31/03/2006
Freeze, shout, move
Journée à Lyon avec des collègues portugais.
De laquelle je retire deux enseignements :
1. les manifestants ne se lèvent pas tôt. Aucune difficulté dans le TGV de 7h30 du matin... mais le foutoir à partir de 14h45 - heure normale de réveil d'un étudiant *oui, je caricature ;-P*
2. face à l'imprévu (trains au retard non déterminé), il y a plusieurs types de réaction : "rester figé en attendant que quelque chose se passe", "j'extériorise ma frustration" et "ok, plan de secours improvisé" (non, je ne parle pas du CPE)
Donc.
Arrivé fatigué mais guilleret, après un bière café réparateur avec les collègues, j'entre d'un pas léger dans la gare de la Part-Dieu à 17h05. Choc. Jamais vu autant de monde, sauf un jour de grand départ, les yeux rivés sur les panneaux, agglutinés en colonies de moules sur les rochers de blousons bleus des agents SNCF - qui ne devaient pourtant pas avoir froid.
Peu importe : j'ai un billet pour le TGV de 18h30, et je vois affiché celui de 17h30 sur les panneaux, sans voie indiquée (ce qui aurait dû me mettre la puce à l'oreille). *Je sais, ma toute-puissance me joue des tours.* Aux bornes d'échange-minute, le train est bien disponible : je change. Youpi. Je rentre une heure plus tôt.
Croyais-je.
Un détour culturel au marchand de journaux de la gare (oui, cultur-el : "Philosophie", n°1, excellent magazine, malgré une pesanteur marxisto-attac un peu pénible parfois), je me dis qu'il est temps de se préoccuper du numéro de voie. Je lève les yeux sur l'affichage le plus proche, ces vieux écrans noirs à caractères jaunes.
"Supprimé".
Donc je viens d'échanger une place dans un train qui existe pour une place dans un train supprimé.
Ami lecteur, une note dont tu es le héros :
1. tu t'emportes, tu gémis, et tu pleures, maintenant qu'a sonné l'heure
2. tu cours déverser ta colérique importance sur le premier agent SNCF venu
3. tu te dis que ce n'est pas de chance pendant un quart de millième de seconde, que c'en est à la limite de l'ironique, puis tu te dis que tu n'étais certainement pas tout seul dans le 17h30 et que donc ça va être dans quelques instants la ruée sur les dernières places disponibles dans les suivants. Direction le guichet, et au pas de gymnastique.
Remontant, concentré sur la destination, slalomant entre les mamies abandonnées, les managers blackberrysés, les cadres aux téléphones, les CRS en armure, les agents SCNF et leurs grappes d'immobiles voyageurs hébétés, la moitié de la gare, j'arrive dans la file d'attente. Très calme, la file. Apparemment, ceux qui râlent sont restés dehors : ça m'arrange. Entendu dans le parcours : "C'est une honte de supprimer des trains comme ça et de bloquer les gens !" ; excellente réponse de l'agente : "Allez le dire aux manifestants. Le train n'est pas parti de Marseille, il n'est donc pas arrivé à Lyon.". Et toc. Ca soulage.
Une drôle d'ambiance aux guichets : les employés sont au bord du fou rire, les clients aussi, certains trains ont déjà quatre heures de retard. On parle même de rétablir les pare-buffles à l'avant des loco, pour écarter les manifestants...
Après quelques secondes de frayeur, j'ai bien un nouveau billet pour le train que je devais prendre initialement. (Pendant ce temps, les bornes-échanges, hiératiques et imperturbables, continuent à proposer des places pour le 17h30.)
Retour dans le hall principal. Je re-lève les yeux vers un panneau d'information : "Manifestants à Paris Gare de Lyon. Aucun train au départ ni à l'arrivée de Paris Lyon."
Gasp.
Ami lecteur (bis), une note dont tu es le héros :
1. tu t'emportes, tu gémis, et tu pleures, maintenant qu'a sonné l'heure
2. tu cours déverser ta colérique importance sur le premier agent SNCF venu
3. tu te dis que ce n'est pas de chance pendant un deuxième quart de millième de seconde, que ça tangente vigoureusement la limite de l'ironique, puis tu te dis que si aucun train n'arrive là-bas, ton 18h30 non plus.
Passage en mode "impro" : se rapprocher de Paris *oué, je suis têtu, aussi*.
Tiens, un TGV pour Rennes et Nantes à 18h40. Bof, ça ne me rapproche pas WAIT WAIT WAIT "ce train dessert les gares de Massy-TGV, St-Pierre-des-Corps, Rennes, Nantes"
MASSY !
Des années de RER B (pour aller chez mes grands-parents, à Sceaux et à Antony) portent immédiatement leur fruit : le plan de la ligne bleue se réactive dans mon cerveau, Massy RER B, ligne RATP, sans passage à Gare de Lyon donc, on peut l'espérer, qui roule normalement.
Joie. Contenue. Egoïste, mais joie quand même. (Bon, et puis y avait aussi un Lyon-Lille qui s'arrête à Roissy, mais plus tard.)
Retour aux guichets, mais cette fois la file est trop longue pour que j'estime raisonnable de prendre le risque de changer mon billet pour un Lyon-Massy.
Pas de course voie H, je monte dans le train, loi de Murphy oblige, le train double est monté à l'envers, des dizaines de bretons en transhumance d'une rame à l'autre : "La rame pour Rennes, c'est bien ici ?". Je cherche 25 minutes le contrôleur *pas encore arrivé*, lui montre mon billet pour Paris, lui demande, calme, posé, pas revendicatif, souriant, poli avec le monsieur, respectueux de l'uniforme et citoyen modèle *au moins...*, "si vous acceptez de me laisser prendre ce train". Retour positif : "Vous descendrez à Massy, c'est ça ? Pas de problème, de toute façon, un jour comme aujourd'hui...". Merci, monsieur le contrôleur. Le train part. Le train roule. Le train me ramène vers Elle.
A l'allure d'un tortillard auvergnat. Annonce : "Nous arriverons à Massy avec 45 minutes de retard, il y a une vingtaine de trains entre nous et Paris." Je m'abime dans la contemplation du couchant sur la campagne française. Puis des lumières d'un village... d'un autre... tiens, encore un autre... tiens, un supermarché... un silo à grain... Je suis toujours étonné par la capacité de la SNCF à respecter les délais de retard annoncé : on arrivera bien à Massy avec 50 minutes de retard !
RATP. Je présente ma carte Navigo à la borne violette au capteur torve. Son métalliquement négatif : "Station hors zone d'abonnement".
Ami lecteur (ter), une note dont tu es le héros :
1. tu t'emportes, tu gémis, et tu pleures, maintenant qu'a sonné l'heure
2. tu cours déverser ta colérique importance sur le premier agent RATP venu ben non, t'es tout seul.
3. tu te dis que ce n'est pas de chance pendant un troisième quart de millième de seconde, que ça franchit allègrement la frontière de l'ironique, version "le guide du routard intergalactique", puis tu te dis que...
Rien.
Ras-le-bol.
Il est près de 21h30, il bruine, je suis fatigué, pas un guichet ni un automate à l'horizon. M'en fous, je passe. La probabilité d'un contrôle est quasi-nulle à dix heures du soir. Si jamais, tant pis, je paierai l'amende. On verra bien si ça s'ouvre à Denfert-Rochereau ; au pire, je jouerai les surpris "oh ! mon ticket ne marche pas, je peux passer avec vous ?" *au temps pour le citoyen modèle, tiens...*
En fait, ça s'est ouvert sans problème à Denfert.
Enfin ! Libre ! Il ne pleut plus, je suis rue Daguerre, nuit, je marche vite.
Je rentre.
Et Elle : "C'est bloguable." Dont acte.
12:05 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note









Commentaires
oui, "c'est bloguable"... et blogué avec beaucoup d'humour
:-)
Ecrit par : Régine | 31/03/2006
Toutes ces tribulations in Paris méritaient bien un post !
Ecrit par : NGK | 01/04/2006
Mouarf! Espèce de délinquant! T'as pas honte de spolier la RATP?
:D
Ecrit par : Lizou | 03/04/2006
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