15/05/2006
La jungle urbaine
"Tout doit être or-ga-ni-sé ! Vous me comprenez bien, Dumou ?" Le directeur des espaces verts fulminait, un paquet de photos jetées en vrac sur son bureau.
Georges Dumou ne savait plus trop quoi faire. Le directeur lui était tombé sur le râble de bon matin, l'avait agoni de postillons et d'aigus manqués. C'était étonnant, d'ailleurs, cette faiblesse de sa voix : à chaque fois que le directeur s'époumonait, son larynx déraillait un minuscule instant, laissant l'immodeste grand-homme couiner une note crécelle.
"Dumou, le conseil municipal est demain matin. J'exige que tout soit rentré dans l'ordre. Il est hors de question que le maire ou un quelconque de ses adjoints abrutis, encore moins Groldu de l'Equipement, ne fasse remarquer l'état des tours d'arbres. C'est bien compriiiiis ?" (couic)
Dumou réprima un haussement d'épaules, une vague bordée d'injures, et acquiesça. "Oui, M. le directeur. Je fais donner des instructions tout de suite."
L'autre posa son immense carcasse sur le fauteuil fatigué, et l'effaça d'un trait.
Dumou sortit, un peu las, du bureau.
Habitué, aussi.
Chaque année, c'était la même chose.
A chaque printemps, les herbes poussaient au pied des arbres protégés. Un beau vert tendre, un peu fouillis. On se dit que l'on va vers le chaud, vers l'été, qu'enfin les fleurs, les arbres, les abeilles, ...
A chaque printemps, le directeur prend pour attaque personnelle l'incivilité naturelle : ça sort de l'épure admnistrative, ce n'est pas "or-ga-ni-sé".
Dieu qu'ils sont tristes, pensa Dumou.
*dédié à l'employé de la mairie du lieu où je travaille, croisé ce matin avec son diffuseur de round-up, aspergeant consciencieusement chaque touffe d'herbe née d'un printemps vigoureux en dehors des zones autorisées.*
17:33 Publié dans Paris rêvé, vécu, vu | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note






Commentaires
C'est partout pareil... Hélas!
Malheur au coquelicot qui, au prix d'un effort remarquable, a réussi à fleurir entre le ciment du trottoir et le mur d'un jardin. Il avait cru à la liberté, il avait voulu voir si la vie était plus belle de l'autre côté du mur, si le soleil brillait plus fort. Il s'est retrouvé aspergé par un infâme liquide bleu, le mur blanc aussi d'ailleurs... Aujourd'hui, il est flétri, vieilli prématurément, demain il sera désséché.
C'est pourtant bien joli un coquelicot.
Écrit par : Régine | 15/05/2006
Oui, mais un coquelicot pas aligné, c'est perturbant. Une touffe d'herbe hirsute, ça donne le mauvais exemple. Mauvaise graine et compagnie. J'te vais me mettre tout ça au pas, t'vas voir (où est-ce que j'ai mis mon lance-flammes, déjà ?)...
Écrit par : Chandelin | 16/05/2006
C'est bien de vivre à la campagne :)
Écrit par : Lizou | 16/05/2006
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