09/11/2005
Désensablé
Je n'ai pas vraiment compris ce qu'il m'est arrivé.
Paris somnole dans le quotidien de son urbanité de façades. Sous la pluie glacée d'un matin de novembre, chaque chose est à sa place.
Les distributeurs de journaux gratuits à la sortie du métro. Le vieil homme à la gabardine verte recroquevillé au pied d'un si riche immeuble, son écuelle et le pauvre carton de ses demandes. Il ne bouge pas, regarde à peine les gens qui passent. Je le vois chaque matin depuis quelques semaines. Pas le soir. Le soir, c'est un enfiévré au regard d'alcool qui marmonne à voix haute des remontrances incompréhensibles.
A traverser le boulevard, les voitures, bus, scooters. L'inévitable crétin qui brûle le feu rouge.
Les façades, encore. Antiquaire de luxe, marchands de robinets et de baignoires de luxe aussi, vendeur de meubles de luxe toujours. Deux bistrots, dont un a cru bon de se "conceptualiser" de mauve et argent. La brassée de deux-roues devant l'agence de la mutuelle. Le musée.
Mais sur ce chemin habituel, un bruit a changé. L'immeuble est bâché de plastique, cerclé de métal. En ravalement. Selon l'heure, des ouvriers plus ou moins casqués vident des sacs de sable blanc dans l'aspirateur à l'envers du désincrustage. Ou bien le bruit a déjà commencé.
Ce n'est pas le bruit de la bétonnière, au-delà des ronflements du diesel : on n'y perçoit pas les cailloux qui crépitent sur les parois d'acier en oscillations successives : brrrrrrrrrr krt krt trac tac. Ni le tac tac tac tum tump brrrrrrrrrr des marteaux-piqueurs à l'assaut du bitume.
C'est le bruit liquide et siliceux d'un bord de plage en concentré.
C'est le bruit de la petite pelle en plastique bleu que l'on plantait difficilement dans le sable trop mouillé pour nos chateaux de rêve. En plus fort, en plus ramassé.
C'est le bruit accrocheur du sable sec entre les doigts, que l'on faisait couler sur le dos de nos parents assoupis. Mais d'une main immense cette fois.
C'est, à s'en éloigner, le froissement soyeux du pied nu traçant son contour éphémère un après-midi de vacances.
C'est soie en ville - soi, en vie.
11:38 Publié dans Paris rêvé, vécu, vu | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note









Commentaires
Joli :)
Ici, il n'y a pas de pavés sur la plage.
Ecrit par : Elise | 10/11/2005
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