19/01/2006

Ce qui devient "l'affaire Garfieldd"

Une interview sur Pointblog de "Garfieldd", proviseur blogueur révoqué.

A lire, notamment pour éviter les procès d'intention.

Ce type est un GRAND monsieur.

 

Pour ma part, j'IGNORE, n'en ayant pas la preuve, quelle est la cause première de la révocation de Garfieldd.

Je SAIS, en revanche, pour avoir lu son blog autrefois, que l'accusation de "pornographie" ne tient absolument pas la route.

Mais je suis un blogueur, et je SAIS faire la différence entre billet, commentaire et requêtes Google. Pas le journaliste de Libération, au vu de son article initial - qui s'est finalement excusé et a publié un correctif -.

Peut-on préjuger, comme le font ceux qui prêtent une intention discriminatoire, que la commission paritaire est au courant de ce savoir blogosphérique ? Je n'en suis pas sûr. Si la commission paritaire, tout comme ce journaliste, s'est emmêlé les pinceaux entre billet, commentaire et requêtes Google, alors je peux admettre que le blog contient des termes très crus pouvant être interprétés comme "un blog pornographique" par des personnes ne maîtrisant pas cette technologie. Est-ce que ça serait si improbable que la commission ait tout simplement pêché par ignorance ?

Je SENS et me REVOLTE contre la disproportion de la sanction (révocation immédiate) et ce que je perçois, de mon point de vue de blogueur, de la faute commise (transgression du devoir de réserve, à tout le moins ; maladresse des confessions intimes, au pire).

Je PENSE que le ministre a certainement signé la révocation en faisant confiance à la commission. Les quelques billets stigmatisant Gilles de Robien voire l'accusant d'homophobie ou appelant à sa démission sont tout simplement ridicules. Me Eolas a bien transcrit mon sentiment dans la façon dont il interpelle le ministre.

J'ai PEUR, hélas, que mon analyse pèche par naïveté. Mais c'est ma peur, je la garde pour moi (dit-il en la publiant sur un blog...) et n'en fait pas nécessairement une intention pour la commission.

 

De là, trois hypothèses :
- la commission a vraiment PERCU le blog comme pornographique et s'est plantée dans l'analyse des faits. La sanction repose sur des bases fausses. Ca ne tiendra devant aucun tribunal administratif, si jamais le ministre refusait le recours gracieux.
- la commission a eu "peur que ça se sache" : "Mon Dieu Marx, que ferons-nous si un parent découvre ce blog et apprend que le proviseur est homosexuel ? Il faut protéger l'institution contre tout risque de scandale". Un bon coup de panique, suite à différentes affaires et au raccourci stupide mais hélas toujours en vigueur "pédé=pédo", et hop, pour le salut de l'institution, un homme est jeté à la rue. C'est malheureusement possible, notamment à l'Education Nationale (il y a des précédents, hélas).
- la commission avait une intention homophobe assumée et se retranche derrière la défense "pornographique". Là, ils vont vraiment avoir un problème, car leur ligne de défense ne tient pas, et ils ont commis un délit... En effet, le lien logique entre "homosexualité" et "pornographie" est impossible à établir en partant du matériau que constitue le blog de Garfieldd (et dans le contexte de notre société française actuelle). J'imagine mal les membres de la commission se dire "Quand même, un pédé ! On n'a qu'à dire que c'est de la pornographie." Je les imagine plus facilement se dire "C'est pornographique, regardez ce qui est écrit" et peut-être, pour certains, penser "Et en plus, il est pédé." Ce qui n'est pas tout à fait la même chose (cause première/cause seconde) - même si c'est immonde de la part de gens qui pensent cela.

Alors je m'ABSTIENS de procès d'intention. Je ne sais pas la cause première de la sanction ; je me bats, à mon petit niveau, pour qu'elle soit à tout le moins revue, car tout me hurle qu'elle est injuste. Et j'attend la suite. Peut-être que "je ne veux pas croire que". Peut-être est-ce de la naïveté. Mais s'il s'agit juste d'une bête erreur par ignorance de la part des membres de la commission, je me dis que je n'aimerais pas être à leur place et accusé injustement d'homophobie. Je ne veux pas prendre le risque de commettre une injustice pour réparer une injustice, surtout quand je peux l'éviter.

 

Le SEUL moyen de savoir de façon certaine ce qui a motivé la sanction serait que les minutes de la commission (pas la décision, les minutes) soient rendues publiques. Ou "parviennent à notre journal", comme on dit.

 

Mesdames et messieurs les journalistes, reconciliez-moi avec le journalisme d'investigation.

Trackbacks

Je suis un pornographe !

Sachant que Garfieldd a été accusé de pornographie par une commission disciplinaire aussi ignorante qu'un journaliste de Laberration, sous prétexte qu'il avait publié sur son blog certains mots-clés "amusants" qui avaient conduit des moteurs...

Trackback par : Ashram de Swâmi Petaramesh | 30/01/2006

Commentaires

D'accord, la commission ne savait peut-être pas de quoi elle parlait. Cependant : depuis quand condamne-t-on les gens sans expertise des faits et sans procès? Pourquoi n'avoir pas demandé au proviseur des éclaircissements? Pourquoi n'être pas allé lire, simplement, son blog, avant de juger?
Pour paraphraser un journaliste américain au sujet de son propre pays, c'est le triomphe des "tripes" (gut) sur l'intelligence. La réaction instinctive, qui répond à l'air du temps, plutôt que l'analyse et la réflexion.
Et quand cela a de telles conséquences, c'est difficilement excusable.

Écrit par : Elise | 20/01/2006

> Elise : je n'ai pas dit que la commission était excusable.

Cette commission est une instance ADMINISTRATIVE : elle n'est pas là pour juger contradictoirement, je crois, mais pour décider si les textes sont respectés à la lettre. C'est pour cela qu'il existe de nombreuses voies de recours (ok, c'est un système idiot, mais bon) : recours gracieux, recours devant le tribunal administratif puis le conseil d'Etat (me semble-t-il) et la Cour Européenne des Droits de l'Homme.
Je ne sais pas si la commission a entendu le proviseur ou pas.
Ont-ils lu le blog ? Le proviseur a fermé son blog dès l'annonce de sa suspension, en octobre. La commission s'est réunie en décembre. Il est malheureusement probable qu'ils n'avaient que qq copies d'écran ou citations... C'est pour ça que je veux lire les "minutes", s'il en existe.

Je suis aussi choqué que toi. Mais les accusations qui fleurissent sur les blogs contre "la commission homophobe" ou pire "Gilles (de Robien) Burgaud" me mettent mal à l'aise. On applique à la commission et au ministre LA MEME CHOSE QUE L'ON REPROCHE à cette commission : un procès d'intention. C'est ça qui me gêne : c'est de l'ordre de la calomnie - tout comme l'avis "blog pornographique" est calomnieux.

Oui, pour ce que j'ai lu du blog, cette décision est choquante. Mais ce n'est pas forcément la peine d'engager le refrain du "tous pourris, tous homophobes, le ministre démission !".

J'essaie juste, dans cette note, de dire : attention au piège de l'emballement. Revenons à la réalité des faits, et réservons nos jugements et nos invectives pour le moment où on en saura plus sur les raisons de cette sanction (injustifiée à mon avis).

Écrit par : Jérôme | 20/01/2006

> Pascal : j'ai supprimé ton commentaire car le nom réel de Garfieldd y apparaissait.

Écrit par : Jérôme | 25/01/2006

Écrire un commentaire