22/08/2006

A contre-jour

L'odeur faisandée d'une graisse de pluie s'étend sur le bitume ridé de la ville.

 

C'est le moment où la défaite gagne les platanes : à quoi bon ? autant tomber ! Effeuillés.
Peu à peu, l'exhalaison mortifère s'épand d'avenues en ruelles, d'impasses en ronds-points : on en vient toujours là, murmure-t-elle.

 

Les bus girent au ralenti de leurs essuie-glaces libellules. Les voitures se collent au cul, reconnaissance particulaire de canidés mécanisés. Les corps, morts, traversent, pauvrement abrités d'un auvent défraîchi, d'un parapluie souillé par l'armée des poussières de plomb. Seuls d'anthracite pigeons vaquent, s'ébrouent : encore trop doux pour que congèlent les amibes du quotidien.

 

Hébétée, la ville lumière s'enfonce, s'alanguit, névrotique.

 

C'est l'heure où la Seine se Tamise, dans la magie cendre d'une cité rincée.
Au pont de l'Alma, le Zouave s'ébroue.
Regard au ciel, à la boue : Verdun n'est plus si loin.

 

(PS : je sais, le Zouave n'a rien à voir avec Verdun, c'est la guerre de Crimée)

Commentaires

j'aime quand tu nous parles comme ça, merci pour ces jolis mots

Ecrit par : ioio | 28/08/2006

> ioio : merci à toi :)

Ecrit par : Jerome | 28/08/2006

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