuelle. Soit 5400€ pour le séjour. Auquel il faudrait, je pense, ajouter une échographie foetale aux urgences, une échographie rénale, les prescriptions, les analyses biologiques. Je suis incapable de dire si c'est "cher" ou pas, ne connaissant rien aux coûts réels d'un hôpital et ne faisant pas partie des poujadistes pleurnichards.
Je suis heureux d'être en France, qu'un tel système de protection sociale fonctionne aussi bien. Dans un autre pays, et à défaut de mutuelle, je ne vois pas comment de moins favorisés que nous auraient pu régler la note.
Mais je reste choqué de ne même pas savoir ce que cet incident a coûté à la collectivité.
Comment peut-on imaginer responsabiliser les usagers, si on ne leur communique pas le coût réel de leur santé ?
16:13 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : hopital, assurance maladie






Commentaires
Depuis peu les établissements hospitaliers sont rémunérés sur la base de la tarification à l'activité (T2A), c'est-à-dire qu'ils touchent une somme forfaitaire pour un séjour d'un patient atteint d'une affection donnée. Ils se débrouillent avec ça pour gérer l'ensemble de leurs frais.
C'est horriblement complexe puisque ça dépend aussi de systèmes de péréquation d'une année sur l'autre, de gestion des prescriptions et consultations supplémentaires, des contraintes géographiques, de tarifications spécifiques pour les missions de santé publique, de suppléments journaliers si une surveillance continue ou particulière est nécessaire (dans le cas de la demoiselle je ne pense pas), du nombre de patients et d'urgences traités par l'établissement dans l'année, du type d'établissement, etc., mais le tarif de base pour une "infections des reins et des voies urinaires, âge de 18 à 69 ans, sans CMA (complication et morbidité associée)", c'est 1719,38 euros en 2007. Je pense que ça comprend aussi le prix de base de la chambre, sans les suppléments d'hôtellerie.
Les 850 euros par nuit ne doivent concerner que les personnes non affiliées à la sécurité sociale française. Ca doit être ce que coute en moyenne une patiente, par jour, dans cet établissement. Enfin, je présume.
Si ça t'intéresse, ça se trouve là : http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnTexteDeJorf?numjo=SANH0720916A# . 78 pages. Ils ne se sont effectivement pas mis à la portée du contribuable de base, d'autant que les sigles utilisés ne sont bien évidemment pas traduits dans les textes juridiques, ni même dans la plupart des documents d'information proposés par le site de la sécu. Ils ont raison, c'est pas drôle quand c'est trop simple.
Écrit par : oleg | 30/08/2007
> oleg : wow ! intéressant commentaire !!
Si je comprend bien la structure de la tarification T2A, et en simplifiant, on se trouve devant un modèle de rémunération fixe annuelle forfaitaire au nombre d'actes de l'année passée, plus une rémunération variable par acte réalisé en 2007.
Autrement dit, un système où l'on sépare les coûts fixes (en partant du principe que le nombre d'ATU est grosso modo lié à la taille et à la structure de l'hôpital) et le variable lié à l'activité. Plus, on "moyennise" le variable, en ne comptant plus les petites cuillers, c'est-à-dire en ne comptant pas, du point de vue de la Sécu, le fait qu'il a fallu 8 perfusions le premier jour et 4 le deuxième pour la patiente A, et deux fois 5 pour la patiente B atteinte de la même affection : les deux patientes seront facturés identiquement.
C'est pas con du tout, ça.
Stratégiquement, cela veut aussi dire que les hôpitaux ont intérêt à se regrouper (diminution des coûts fixes à nombre d'ATU équivalent) et à se spécialiser (diminution des coûts variables pour chaque acte, dans une certaine limite).
Effets pervers possibles : il faut une très grande stabilité des coûts historiques et futurs pour que le système fonctionne. Si un coût non négligeable explose (l'énergie, par exemple), ça peut remettre tout l'équilibre en cause... De même, il faut une grande stabilité de la structure des patients pour une affection donnée : si tout à coup, la moyenne (séjour de 4 jours, par ex.) ou l'écart-type change, ça déséquilibre le système.
Exemple : si "une grippe" est facturée 1000 euros avec en moyenne 2 jours et max. 4 jours à l'hôpital, et que la grippe espagnole (ou aviaire, tiens, amusons-nous à nous faire peur) arrive, avec en moyenne 10 jours et max. 30 jours à l'hôpital, le système explose.
Autre effet pervers théorique : si ce système incite les équipes à trouver de meilleurs compromis thérapeutiques, puisque la facturation sera la même pour l'affection, il faut faire attention à ne pas dégrader la qualité de soins des patients (morbidité, surinfection, ...). Mais cet effet pervers est circonvenu par les statistiques de long terme sur la guérison/rémission des patients atteints de telle affection et par le fait que "peu" d'hôpitaux font de la recherche.
Autrement dit, on passe d'un système administré à un système de "liberté sous contraintes fortes", d'autonomie (relative) de moyens et d'actions dans le cadre de procédures de maîtrise (les protocoles) et sous surveillance des résultats. Très management moderne.
Quel changement !
Mais bon sang pourquoi personne ne nous explique-t-il tout ça ?
Écrit par : Jerome | 30/08/2007
C'est un peu ça qui me choque, chaque fois que je fais appel à la "Sécu". A l'hopital, je n'ai rien à payer, au labo non plus, et à la pharmacie, une carte verte me donne mes médicaments, mes anxyotrucs, et je n'ai jamais su combien ça me coutait. J'aimerais qu'on me le dise, histoire de savoir combien ma santé me coute. Ca donne une impression de gratuité, alors que tout ça a forcément un coût.
J'ai étudié plusieurs systèmes de santé anglophones, et en comparaison, le français, même complexe, est de loin le meilleur.
Bientôt au Canada (dimanche), je crois que cette simplicité, et cette santé "pas cher" mais de qualité (22 EUR le généraliste, environ 100 EUR en Amérique du Nord), va me manquer.
[Contente qu'Elle et le "bonheur" aillent mieux ;-)]
Écrit par : Mélis. | 30/08/2007
Mélis, si vous regardez vos décomptes d'assurance maladie, vous savez combien vos médicaments, vos analyse, etc. ont coûté à la sécu, idem pour les différents actes en clinique. cf : "réglé au destintaire clinique machin : xxx€"
Écrit par : Régine | 30/08/2007
Entre ce que je cotise chaque mois et ce que "j'utilise" (50 euros à tout casser cette année...), y'a un gouffre.
Mais je n'en ressens aucune amertume.
Je préfère ce système solidaire à un système libéral où seuls les mieux nantis peuvent "se permettre" de tomber malade ou d'avoir un accident.
Écrit par : Elise | 31/08/2007
> Régine : oui, mais on ne le lit pas, et on le reçoit des semaines après !
> Elise : pareil. Je bosse depuis plus de dix ans, je n'ai jamais pris une journée d'arrêt-maladie, suis rarement tombé malade et, hormis la coloscopie, ne fréquent pas assidûment les hôpitaux. Et je suis content de cotiser quand je sais que ça aide, a aidé, nos grands-mères à être bien soignées.
Le seul hic, c'est : ce système existera-t-il encore quand nous commencerons à vieillir ?
Écrit par : Jerome | 31/08/2007
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