17/01/2006
Eloge de l'impur
Mesdames et messieurs les "purs",
Dans vos combats imbéciles contre tout ce qui ne se conforme pas à votre vision congelée d'un monde que vous ne percevez qu'au prisme de vos illusions idéologiques, vous nuisez. Votre approche "idéelle" de la réalité est le pire des totalitarismes. Vos assauts crétins, toujours a priori - c'est tellement plus facile -, constituent autant de vagues aveugles et sourdes contre les digues de l'humain, de ce qui fait l'homme.
Mesdames et messieurs les "purs", je vous conchie.
La pureté, quelle qu'elle soit, est la plus morbide des illusions. Seuls s'en approchent le vide et le diamant - l'inerte est votre manifestation. Seule y tend l'entropie - la dissolution est votre action.
La réalité, c'est la vie. A lire dans les deux sens.
La réalité, c'est trouble, glauque, plein de miasmes, ça pue et c'est gras. Mais c'est aussi bleu comme un ciel d'hiver, clair comme une eau de source, ensemencé comme un bon fromage, ça sent les fleurs des champs et ça luit comme un champignon sous la pluie.
La réalité, c'est horrible, plein de sang, de sueur, de larmes et de maladies. Mais c'est aussi émouvant qu'une naissance, gratifiant qu'un travail accompli, beau comme des retrouvailles et immense comme l'espoir. Au cas où vous l'auriez oublié, vous pissez, vous chiez, vous toussez et vous reniflez aussi. Et ça ne sent pas meilleur que le voisin.
Mesdames et messieurs les "purs", je vous emmerde.
Détrousseurs de rêves, briseurs d'élan, puritains de la sclérose, Saint-Just obtus de la pensée unique, putains de l'aveuglement, Torquemada des émotions, mais surtout : criminels contre l'humanisme et violeurs de l'humanité.
Mesdames et messieurs les "purs", vous êtes déjà morts et vous ne le savez pas.
Note dédiée aux entrepreneurs que l'on dissuade, aux rêveurs que l'on enferme, aux convalescents que l'on condamne. A tous ceux à qui l'on a dit un jour "tu n'aurais pas dû", "ça ne marchera jamais", "l'idée est risquée : nous la rejetons" ou "ce n'est pas sage, ce n'est pas raisonnable". A Folie Privée, aussi [edit du 18/01 : par anticipation, étrange coïncidence].
Et spéciale dédicace : A un proviseur blogueur.
13:45 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note









Commentaires
Ca a le mérite d'être clair.
Quel est ou quels sont les événements déclencheurs de ce billet ?
Ecrit par : Chandelin | 17/01/2006
> Chandelin : c'est plus un phénomène de goutte d'eau qui fait déborder le vase. En vrac : les "bons conseils" donnés à ma compagne ("un an avant de trouver un emploi, c'est normal"), le limogeage d'un proviseur blogueur, un "avis" destructeur donné à Folie Privée, la tendance générale au "il y a forcément des arrières-pensées, une arnaque, un piège, un mensonge, un échec prévisible" (Netizen, le CNE, le CPE, les radars automatiques, ...). Les hystérologies contradictoires ambiantes (anti-libérale et anti-Etat, anti-pub, anti-commerciale, anti-risque, anti-innovation, anti-pétrole et en même temps anti-nucléaire et anti-éolienne, le principe de précaution, la pureté morale exigée des "élites" mais pas de soi, ...). Ajouté à cela le culte du propre, du net, du lisse, du contrôlé, du vérifié, du mesuré, de "l'informé", ...
Bref, ras-le-bol. :-)
Ecrit par : Jerome | 17/01/2006
"La réalité, c'est trouble, glauque, plein de miasmes, ça pue et c'est gras."
> putain, c'est bon de lire cela ailleurs que chez sois ;)
Ecrit par : nico | 17/01/2006
Merci de ta réponse :)
Peut-être fais-je partie de ceux que tu fustiges.
La pub, par exemple, j'ai du mal à la tolérer dans ses excès (c'est-à-dire très souvent). Je ne sais pas si je suis un anti-pub pour autant.
Des arrières-pensées spéculatoires sur telle ou telle initiative, j'en prête aussi de temps à autres, sans fondement toujours bien établi ; il y a des cas où il est important d'anticiper les preuves à venir. Parfois, je tombe juste. Parfois, je me trompe (et dans ces cas-là, je rougis et m'excuse).
Je n'ai pas le monopole de l'intelligence, juste celle, parfois, de la remise en cause, pour essayer de me tracer un chemin cohérent dans mes propres contradictions que j'entretiens avec ce monde lui-même contradictoire.
Quoiqu'il en soit, je comprends ton ressenti.
Merci de ta rage. La mienne, j'ai dû la museler bien souvent.
Ecrit par : Chandelin | 17/01/2006
> Chandelin : tes contradictions t'honorent. Car en cela, tu n'es pas (si jamais j'étais, ce dont je doute, qualifié pour émettre le moindre avis définitif à ce sujet...) un "pur". Ce n'est certes pas la contradiction que je fustige, AU CONTRAIRE.
J'aime beaucoup ta phrase : "essayer de me tracer un chemin... avec ce monde lui-même contradictoire". C'est exactement cela que j'appelle être impur, être humain : "faire avec" la réalité et ses propres contradictions.
(et j'en ai aussi un paquet, de contradictions...)
> Nico : c'est pas un peu narcissique, ton commentaire ;-) *joking* ?
Ecrit par : Jerome | 17/01/2006
vive les impurs! et qu'un pur sang n'abreuve plus nos campagnes mornes/mortes de ces champs de blogs vides et creux, loin de l'uniformisation Typadienne j'ai plaisir à lire ici des mots des tripes, du cortex et de de la révolte vivante....merci.
Ecrit par : entropie | 17/01/2006
Superbe note, merci de l'avoir écrite : elle met en mots cette rage que certains ressentent et ne savent pas formuler.
Je m'y retrouve.
Ecrit par : Elise | 17/01/2006
Putain que ça fait du bien! j'aurais pu crier ce que tu as écrit. Alors comme ça je ne serais pas seul au monde? Je finissais par me poser des questions. Merci gars, et dit merci à ta soeurette, c'est sur son blog que j'ai trouvé le lien.
Ecrit par : BUCHERON78 | 10/05/2006
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