25/04/2006

Nêtre

Je m'en fous.

Ce n'est pas un combat, pas une lutte, pas même un engagement moral - "la morale, c'est toujours la morale des autres".

C'est de l'ordre de l'intime. Comme intimer l'ordre. De/à moi.

Vingt-deux morts là-bas. Soit.
Trente-quatre mille morts ailleurs. Soit.
Six millions de morts aussi. Soit.
Les Dr Folamour de la bombe, de la "Guerre de Civilisations". Soit.
Aussi cons, mais plus nuisibles, que les prophètes de la "Fin de l'Histoire".
Mathématiquement, le dernier record est à six milliards de morts.
Ou quatre-vingts milliards, en effaçant par voie de conséquence la totalité de l'Histoire.

Je sais qu'il y aura des massacres, des horreurs, de l'immonde.
La seule chose qu'apprend le passé, c'est que l'on est capable de recommencer : au-delà du stade conceptuel de l'horreur inventée, l'existence de l'industrie humaine prouve sa capacité à relancer le processus. On ne peut pas psychanalyser l'Histoire.

Mon grand-père est né en 1914. Il est aussi né dans l'Offlag XVII A, de 1940 à 1945. Il est né, encore, quelque part dans le désert algérien.
Mon père en 1947. Ma mère en 1949. Ils sont aussi nés, je suppose, en 1962 et en 1968.
Ma soeur et moi sommes nés en 1974 et 1972. Aussi en 1986, pour moi. Et surtout en 1989.
Mon petit frère est né en novembre 2000. Il est aussi né le 11 septembre 2001.
Voilà pour les étapes marquées : il y a toutes les autres, intimes.

Pourtant, je m'en fous.
Je ne renoncerai pas.
Je ne diminuerai pas le possible du rêveréel.

Nêtre : j'ai trop peur de l'apostrophe.

Commentaires

Bonjour, j'apprécie ce poème à la fois écrit et fluide, comme un slam.
Effectivement, s'en foutre c une solution comme une autre d'échapper au réel absurde.

Poétiquement
Stefane

Ecrit par : stef | 21/08/2006

> Stefane : merci :-)

Ecrit par : Jerome | 21/08/2006

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