27/07/2007
All that jazz ! (New-Orleans, stage 5)

La nuit tombe. Nous sortons de l'hôtel pour découvrir Bourbon Street. Le choc n'est pas celui qui nous espérions.
Quelle décalage entre la ville rêvée et la sinistre réalité !
Bourbon Street est une longue rue en décadence finale, hormis une "maison de jazz" cultivant des restes de nostalgie. Tout le reste n'est que foule errant sans but, néons vulgaires, spectacles de strip-tease, bières vendues par gobelets plastique de demi-litre, bars laids, sans décoration, bruyants de la pire pop mal rechantée en direct (MC Hammer, c'est dire...) !
L'oeil est constamment agressé de placards de femmes dénudées, certaines même réelles, en maillot de bain sur le pas de la porte pour attirer le chaland alcoolisé. L'oreille subit la cacophonie de mauvaises musiques dégueulant des bars. Le nez souffre de l'immonde odeur à mi-chemin entre l'eau stagnante et le vomi : ce sont les poubelles vidées qui exhalent ce détestable parfum, au point qu'à chaque poubelle enlevée, un employé pulvérise une giclée de désodorisant désinfectant - son effet ne dure que quelques minutes, dans la chaleur tropicale de la baie.
Les trois agressions mêlées forment l'image décadente d'une Sodome et Gomorhe de pacotille pour prédicateur enragé. Delenda est Cartago : certains de ces illuminés ont même appelé le cyclone "un châtiment divin"...
La déception est immense, submergeante. Quoi ?! Ce serait cela, La Nouvelle-Orléans ?
Heureusement, pas uniquement.
10:28 Publié dans Détours du monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : voyage, nouvelle-orleans
26/07/2007
Ecriture automagique : de Paris à Caen
La poétique du désir est une fonction inverse du temps comprimé : quand la seconde s'envole vers l'infini, il n'est plus trace de grammaire, à peine de mots, plutôt de quelques sons, de gorge ou de mains, ballet des éphémères.
Rossignol chantant à l'oganisation du monde : l'oiseleur au filet prend l'air musical, envole son vocabulaire.
Ceci n'est pas une note, dit-elle ; à rebours du commencement : c'est cela qui m'ensorcElle, la collection petit-cailloutesque des notes in-scansées.
Par l'aléatoire des vertiges se dessine panorama la champignonnière glauque des nébuleuses béton : à chaque fenêtre sa touche, clavier lumineux phare sonore des cantates incorporées.
Que la grammaire soit : et la musique fut.
17:05 Publié dans Expéri-mental | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
All that jazz ! (Paris - New-Orleans, stage 4)
Le trajet entre l'aéroport Louis Armstrong et la ville ne prend que quelques minutes.
Oui, nous sommes bien en Amérique : routes à quatre voies (dans chaque sens), échangeurs sur trois hauteurs de pylônes de béton, la gueule allongée des trucks rutilants. Tout cette circulation irrigue le centre ville où pointent vers un ciel balafré les têtes carrées de quelques buildings.
L'hôtel retenu est en plein quartier français : Bourbon Street. Couvrant la moitié d'un block, ses façades en brique abritent un patio arboré - et moite - et, au troisième niveau, une piscine en plein air - moite aussi.
En fait, tout est moite, l'air est caribéen ou presque.

Contrairement à mes collègues, j'aime bien ces hôtels luxueux un peu défraîchis, leur côté kitsch, presqu'assoupi. D'immenses couvre-lits molletonnés font écho aux fauteuils lourds à l'assise élimée. Le système de climatisation est bruyant, rudimentaire (off-slow-medium-maximum) mais offre l'option indispensable pour éviter les réveils nocturnes frigorifiés : le bouton OFF. La porte-fenêtre de la chambre donne sur un balcon commun et, au bout, sur la piscine. Mini-bar fermé à clé : nous sommes bien dans une zone touristique.
Au petit déjeuner, apparaîtra comme flagrant un des poncifs sur "les gens du Sud" : leur extrême politesse. Loin de l'accueil mécanique de New-York, pas un "good morning sir " qui ne soit suivi de "how are you today ?", pas un "thank you" acquitté par un "mmm mmm" en deux tons, ou un "you're welcome". Aucune sensation que cela est forcé, qu'il ne s'agit que d'un apprêt vernissant une éducation passable. Les gens ici sont réellement polis. Un vrai bonheur. C'est "Savannah" de Clint Eastwood.
Nous décidons une première balade nocturne, pour découvrir cette Bourbon Street refuge de nos imaginaires de jazz, de blues et de France abandonnée.
Le choc allait être rude.
14:05 Publié dans Détours du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : voyage, nouvelle-orleans
24/07/2007
All that jazz ! (Paris - New-Orleans, stage 3)
L'embarquement dans le MD-88 à destination de La Nouvelle Orléans une fois terminé, on se dit que nos déboires tirent à leur fin.
Que nenni !
Un orage (au sens américain : en Europe, on appellerait plutôt ça une tempête...) au-dessus du Texas perturbe toute la circulation aérienne. Austin est fermé, les vols sont déroutés.
Quinze minutes passent, l'avion s'est seulement écarté du sas d'embarquement et attend, immobile, inutile, ni au terminal ni sur le taxiway. Le commandant nous informe de l'origine du souci et de son incapacité à nous préciser l'heure de notre décollage : il y a VINGT avions en attente sur la piste Sud et DIX-NEUF sur la piste Nord.
C'est la première fois de ma vie que je vois un bouchon d'avions, de toutes tailles, de tous constructeurs, sagement alignés, à la queue-leu-leu, roulant au pas quand le premier de la file a fini de s'élancer, distribués sur les différentes bretelles d'accès à la piste d'envol en fonction de la longueur de piste qui leur est chacun nécessaire.
C'est à la fois magnifique (quel accomplissement humain ! quelle organisation rendue visible par les retards !), ironique (un simple orage est capable de désorganiser le balai mécanique du contrôle aérien...) et humble (des centaines de personnes, dans des dizaines d'avions - littéralement -, minuscules coffrages d'aluminium sur le sol béton de l'immense hub d'Atlanta...). Totalement américain.
Le décollage, enfin.
Vingt-deux heures pleines que nous sommes partis : voilà l'aéroport Louis Armstrong, la climatisation glaciale en contraste de la chaleur moite de la Louisiane perçue dans le "cordon ombilical" entre l'avion et le terminal. Il n'y a pas ici de "musique d'aéroport", mais du jazz, du blues, des voix chaudes et des trompettes étouffées. La salle fait "provincial", comparée à l'immensité de l'escale précédente.
En route vers la ville, pour une arrivée complètement inattendue.
11:55 Publié dans Détours du monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : voyage, atlanta, nouvelle-orleans
22/07/2007
Passage de Milan (Michel Butor)
Lassitude, l'inévitable.
Alors les mots les plus lointains cherchés expirent de platitude sur le silence qu'ils ne peuvent entamer mais salissent, comme une pierre lancée pour la briser sur la surface gelée de l'étang, et qui y reste.
10:00 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : butor, litterature
19/07/2007
Petits riens, en bien, en mal

En bien : on a découvert la meilleure glace du monde :-)
Le premier contact eut lieu un après-midi ensoleillé, au sortir de la première échographie. Une petite boutique-épicerie, des étagères d'eaux minérales (dont des millésimées !), de produits rares et la vitrine tentatrice d'un congélateur... Une marque inconnue (de nous), des parfums peu fréquents ("tiramisu" !!!), on craque.
Ciel ! Oh my God ! Carajo ! Crédiou que c'est bon !
Mais c'est PLUS que bon. C'est fabuleusement bon. Pas gras comme les Häägen Dasz, pas sucré/vanillé comme les glaces françaises, pas "saveur pure" un peu stérile comme les Berthillon : un miracle d'équilibre, de saveurs et de bonheur.
Deuxième contact : on en trouve au Monoprix... et sur Ooshop.
Youpi !!! (surtout après une dure journée)
En mal :
J'ai fait tomber l'ordinateur juste derrière, sur la photo. Pile sur un angle, heureusement sur un tapis, d'environ cinquante centimètres de haut.
Bilan : la coque en titane s'est fendu dans l'angle, le fond est légèrement déformé, le tour de l'écran (en titane aussi) est déformé, l'écran ne ferme plus.
Mais le Powerbook (de 2002) marche encore, tout fonctionne, même l'écran. Apple, c'est du solide...
On a eu de la chance... mais on n'a plus de "portable" (tant que celui de Elle est à Caen) !
Pff...

PS : un message secret pour Jean-Xanax s'est glissé sur la première photo. Sauras-tu le découvrir ? ;-)
18:40 Publié dans Voir, entendre, ressentir | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : movenpick, apple, powerbook, titanium, j2xmmufc
All that jazz ! (Paris - New-Orleans, stage 2)
L'arrivée à Atlanta se passe dans le cauchemar voulu par l'administration Bush pour être certain que Ben Laden ou Kim Jong-Il ne débarque pas d'un vol commercial, et pour s'assurer que les américains qui rentrent au pays ont de bonnes raisons de le faire.
A chaque voyageur - touriste ou professionnel - de pays considérés comme présentant un risque (en gros, tous, sauf la Suisse, peut-être), le questionnaire se transforme en interrogatoire, les trois minutes habituelles en un bon tiers d'heure. Parfois résonne l'appel à un traducteur, d'allemand, d'albanais, ou à un "superviseur" - le terme pudique qui cache le refus d'entrée sur le territoire.
Quand j'atteins la file du guichet n° 34, indiquée avec cette politesse automatique légèrement comminatoire de l'employé qui passe sa vie à jouer les aiguilleurs, il n'y a que deux familles et une personne seule devant moi.
Amérique latine et Afrique.
Environ une demie-heure d'attente patiente (par force !)... et au total, plus de deux heures trente pour passer l'immigration. La correspondance pour La Nouvelle-Orléans est partie depuis longtemps.
Nos billets échangés, nous nous retrouvons, un collègue et moi, enregistrés sur le prochain départ, dans moins de vingt minutes. Un métro rapide nous emmène d'un terminal à l'autre. Au comptoir d'accueil du vol, le personnel nous informe que nous sommes en liste d'attente, avec cependant la priorité d'accès que confèrent nos billets "Affaires" et nos statuts de Frequent Flyers. Un écran diffuse en continu les quatre premières lettres du nom des personnes en attente et l'ordre dans la file - ainsi que les règles d'attribution des priorités : je trouve ce système lumineux, bien loin de la gestion quasi-secrète et propice à tous les soupçons de nos aéroports français.
Nos noms s'affichent sans prévenir en premier et deuxième. Quelques minutes passent, nous avons été rétrogradés en deuxième et troisième positions, mais nous sommes finalement appelés à embarquer dans un MD-88 au mileage avancé.
Assis compact dans cet appareil étroit, le commandant nous souhaite la bienvenue, nous indique qu'il est en partance pour La Nouvelle-Orléans et qu'il espère que c'est bien là que nous allons aussi ! Cette gentille décontraction me fait sourire, et presque oublier que nous avons déjà plus de deux heures de retard sur le programme prévu.
Retard qui ne va pas se réduire, au contraire.
11:00 Publié dans Détours du monde | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : voyage, atlanta, nouvelle-orleans
16/07/2007
All that jazz ! (Paris - New-Orleans, stage 1)
Charles de Gaulle, 8h du matin.
Le nouveau terminal, accessible par navette, a la laideur fonctionnelle d'une zone partagée à parts strictement égales entre commerce (hors taxe) et sécurité. Au gris terne des portiques, anthracite des tapis défilant sous le jet continu des rayons X, répond la vulgarité crasse du clinquant d'un pseudo-luxe de marketing. Rose, or, argent, pilastres faux-bronze en temple cosmétique, le tout posé sur un parquet d'ersatz de bois : ces lieux n'existent pas, ces lieux n'excitent pas, un hors-la-vie dédié au culte du "sac plastique transparent refermable d'une contenance maximale de 1l" et à la cabale des quatre chiffres de votre Visa pucelée.
Boeing 767, plusieurs heures en parallèle.
L'immense chuintement sourd de l'expiration mécanique des réacteurs, de l'air glacé autour de la carlingue, ne berce ni n'endort. Le vol se perd en verticale des immensités arctiques - ou est-ce le caviar délavé d'une formation nébuleuse ? A 10 000 pieds mètres, cela n'a plus tant d'importance. Ni d'intérêt.
A l'inverse de l'Air France quasi-snob, la compagnie américaine a ceci de surprenant que l'on y est constamment servi - "attended". Presque trop : un verre vide, un réveil en creux, et déjà l'hôtesse est présente, le steward aux ordres. L'hilarité factice des voyages professionnels m'ennuie - jusqu'ici l'interdit du silence. Rien de tout cela n'est propice à l'envolée déconnectée, au surgissement libérateur des calligrammes obscurs.
Ce qui surgit est sur ma peau, mes paupières, mes mains, informulé de l'impensé, littéralement : la distance n'est qu'un contact, c'est le temps qui fuit pour un "dont acte" que je redoute et que j'attends. L'espoir d'une vie nouvelle, à plusieurs sens du terme, lui-même à plusieurs sens, mise en abîme des signifiants pour contourner, borner, le réel de ce qui va advenir par une ironique nativité du calendrier.
Par là, peut-être suis-je prêt pour le jazz, ready for the blues.
Voyageur de luxe dans l'univers des faux-semblants de compagnie.
14:15 Publié dans Détours du monde | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : voyage, roissy, nouvelle-orleans
Culinarium
Au menu ce week-end :
- côte de boeuf de Salers (what else ? comme dit George), tomates provençales
- lotte sautée aux fenouil et estragon, gros champignons de Paris au pistou
- poulet rôti au thym et à l'ail, haricots verts frais
- tarte aux abricots (du boulanger, en fait)
Côté vins : un rosé Côtes de Provence 2006 et un chateau potensac 1999
Résultat des courses : on s'est régalés.
Ah, et je ne vous ai pas encore parlé de la découverte de la meilleure glace que j'ai mangée à ce jour : Mövenpick.
06:55 Publié dans Paris rêvé, vécu, vu | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : movenpick, cuisine
14/07/2007
Mezzo voce
Il y a plusieurs semaines de cela, mon fournisseur d'accès (une ex-blonde) avait fait passer un sondage en ligne sur son offre de chaînes télé. Et notamment sur les absences regrettables.
J'adore le classique.
Et l'on ne peut pas dire, à part sur Arte pendant les festivals, que l'offre actuelle soit généreuse.
Hier, de retour des USA, un mail m'informait de la disponibilité de Mezzo.
Un saut sur le programme : "L'enlèvement au sérail" de Mozart (avec l'extraordinaire acteur Klaus-Maria Brandauer en sultan - le sultan ne chante pas), à partir de 15h55.
Mouais, de toute façon, si je clique sur "Valider", ça va bien prendre 48h minimum pour être activé.
Ah non. "L'activation est immédiate."
15h47 : vous êtes abonné.
15h55 : son télé renvoyé vers la chaîne hi-fi. Ca commence.
Je sens venir de grandes soirées musicales :-)

Spécial Folie Privée : un de tes chiens est un tout petit peu transgenre, non ?
10:00 Publié dans Voir, entendre, ressentir | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : opera, mezzo, classique





