29/03/2006
Je dois être un vieux
Si j'ai bien compris, les lycéens et étudiants veulent :
- faire les études qui les intéressent, sans considération pour les débouchés professionnels
- que ces études soient financées par la collectivité, voire, pour les plus radicaux, que les étudiants soient rémunérés
- qu'après leur diplôme, ils se voient proposer un CDI à temps plein, intéressant et motivant, en rapport avec leurs études et, pour les plus radicaux, avec garantie de non licenciement. J'ai même lu "l'emploi est un dû", prononcé par une représentante syndicale lycéenne...
- de cette manière, ils pourront louer un appartement et s'endetter pour acheter une voiture et une télé.
Ce que je vois, ce que je pense :
- ceux qui font des études doivent arbitrer leur choix entre l'intérêt personnel pour la matière et la probabilité de trouver du travail ensuite. Il y a plusieurs milliers d'étudiants en STAPS, pour une cinquantaine de postes par an ; il y a plusieurs milliers d'étudiants en sociologie, histoire, archéologie, lettres classiques, théâtre et arts divers et variés - pour combien de postes à la sortie ? Le numerus clausus n'est pas forcément la solution, la sélection à l'entrée me paraît plus efficace, mais au moins, qu'on dise aux étudiants que choisir une filière sans débouchés n'est pas un gage de CDI à la sortie...
- laisser tout le monde accéder aux études supérieures revient en finale à dégrader la valeur de chaque diplôme.
- étudier est un investissement pour l'avenir. Le "salaire étudiant" est un non sens : il ne contribuera qu'à créer une classe de super-diplômés étudiants éternels et inemployables. En revanche, le système actuel des bourses est injuste et pénalise les classes moyennes ; de même, les emplois à temps partiel en parallèle conduisent souvent à l'abandon des études. Il devient urgent de réformer les bourses, de les moduler autrement que par le tout ou rien, d'y associer les universités (prêts d'honneur), les organismes financiers, voire le mécénat d'entreprise : quand on est bon, on ne devrait pas avoir à renoncer à faire des études pour des motifs financiers - mais ça ne veut pas dire "se faire donner un chèque en blanc par la société" : on a aussi la responsabilité de rembourser sa dette et d'apporter en retour un plus à la société.
- les employeurs français ont absolument tort de ne chercher à embaucher que des "jeunes diplômés (dans le métier concerné) deux ans d'expérience (du métier)". Je préfère l'approche anglaise ou américaine, où l'on peut être diplômé d'histoire et se trouver un poste en marketing en quelques mois d'évolution interne. Ce que nous, Français, ne comprenons pas, c'est que la mobilité A L'INTERIEUR des entreprises est aussi à prendre à compte : un collègue anglais, avec une formation de comptable, est aujourd'hui, à la trentaine, "responsable des études informatiques" dans la filiale anglaise. C'est quasi-impossible à imaginer en France.
- en sortant diplômé, la seule chose réelle est que l'on ne sait rien (ou peu) de la vie professionnelle, même en ayant fait des stages intéressants. En particulier, on a tout à apprendre de la réactivité, de la capacité à atteindre des objectifs, du travail collaboratif, de la gestion en mode projet, de la culture de l'entreprise qui emploie, de sa propre capacité à encaisser les frustrations, des jeux politiques qui, humainement, font partie de la vie d'entreprise, etc.
- il est rare de faire sa carrière chez son premier employeur, sauf fonctionnariat ou assimilé (SNCF, ...). En revanche, il est dommage que le premier emploi (voire les stages) sur-déterminent le parcours professionnel : en France, on n'a pas le droit de changer de métier et/ou de secteur. Il serait temps que les recruteurs arrêtent de proposer la même fonction et le même secteur aux candidats qui leurs disent vouloir en changer...
- même avec un CDI à temps plein depuis plus d'un an dans une grande entreprise et la caution parentale, il est dans certaines villes très difficile de louer un appartement. Sauf fonctionnariat, encore. Ca soulève surtout le problème du logement social et mixte.
- même avec un CDI, on peut être licencié. Sauf fonctionnariat, encore.
- en étant licencié, on n'est quand même pas à la rue : c'est aussi à ça que sert la solidarité nationale. Mais ça ne veut pas dire que la solidarité est un DÛ de la société.
- avoir pour objectif d'acheter un appart, une voiture et une télé, c'est quand même furieusement étriqué, comme vision de la vie et de la société...
A un moment, il faut prendre des risques. Oui, notre présent est beaucoup plus angoissant que le passé de nos parents. Mais l'immobilisme, le rétroviseur, le repli, le "j'ai le droit, la société a le devoir" ne sont pas la réponse.
On ne lutte pas contre ses peurs en fermant les yeux.
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Commentaires
Belle analyse à laquelle je souscris en (très) grande partie.
Je dois donc être vieux moi aussi...
Écrit par : aymeric | 29/03/2006
c'est quand même un peu caricatural de ce que veut le Jeune, tout ça... faudrait nuancer un peu, moi je dirais (sans me faire porte parole des étudiants, même si j'ai moins de 26 ans...:D ) :
- que la majorité des étudiants choississent leurs études en fonction de ce qui les intéresse ET des débouchés (parce qu'on est pas tous complètement irresponsables :p).
- que l'argent, c'est un des premiers facteurs de sélection quand on veut faire des études après le bac, et c'est bien dommage (mais je crois qu'on arrivera jamais à supprimer ce facteur, même avec les réformes qu'il faudrait comme tu le dis). je n'ai jamais entendu dire que les étudiants voulaient être rémunérés ?
- et que le Jeune est bien gentil, mais il ne dort pas sous un pont, alors il aimerait bien louer un appart, même si c'est pas du tout son objectif premier dans la vie...
- et puis qu'enfin, il est quand même pas naïf au point de croire qu'il se fera jamais licencier. mais bon, se faire licencier tous les six mois, on peut peut-être l'éviter aussi...
enfin voilà, c'est juste mon avis... la plupart des jeunes sont bien conscients qu'il faudra être de plus en plus mobiles dans l'emploi, mais ça ne veut pas dire qu'il faille réduire leurs droits. on est pas tous complètement butés, et être contre le cpe (par exemple :p) ne veut pas forcément dire qu'on préfère l'immobilisme.
Écrit par : electric sheep | 29/03/2006
(oups -_- désolée pour le bug)
Écrit par : electric sheep | 29/03/2006
> Electric sheep : oui, c'est volontairement un peu caricatural. Je ne dis pas que ça représente TOUS les jeunes, mais c'est quand même ce que l'on entend lors des reportages ou de la bouche de l'UNEF, de la FIDL, etc. Donc, qui sont les caricaturaux ? :D
Je suis d'accord que la majorité font attention à la question "trouverais-je un emploi ensuite avec ces études ?". Je suis hélas d'accord sur le constat que la sélection se fait aujourd'hui par l'argent, ce qui me choque (pour le "salaire étudiant", entendu hier de la bouche d'une étudiante en philo et syndicaliste, à l'émission d'Yves Calvi.)
Je suis encore d'accord pour trouver normal que le jeune ait envie de louer un appart, et que cela lui est difficile (quoiqu'avec les APL, il a un avantage certain par rapport au jeune travailleur). Mais le problème dans ce cas n'est-il pas du côté des offreurs ? Le prix de l'immobilier est le reflet de l'équilibre entre offre et demande. Les garanties que demandent les propriétaires, le reflet du risque qu'ils prennent en louant, notamment celui de ne pas être payé ET de ne pouvoir virer le locataire mauvais payeur. Est-ce vraiment lié au statut étudiant ?
Pour le dernier point, on n'est pas d'accord. Pour se retrouver en situation de se faire licencier tous les six mois, il faut aussi se trouver en situation d'avoir un emploi tous les six mois. Tu me permettras de préférer cela à la situation où personne n'a d'emploi, que ce soit pour six mois ou pas...
D'autre part, quel intérêt pour le patron d'embaucher et virer tous les six mois ? Si son activité est saisonnière, un CDD lui coûte moins cher...
"Réduire leurs droits" ? Je t'invite à lire ma note qui détaille TOUS les points du CPE ("ouistes et nonistes 2") : le deal de ce contrat est que, contre la possibilité donnée à l'employeur de se séparer plus facilement (mais pas sans préavis ni indemnités) du salarié, le salarié est PLUS protégé dans sa période de chômage.
Le but initial du CNE et du CPE est quand même de (re)mettre le pied à l'étrier aux gens qui ont le plus de difficultés à (re)trouver un emploi.
(pour le bug, no problem, j'ai effacé les doublons)
(ça fait plaisir de voir que tu passes par ici :) )
Écrit par : Jerome | 29/03/2006
J'aime bien ton point de vue! Le début m'a bien fait rire :-)
Écrit par : Bao | 29/03/2006
Cher electric sheep,
Cette présentation était peut-être caricaturale mais reprenait assez fidèlement certains propos de manifestant étudiants entendus sur les radios.
Je ne pense pas qu’il est été dans les intentions de l’auteur de cette note de portraiturer TOUS les étudiants, vous êtes un contre exemple mais j’ai tout de même la faiblesse de penser que vous êtes minoritaire. L’étudiant n’est certes pas « naïf au point de croire qu'il se fera jamais licencier » mais une part d’entre eux n’a que cet objectif (professionnel) en tête (cf sondage IPSOS : http://www.ipsos.fr/CanalIpsos/articles/1350.asp?rubId=21 dans lequel on apprend que ¾ des 15-30 ans désirent travailler dans la fonction publique, La "garantie de l'emploi", citée par 59% de l'échantillon, en étant la principale motivation.)
Une dernière remarque (qui va sans doute me valoir une réprobation et un classement parmi les ultra-libéraux mais bon, tant pis), quand on se fait virer tous les 6 mois, il faut peut-être se poser quelques questions sur soi plutôt que de l’expliquer par le comportement des patrons, naturellement « programmés » pour licencier.
Écrit par : aymeric | 29/03/2006
Damned !
Ma note a croisé celle du maître des lieux.
Elle fait un peu doublon sur certains points du coup...
Écrit par : aymeric | 29/03/2006
> Aymeric : merci pour le lien vers ce fameux sondage, que je prendrais néanmoins avec des pincettes.
D'abord, son commanditaire est "la gazette des communes", le sondage est réalisé "à l'occasion du 1er salon de l'emploi public"... en mai 2004 ! : il était évident que le sondage allait démontrer l'attrait de la fonction publique, notamment (ô ! hasard... la "territoriale", c'est-à-dire les lecteurs de la gazette des communes !).
Ensuite, la fameuse question à laquelle 3/4 des jeunes ont répondu oui :"Vous personnellement, si vous en aviez l'opportunité, aimeriez-vous travailler dans la fonction publique ?". Autrement dit, on ne demande pas leur choix de statut aux jeunes ("souhaitez-vous devenir fonctionnaire ?"), mais si, au cas où, à l'occasion, si c'était une "opportunité" professionnelle, ils aimeraient y aller. Franchement, perso, je me vois mal répondre non...
C'est plus le fait que 24% des gens répondent "non" de manière catégorique qui me surprend !!!
De même, le fait que 59% citent "la garantie de l'emploi" comme raison incitant le plus à vouloir y travailler ne me choque pas, dans un pays qui n'entend parler que de chômage, de difficultés à retrouver un emploi, de licenciements économiques (à l'époque) : c'est l'approche "facile" qui, plutôt que de chercher une parade au risque (meilleure "employabilité", ...), cherche à supprimer le risque...
Ce qui m'inquiète davantage est la frilosité quant à la mobilité géographique, surtout chez des jeunes ! Comment peut-on ne pas avoir envie "de voir du pays" au moment où on n'a aucune contrainte qui l'empêche ??? Là, je ne comprend pas...
Pas de pb, vous êtes le bienvenu (comme tous) pour commenter. :-)
Écrit par : Jerome | 29/03/2006
Très belle analyse...que j'ai eu beaucoup de plaisir à lire. Dommage que si peu de persone fasse preuve d'un tel bon sens :-)
Écrit par : Steph | 29/03/2006
Je suis d'accord avec l'ensemble (come d'hab tu me diras).
"Le numerus clausus n'est pas forcément la solution, la sélection à l'entrée me paraît plus efficace" : si on filtre à l'entrée des universités comme pour les écoles, on les mets où tous ces jeuns sans diplomes ni qualification ? iOn préfère les voir sur les bancs des facs (meme pour y dormir) que dans les statistiques du chomage ou de la précarité.
"laisser tout le monde accéder aux études supérieures revient en finale à dégrader la valeur de chaque diplôme." : c'est bien pour cela qu'un DUt a plus de valeur qu'un DEUG sur le marché du travail ou pour passer des concours.
"la mobilité A L'INTERIEUR des entreprises est aussi à prendre à compte" : c'est possible dans la fonction publique. Peut-être pas partout, peut-être pas toujours librement choisi, mais c'est possible (et à mon avis dans les très grandes entreprises aussi, pourvu qu'on ait un peu de patience).
"en France, on n'a pas le droit de changer de métier et/ou de secteur" : ailleurs que dans la FP et les TGE, ca semble assez difficile. Je ne comprends d'ailleurs pas cet étriquement perdure, surtout avec la mondialisation et les échanges internationaux.
"- même avec un CDI à temps plein depuis plus d'un an dans une grande entreprise et la caution parentale, il est dans certaines villes très difficile de louer un appartement. Sauf fonctionnariat, encore." Là je m'insurge :) et j'en parle par expérience personnelle. Même après 3 ans de titulaire, les proprios préfèrent un CDI avec un gros salaire (je vois meme des contrats de qualif trouver facilement un logement dans les quartiers centraux de Paris !) Et on entend bien parler des agents de la Ville de Paris qui sont SDF...
"en étant licencié, on n'est quand même pas à la rue : c'est aussi à ça que sert la solidarité nationale. Mais ça ne veut pas dire que la solidarité est un DÛ de la société." : C'est clair qu'il faut se bouger le derrière, quitte à ravaler un peu de sa fierté lorsqu'il s'agit de demander de l'aide.
"avoir pour objectif d'acheter un appart, une voiture et une télé, c'est quand même furieusement étriqué, comme vision de la vie et de la société..." : ah ce vieux reve consumériste de vouloir etre "normal", "comem tout le monde"... Et pourtant on a vu des slogans communiste, voire anarchistes dans ces manifestations qui demandent plus de sécurité de l'emploi...
Écrit par : Alecska | 29/03/2006
> Alecska :
sur la sélection : ben ça n'a fait que repousser le problème... qui nous saute à la figure en ce moment. Je ne comprend pas pourquoi l'UNEF s'arc-boute sur la position "pas de sélection".
sur la mobilité interne : exact pour la fonction publique, surtout territoriale, je crois, et les TGE. J'ajouterai qu'entre les TGE et la PME de moins de vingt salariés, ya quand même de la marge pour évoluer en interne :) J'ai la chance d'être dans une entreprise de 650 salariés qui m'a proposé des évolutions que j'ai saisies (ou initiées, en ce qui concerne l'audit qualité). C'est d'ailleurs le seul moment où on peut renégocier son salaire sérieusement...
sur la mobilité hors métier/hors secteur : d'accord avec toi. C'est la vision étriquée "il est bon dans ce qu'il fait, qu'il reste où il est"... au risque que le salarié qui sait qu'il est bon se casse ailleurs. Complètement contre-productif, comme approche !
sur la location : je n'ai pas dit que c'était automatique, ni pour tout le monde, hélas, juste que c'était plus facile :) c'est pareil pour les banques d'ailleurs : prêter à un fonctionnaire, le rêve (il y aura toujours un traitement à saisir... ok je caricature)
sur le rêve consumériste : c'est cette dichotomie que je ne pige pas. Aujourd'hui, être communiste ou anar, c'est vouloir avoir les symboles de la vie petite-bourgeoise ? Ils ne veulent plus changer le monde, mais en profiter autant que ceux qu'ils critiquent et condamnent ? Merde, j'ai raté un virage idéologique, là :D
Écrit par : Jerome | 29/03/2006
D'accord en gros, sauf "faire les études qui les intéressent, sans considération pour les débouchés professionnels". Tu oublies un point (à mon sens) très important : rares, très rares sont à la sortie du lycée les jeunes qui savent ce qu'ils ont envie de faire, comme étude ou comme boulot plus tard. Ils se dirigent ou, pire, sont dirigés vers des cursus "bateau" - ceux que tu as cités pour la plupart. Pourquoi? Est-ce qu'à la base on n'a pas un gros problème d'orientation? Et que peut-on faire? Ne peut-on imaginer mettre en place, dès la 4ème par exemple, un atelier d'orientation d'une heure par semaine (franchement, si ça peut remplacer l'EMT - ça s'appelle toujours comme ça?, à l'utilité plus que douteuse..) où l'on parlerait des métiers, des filières, des cursus, des débouchés, etc?
Autre chose, qui va dans ton sens. J'ai été cadre en CDI et j'ai été virée (licenciement économique). Trois mois de préavis quand même. Mais virée. C'est un gros coup de chance (piston) si j'ai retrouvé un autre CDI à l'issue de ce licenciement; j'en connais de ma "charrette" qui galèrent encore de CDD en CDD.
Je ne sais pas ce qu'il faut en déduire, mais ça laisse un sentiment de malaise.
Malaise justement. Toute cette mobilisation autour du CPE reflète moins, je pense, une véritable opposition aux termes de ce contrat (sauf peut-être pour quelques personnes véritablement engagées, politiquement ou syndicalement) que l'occasion d'exprimer une angoisse floue et générale sur l'avenir - pas uniquement l'avenir individuel, mais le collectif aussi. Il y a de la colère également, tournée vers le monde politique, ses sempiternelles têtes, ses sempiternelles querelles et ses sempiternels mensonges. Seulement comme on ne peut pas vraiment s'en prendre en la démocratie (sinon on met quoi à la place?), faut bien évacuer cette colère et le CPE s'est trouvé là à point nommé. Finalement, on devrait presque le remercier - de même que dans certains cultes on remercie l'animal qu'on va sacrifier. :-)
Enfin, sur le schéma "boulot - maison - voiture - enfants" (si, si, "enfants" aussi), comment faire autrement? Rares sont les parents qui soutiennent les initiatives du genre "j'arrête mes études, je vais faire le tour du monde à pied" - je caricature, on l'aura compris. Mais de génération en génération, on s'applique à faire rentrer sa progéniture dans le moule, parce que c'est sécurisant, rassurant. Il faut une bonne dose d'initiative personnelle (ouvrir un livre par exemple..) pour sortir du moule, et le résultat n'est même pas garanti.
Mais peut-on vraiment juger et condamner? C'est facile de critiquer le moule quand on a un boulot et un toit (ici, je m'adresse bien sûr aussi à moi-même).
Bon j'arrête, je vais griller mes neurones :-D
Écrit par : Lizou | 29/03/2006
jerome > ok, le cpe a été introduit (comme le cne) pour soi disant permettre aux jeunes qui ont des difficultés de trouver un emploi d'en trouver un. très bien, mais les autres, alors ? ceux qui trouvaient un emploi relativement stable après quelques mois de recherche ? puisqu'il paraîtrait qu'on embauche bien des ingénieurs en cne, pourquoi pas en cpe après tout. on a tout à y perdre, et rien à y gagner...
aymeric > honnêtement, les étudiants ne sont pas bien représentés par tous ceux qu'on entend dans les manifs. la plupart des gens que je connais sont contre le cpe, mais en étant plus "modérés" que les leaders étudiants dans leur discours sur le travail. peut être plus réalistes aussi. comme je disais, la majorité des jeunes est loin d'être complètement irresponsable :) les médias en donnent juste une mauvaise image, voilà, comme d'habitude.
Écrit par : electric-sheep | 29/03/2006
> Lizou : d'accord avec toi sur le problème de l'orientation. Mais à mon sens il n'est que la moitié du problème : l'autre moitié, c'est cette manie qu'ont les entreprises de rechercher le mouton à cinq pattes au tarif stagiaire... Je suis pour le rapprochement entre l'entreprise et l'éducation, par exemple des visites en entreprise, des interventions d'entrepreneurs, des 'stages de découverte', ce genre de chose. Aucun élève ne devrait arriver au bac sans avoir mis les pieds dans une entreprise ! (et je ne parle pas de contrat d'été). Bien sûr, cela impliquerait aussi que les profs d'économie ne professent pas uniquement une vision marxiste de l'entreprise... Je me rappelle cette intervention de leur syndicat regrettant que "les profs d'économie oublient de plus en plus leur rôle politique" !!!!!!!!!!!!!
Pour ton licenciement : cadre, donc trois mois. Mais la majorité des travailleurs ne sont pas cadres. Préavis : un mois maximum (sauf si la convention collective est meilleure). Je ne sais pas ce qu'il faut penser du fait que tes collègues vont de CDD en CDD, si ce n'est le constat terrible qu'on n'a pas besoin d'eux en CDI :-( La question suivante est : pourquoi n'a-t-on pas besoin d'eux en CDI ? est-ce à cause de leur métier, des contraintes du CDI, du tissu économique local, etc.
Tout à fait d'accord pour dire avec toi que le CPE n'est qu'un prétexte, que le problème c'est l'angoisse de la société (j'ai une note en réflexion sur le sujet). Mais les solutions que proposent les anti-CPE (en gros : revenons aux années 60) sont totalement irréalistes. Pour ma part, je préfère partir du constat que c'est le bordel, et voir comment s'adapter à la réalité en mettant en place des mécanismes d'autant plus amortisseurs que les personnes auront des difficultés, que nier la réalité et rêver aux hiers qui chantaient. Est-ce uniquement la faute des politiques ? Mwof : on a les élus qu'on mérite. Sinon, où sont les bons qu'on devrait élire ?
Sur le "moule" : ton analyse est essentiellement française. Aux USA, et probablement ailleurs, on sera moins "pense à ton avenir d'abord" qu'en France, et plus "va, cours, vole et me venge" (je rigole, pour "me venge"). J'ai parfaitement conscience d'être dans le moule, je ne suis pas un de ces bobos gauche caviar qui le critiquent confortablement installé dans leur statut de fonctionnaire. Je sais aussi, pour travailler dans le privé, que je peux perdre mon job demain.
Je sais aussi que ce choix, je l'ai fait librement. Que certains de mes amis ont fait le choix, libre, de "la vie de bohème", comme on disait, et qu'ils en chient. Mais ce qui me tuent, c'est cette propension que l'on aura à leur REPROCHER d'avoir suivi leurs rêves. Et ça, c'est horriblement sclérosant. C'est tuer l'innovation, la créativité, l'inventivité, le courage d'une société. As-tu remarqué ? Quasiment tous les nouveaux auteurs, chanteurs, comédiens, acteurs sont "fils de" ou "mari/femme de" : là est la sclérose.
> electric-sheep : pas entièrement d'accord. Certains CDI seront précarisés en CNE (mais a priori, c'est idiot : si l'entreprise avait besoin d'un CDI, je ne vois pas pourquoi elle virerait au bout de deux ans en payant 10% d'indemnités). De même, certains CDD seront "dé-précarisés" en CNE.
Mais ce qui compte, c'est surtout : est-ce qu'il y a des non-embauches qui seront transformées en CNE ? Un sondage parcellaire récent chiffrait cela à 29%. Soit 29% de gens EN PLUS qui auront un travail...
Je n'appelle pas ça "rien à y gagner".
Écrit par : Jerome | 29/03/2006
J'aimerais revenir sur la mobilité, plus particulièrement la mobilité géographique.
Je cotoie tous les jours, dans mon travail, des gens qui doivent trouver une orientation professionnelle. Des adultes qui, pour une raison x ou y doivent changer de profession, des jeunes qui, en "échec scolaire" ou même diplômés, ne savent pas vers quoi se diriger. Et c'est souvent la quadrature du cercle car il faut les aider à trouver un métier qui leur plaise, avec le minimum de formation (car il est de plus en plus de faire financer une formation, toujours extrèmement coûteuse) et qui offre des débouchés dans le département, voire la ville, qu'ils habitent !
Je comprends qu'un adulte qui a des obligations familiales, un logement, une femme ou un mari qui travaille, puisse difficilement se permettre de changer de région, mais ce qui me tue, ce sont les jeunes qui refusent la possibilité d'aller se former (à l'AFPA, où les formations sont rémunérées, on peut même être logé sur place!) ou travailler dans un autre département, parce qu'ils seraient trop loin de Papa et Maman ! Et croyez moi, j'en vois tous les jours. Je les plains au fond, je plains cette frilosité qui les empèche de prendre leur envol !
Écrit par : Régine | 29/03/2006
Merci, ça fait plaisir d'entendre autre chose que les refrains politiquement corrects habituels !
Vous m'ôtez les mots du clavier... :-)
D'accord en tous points, avec un petit ajout : bien sûr ce n'est pas à la portée de tout le monde, et bien sûr c'est plus facile à dire qu'à faire, mais la création d'entreprise est une voie qui n'est pas réservée aux centraliens et aux artisans... quel dommage qu'elle ne soit pas un peu plus dans les moeurs... Dans le cadre d'un vrai programme d'orientation dont certains parlaient, ça devrait avoir sa place ! (surtout dans les formations supérieures ; je comprends que les non diplômés, qui ont moins d'armes que les autres, soient frileux, mais les cadres !!)
Écrit par : marianne | 30/03/2006
OK, le rapport est ténu (quoique) et ne tient quasiment que sur la dernière phrase de votre note ("On ne lutte pas contre ses peurs en fermant les yeux.") mais je voudrais tout de même conseiller la tribune de Michel Rocard dans le Monde d'hier : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1- href="mailto:0@2">0@2-3232,36-755756,0.html
Écrit par : aymeric | 30/03/2006
Juste une petite note:
A 18 ans, je suis entré à l'unif (en Belgique, puisque je vis là, plus pratique...), et j'ai obtenu après 4 ans de laborieux efforts mon diplôme de traducteur (bachelor; ça le fait, non? :)). Je suis bien content, ce passe constitue un fameux atout, et un sésame qui ouvre de nombreuses portes. Néanmoins, je regrette tous les jours de ne pas avoir suivi les études d'histoire de l'art, sujet qui me passionne encore aujourd'hui. D'où ma remarque: certes, les débouchés ne sont pas forcément évidents dans certaines filières. Mais ne vaut-il pas mieux suivre ses envies, surtout en ce qui concerne un choix aussi crucial? La vie est courte pour être raisonnable...
Écrit par : Cédric | 31/03/2006
P.S.: il se la fait, à la fin, ou pas? ;)
Écrit par : Cédric | 31/03/2006
> marianne : c'est vrai, il y a aussi la création d'entreprise. Mais pourquoi "surtout pour les cadres" ? :)
> Cédric : c'est une des questions de fond. Effectivement, si une passion dévore, on peut très bien, en toute conscience, faire le choix de suivre sa passion, même si l'on sait que ça veut dire "galérer" ensuite. Dans ce cas, en revanche, on ne peut pas se plaindre ensuite !
Et pourquoi considérer que ça t'est aujourd'hui inaccessible ? Tu travailles, tu es toujours passionné par l'histoire de l'art, il y a sûrement dans le droit du travail belge un moyen de concilier tout ça. Et quand bien même ça ne serait pas le cas, ne peux-tu exercer ta passion comme une passion de ta vie personnelle ? :-)
"La vie est courte" aussi pour s'interdire de suivre nos passions même après l'unif :-)
Écrit par : Jérôme | 31/03/2006
> Aymeric : yep, très bien, le texte de Rocard :)
> Cédric 2 : hein ? qui ? quoi ? lo po compris, là :D
Écrit par : Jérôme | 31/03/2006
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