23/01/2006
L'enfant de la ligne lune
Elle était assise, un peu assourdie, les mains jointes paumes tournées vers le ciel. Son visage mutin paraisait perdu dans les tumultes des pensées de l'adolescence. Une note, un devoir ? Une dispute familiale ? L'inconfort ignorant d'une histoire d'amour compromise par trop d'heures de skate et de console ?
Peut-être tout simplement la nostalgie du départ.
Ses cheveux sous les épaules étaient effilés, tenus sur le côté par un simple élastique, un peu lâche. C'était un joli mouvement, qui offrait son visage à la lumière blafarde d'une rame de la ligne 1.
Sur ses genoux, un vieux sac en toile militaire, taché d'encre et de tipp-ex.
Dans l'exploration d'elle-même, elle ne relevait pas la tête aux bousculades d'une porte, au crin-crin absurde des mendiants enviolonnés. Elle gardait les pieds sous le strapontin, cachés dans la largeur démesurée d'un jogging à pattes d'éléphant. Noir, deux bandes fuschia.
Le vieil homme au discours mécanique "pièce - ticket restaurant - sourire" ne la perturbait pas non plus.
Petit à petit, elle devenait imperceptible à la masse urgente.
Petit à petit, la jeune fille au regard lent se dissolvait.
Petit à petit, elle disparaissait dans l'autre dimension.
A Concorde, le strapontin se leva doucement, une larme en suspension.
A Concorde, elle changea de monde sans changer de rame.
Elle poursuivrait son voyage dans l'onirimonde des effacés.
10:40 Publié dans Paris rêvé, vécu, vu | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : paris, metro, ligne









Commentaires
Beau.
Ecrit par : Folie Privée | 23/01/2006
Beau bis.
Ecrit par : Chandelin | 24/01/2006
C'est joli. J'aime bien cette inspiration qui nous vient parfois d'un visage ou de l'attitude d'un inconnu.
Ecrit par : Bettina Soulez | 25/01/2006
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