25/07/2006

Racines

De la fenêtre de ma chambre, j'aperçois deux écureuils, le soir, qui sautillent dans le pré.

Le châtaignier a été désépaissi, on voit mieux le cèdre juste derrière, maintenant.

Le tilleul, constant, offre son ombre protectrice, tout comme le sapin.

Ce midi, on a sorti le barbecue. Côtes d'agneau et salade de tomates.

On a regardé dans le placard de la cuisine, les recettes de ma grand-mère.

Il fait chaud, on ne sort pas dans l'après-midi. Le soir, il fait bon. Dormir fenêtre ouverte.

Une fourmilière s'est nichée dans les trois marches de granit, des fourmis volantes sur les fenêtres, il faudra traiter.

Mon grand-père a arrangé une volée de rayonnages dans le salon, pour installer "la musique" (le lecteur CD) et quelques photos, deux ou trois livres.



Je suis en Auvergne, dans mon "pays".

(Mais Elle n'est pas là, et c'est un peu moins bien.)

23/07/2006

L'invasion des profanateurs de béton

"Je vais faire une course, j'en ai pour une petite heure"
" A tout à l'heure, mon amour".

Au bout d'une heure et demie, l'inquiétude commençant à poindre avec toute la légèreté pachydermique d'un embouteillage sur l'autoroute un jour de grands départs, j'entends... la sonnette.

J'ai pas bien compris le résumé, mais en gros, Elle est tombé sur une famille de Gremlins, et leur a proposé l'hospitalité. Ils l'ont prise pour une des leurs, vu qu'Elle arborait un superbe T-shirt vert et un pantalon kaki.

Sont nombreux, ces cons.

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Et encore, il manque un rosier nain, un cactus, trois bambous et le jasmin, qui cherchaient des bières dans le frigo...

Si Syphe m'était conté...

medium_DSCN0205.JPG Après moultes rebondissements - graphiste et imprimeur ne parlant pas exactement le même language ; après l'intervention, à mi-chemin entre Zorro et Capitaine Flam ("quand il n'y a plus aucun espoir...") de ma soeur - bilingue sur le sujet -, nous voici avec trois piles : faire-part, invitation cocktail, invitation dîner. Les enveloppes sont hors champ.

Plier, insérer, mettre sous enveloppe, vérifier, pointer sur le fichier Excel, imprimer l'enveloppe, enregistrer l'adresse dans une autre feuille Excel si on ne l'avait pas, revérifier, re-revérifier, repointer une dernière fois, fermer, timbrer, la Poste.

Et recommencer.


"Et la cousine Gudule, cocktail ou la soirée ?" "Ben si t'invites le cousin Machin, ç'est compliqué d'inviter Gudule, ils ne peuvent pas se voir."
"Ben j'ai pas envie d'inviter Collègue n°2, mais bon, si on met l'invit cocktail, on peut espérer qu'il ne vienne pas. On ne peut pas ne pas lui envoyer, j'ai invité Collègue n°1."

C'est pire qu'un règlement de conflit au Proche-Orient...



(création ©Mam'zelle Roüge)

19/07/2006

Canicule

Je regardais ma bouteille l'air d'y rien comprendre.
Vide, déjà ? A peine quelques pas dans le désert urbain avaient suffi à l'épuiser ?

 

La ville était morte de chaleur, les stores et rideaux métalliques baissés. Chauffés à blanc, aussi : l'air se gondolait à les approcher. Du bitume sale s'élevait une nuée de doryphores, chercheurs de blanc pour y apposer leur triste grisaille.
J'étais vêtu de peau, invisible, ma gibecière au côté, le tendre verre entre deux morceaux de pain bis.

 

La ville s'était figée dans la texture patissière d'un lourd sirop d'urgences. Personne en rythme, pas âme qui vibre. Les scarabés diesel crevaient, entrailles au soleil, dégorgeant la boue argentifère de grossières figures hagardes. Je voyais ces fils, de l'ocre au rose pâle, qui pendaient de leurs chevilles amollies, de leurs attachés-cases radiateurs. Ils traînaient, même plus manipulés depuis les palaces de verre fumé. De temps en temps un fil tintait, se cabrait, pénétrait la faible enveloppe et s'abreuvait de quelques lampées de fluide qui dégouttait de la carcasse déjà blanchie.

 

La chaleur me rendait fou, je crois. A moins que ce ne fut la soif.

 

Les arbres avaient résolu de disparaître, de nuit, en une. Personne n'avait compris le léger froissement, ce son de baryton qui avait traversé les squares. On ignorait où. A vrai dire, tout le monde s'en fichait.

 

Ca ferait de la place pour un cimetière de terrasses.

 

La Seine s'était noyée. C'était aussi simple que cela. Elle gisait, gonflée, le teint verdâtre, immobile dans le ressac lent de l'alternance des feux. Les crabes péniches la gravissaient parfois, avant de s'ensabler plus loin, dans le désert péri-urbain.

 

Sculpture de cire, la Tour Eiffel penchait et se tordait Dali. Le millefeuille du Sacré-Coeur avait déjà disparu, jus rosâtre d'une meringue fondue. Montmartre pleurait sous ses pavés : l'un après l'autre ils se fissuraient, explosaient, rendant au ciel leurs volées de moineaux bâtisseurs. Quand les noeuds se défont, il n'y a plus de filet.

 

Je fermais les yeux. J'imaginais l'onde. Le cristal de sa surface, le tintement clair de ses atomes, la fraîcheur vibrionnante des souvenirs de pluie, de rincée, d'averse. Cela désaltérait. Redevenu, un tant soit peu, élastique, je reprenais ma route.

 

La bouteille pleine et fraîche caressait mon côté en chantant. Je savais où j'allais/étais/irais.

 

A la source.

17/07/2006

Découvertes musicales (5)

medium_jamait.jpgDans la lignée des Sanseverino et autres joliconteurs du quotidien, la voix éraillée de Jamait se pose là avec ses rimes fluides comme le whiskhy sur deux glaçons. Pas tellement bobo, plutôt prolo musico, il ressuscite la gouaille urbaine d'un Paris de Cartier-Bresson. L'orchestration nous emmène en guinguette, le texte parle de la vie des hommes, la vraie, pas celle, rêvée, d'un Delerm ou boboïsée d'un Bénabar.
PS : autant je recommande "de verre en vers", autant "coquelicot" se fâne dès la première cueillette écoute...

medium_sunshiners.jpg [disclaimer : avis basé sur le CD de démo envoyé par une société de buzz] Pas mal, pas mal. C'est gentil comme un été au soleil, entre une piña colada et un mojito. L'ambiance reggae poussée à sa quintessence, les voix et la musique ne peuvent que rappeler l'illustre Bob Marley, le message et la foi en moins. Mais pourquoi se contentent-ils de reprises/adaptations de vieux machins pop ? Agréable comme un été chaud et ensoleillé - sauront-ils revenir en deuxième saison ?

De l'impuissance (post sérieux)

Depuis de nombreuses semaines, Elle travaille comme une folle. Entre les entretiens avec les patients, le pensum des comptes-rendus et la rédaction d'une réponse à un appel d'offres de l'Institut National du Cancer, je la vois qui se fatigue et s'épuise physiquement et psychiquement. Ce n'est pas pour rien qu'ils surnomment leur chef "lastminute.com"...

 

Même un weekend au calme ne la repose pas. Elle n'aura pas de vacances jusqu'à fin septembre.

 

Ajoutez à cela la gestion du projet "Mariage", le stress des transports parisiens (plus d'une heure dans chaque sens) en ces jours de forte chaleur, certaines angoisses que je perçois (ou projette ?), sa propre toute-puissance qui s'affronte aux tracas aléatoires du quotidien (un jet d'éclaboussures sur une jupe blanche, le matin en sortant de l'immeuble), ...

 

Et, au milieu de tout cela, j'ai l'impression que j'essaie et que je n'arrive pas à l'accompagner. Je ne suis pas non plus totalement en forme. L'année professionnelle est rude, un déplacement éclair est plus crevant qu'autre chose, le quotidien m'assaille aussi.

 

L'amour est une force.

 

J'ai juste peur de perdre le levier pour soulever notre monde.

En un mouchoir de poche

Trois jours en Touraine.

 

Il a fait beau, et très chaud - comme partout.

 

Un samedi après-midi de courses à Tours (chaussures, jupes, chemisier, t-shirt - Elle continue les soldes... - et coussins pour la maison), sous un soleil de plomb heureusement tempéré par un joli vent.
Le soir, dîner sur la terrasse, la vue à 180° sur la campagne, barbecue et rosé.

 

Le dimanche, le vent a tourné. Il a fait péniblement lourd.
C'est aussi un temps de moisson. Tactac des batteuses, le diesel rauque des tracteurs agricoles. Les bottes de paille, roulées ou en parallèlépipède.
Le vent : des champs vers la maison.

 

Conclusion : je suis aussi allergique à la poussière de blé.
Bilan : de joyeux moments avec sa famille, des sous dépensés, et un énorme rhume des foins (littéralement)

13/07/2006

Ma première fusac party

Rencontre à Madrid avec les dirigeants-fondateurs d'une PME que la Compagnie pourrait acheter.

Finalement, c'était facile : écouter, poser des questions intelligentes (de préférence), mesurer la proximité des valeurs entre les deux groupes, établir des parallèles entre leur organisation et la nôtre, étudier et comprendre leurs comptes. Tout cela sous le regard bienveillant de la marieuse, pardon, du banquier d'affaires, "introducteur" de la transaction.

Et un vrai déjeuner d'affaires ensuite...

C'était ma première fusac(*) party.


C'est pas bon pour le cholestérol.


(* fusac : jargon de banquier pour raccourcir "fusion-acquisition")

Seuls les faibles répondent à la provocation

M. Zidane, vous avez tort.

Rien ne justifie de passer de la violence verbale à la violence physique.

"Woa l'autre, il m'a traité, j'y ai balancé un coup de boule, c'est de sa faute." Ben non, c'est de la vôtre.

Oui, la violence verbale peut être terrible, destructrice, paralysante, enrageante.
MAIS Y REPONDRE PHYSIQUEMENT est la pire des stratégies. D'autant plus à dix minutes de la fin, c'est-à-dire que vous saviez que tout cela allait mécaniquement s'arrêter dans une grosse poignée de secondes.

Question toute simple : pourquoi y a-t-il des provocateurs ? Parce qu'ils ont la quasi-certitude de tomber sur des êtres suffisamment impulsifs pour s'y laisser piéger.

La provocation n'existe que parce qu'il y a des gens pour y répondre par la violence physique.


M. Zidane, vous avez raison.

De vous excuser auprès des enfants et des éducateurs.

Car effectivement, comment apprendrons-nous à nos enfants qu'il y a TOUJOURS une différence entre la parole et le geste ; que la violence physique est par essence plus grave que la violence verbale (je laisse de côté le problème du harcèlement) ; que la meilleure des réponses face aux insultes ou à la rage éructante, est le calme apparent et le contrôle de soi - ce qui n'empêche pas de bouillir intérieurement - ?

Comment un parent, un éducateur pourra-t-il imaginer dire : "il t'a insulté mais cela ne justifie pas la violence" à un gamin qui lui répondre, provocateur à son tour : "Ouais, ben va dire ça à Zidane." ?


M. Zidane, je ne vous accable pas.

Oui, il y a un contexte, la fatigue, l'enjeu, la stratégie visant à vous faire perdre votre sang-froid.
Vous restez un des seuls joueurs qui, moi qui n'ai aucun intérêt pour le foot, m'émerveille par son jeu.

Je suis juste déçu qu'elle ait fonctionné, cette stratégie.


Car, hors de toute considération morale, cela prouve que les Italiens ont eu raison.

Et que le cycle de ces comportements nauséabonds n'est pas prêt de s'arrêter.

12/07/2006

Pasear

22h. Je n'ai plus de souvenirs de la ville entr'aperçue il y a onze ans.

medium_DSCN0200.JPGCe que je découvre aujourd'hui, ce sont des travaux (partout), des grues (à tous les horizons), la foule. De grands hôtels habillés de lumière. Les rues vieilles, étroites, dégueulant de restaurants touristiques où l'onctuosité ibérique se noie dans la raideur saxonne. A fuir.

 

Je marche. Plaza de Espana, Gran Via, Plaza del Callao, Plaza Puerta del Sol. Je me retrouve au sud, Plaza Tirso de Molina.
Certaines femmes sont belles, et tiennent, fières, le regard. Différence culturelle - à ne pas négliger.
Il fait encore très chaud ; sec : c'en est supportable.

 

medium_DSCN0201.JPGUne "cervezeria" aux allures de bistrot en long - ça donne un vrai présentoir à tapas. Poivrons farcis, jambon, fromage, "lacon". Il n'y a plus de fumée dans les bars, même ceux qui ne sont pas concernés par la loi. Le bruit de fond est espagnol, ici, pas de doute.

 

Dîner à onze heures moins le quart : l'habitude resurgit sans prévenir.

 

Je rentre, il est près de minuit.

 

La nuit madrilène débute à peine.

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