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04/01/2007

Comment je me suis disputé... ou ma vie musicale

Disclaimer : note à prendre au moins au second degré, mon amour. 

 

Le souvenir nous en est revenu hier, attablés autour d'un barbecue coréen, avec le témoin de Elle de passage à Paris (et en France).

 

Notre plus grosse dispute, la plus violente et la plus longue (moi : "trente minutes ?", Elle : "non, deux heures"... Ayez confiance en nos compagnes pour se souvenir du temps passé avec la précision d'un chronomètre suisse branché sur l'horloge atomique).

 

Il nous arrive, comme à tous, de nous emporter, malgré l'excellence de nos caractères (surtout du mien), notre équanimité sans faille (surtout la mienne) et l'onctuosité de nos manières (surtout les miennes).
Mais parfois, le sang (italo-pied-noir tunisien chez elle) et un très léger embryon de capacité à la susceptibilité renforcé par une aptitude à négocier inscrite dans les gènes auvergnats-bretons-francs-comtois qui sont les miens font que, ben,

 

ça pète. Grave.

 

C'est bref, c'est intense, ses octaves volent à mille lieux au-dessus des miennes (pas ses arguments, soyons un peu sérieux). Et puis ça s'évapore, on se retrouve un peu bêtes, un peu ridicules et on se demande à quoi ça servait. La vie repart plus belle et de plus belle.

 

Ce jour-là, ça a été différent. Et beaucoup plus chaud.

 

Je n'ai aucun souvenir de pourquoi ça a commencé(*). Ni qui a eu le premier l'idée de ne rien dire, mais de balancer une chanson au visage aux oreilles de l'autre.

 

Mais dans les plus de 14 Go de musique, vous pouvez compter sur la perversité des paroliers pour ciseler des phrases qui font mal. Je ne parle pas seulement de Cali (C'est quand le bonheur ?) ou Louise attaque (Ton invitation). Ni de Black Eyed Peas (Don't phunk with my heart) ou Queen (I want to break free). Il y a en réalité des CENTAINES de chansons qui ont la faculté de se transformer en autant de flèches bien acérées, et au moins deux dizaines en véritables Scuds (référent daté so 90's, certes, mais vous voyez l'idée).

 

On aurait dû enregistrer la playlist.

 

Pendant deux heures, donc, assis l'un à côté de l'autre dans le canapé, main dans la main, chacun son tour sur le pauvre Powerbook, nous nous sommes envoyés aux oreilles tout ce que nous ne pouvions/osions/savions pas nous dire. Quelques secondes de chaque chanson suffisent à faire passer l'estocade. Certaines ont l'élégance du stiletto, d'autres la rudesse d'une gifle ; d'autres encore frappent chirurgicales pile là où l'on sait que ça fait mal. C'est encore pire que les mots, pire que les insultes. Tout y passe : reproches, peurs, angoisses, mauvaise foi, remarques assassines, critiques acerbes. Quelques plages d'humour aussi.

 

Version Amoco Cadiz/Exxon Valdes/Erika, la plage. (Choisissez votre décennie.)

 

Comment ça s'est terminé ? Je me rappelle avoir failli mettre une chanson qui, à ce stade-là de "la discussion", aurait eu, je crois, un effet tant dévastateur qu'irrémédiable. J'ai retenu mon geste et j'ai mis autre chose : une proposition de trêve. Un vrai coup bas. 

 

Avez-vous déjà eu ce sentiment de bifurcation ? Cet instant où vous sentez que le geste que vous allez accomplir, la parole qui est au bord de vos lèvres, la décision que vous allez prendre, vont changer le cours d'une ou plusieurs vies ? (Ou pas : évidemment, c'est indémontrable a posteriori...) Un monstrueux effet papillon, genre Godzilla au pays des fleurs ?

 

Elle a réagi ("salaud ! ça c'est un coup en traître !" ?) mais a accepté.

 

De tout cela je tire aujourd'hui deux enseignements :
1. faites attention, soyez prudents avec iTunes. Vous n'imaginez pas la perversité de cet outil mis au service d'une dispute. Même pour ça, il est ergonomique...
2. on aurait vraiment dû enregistrer la playlist. Ca s'enchaînait comme un ping-pong. Un vrai set, "les raisons de la colère" by DJ Furie. Mille chansons pour s'engueuler : indispensable pour un divorce.

 

"iTunes m'a tuer" ? Non, mais ce n'est pas passé loin.

 

(*Je suis sûr qu'Elle s'en souvient parfaitement...)

 

PS pour nos parents : c'était il y a plusieurs mois, pas de souci, tout va bien :-)

 

[Edit : sa réaction "Quelle mauvaise foi ! Et tu ne leur dis même pas que tu m'aimes, tu m'aimes à en crever...
... mes pneus pour que je reste là" (d'après Anaïs) !"]

Commentaires

Wahou! Ca c'est de l'engueulade culturelle!

Moi quand je pique une crise de mauvaise foi (en général assez régulièrement une fois tous les 28 jours), il préfère déserter le champ de bataille le temps que ça passe :D

Ecrit par : Elise | 05/01/2007

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