08/11/2005

Sans lien avec le précédent - vraiment ?

medium_dogville.jpgHier soir, sur Arte, Dogville de Lars von Trier.

 

Je ne pense rien du cinéma de Lars von Trier en général : je me suis profondément ennuyé à Breaking the Waves, et ai été passablement diverti, malgré son côté parfois (et sa fin très) lourdingue, par son mélodrame musical avec Björk. Pas de souvenir des critiques à l'époque de ce film.
L'esprit vierge donc.

 

Dans un parti-pris stylistique assez déroutant au début - une ville représentée par des marques de pinceaux au sol, comme une pièce de théâtre - et qui se fait oublier très vite, l'histoire toute simple d'une petite communauté américaine recluse, époque années 30, quinze habitants, chacun sa place, chacun sa fonction, chacun son histoire. Arrive une étrangère, visiblement pourchassée, belle, mystérieuse (Nicole Kidman hallucinée et hallucinante).

 

Le pur théoricien, apprenti "philosophe pragmatique", veut utiliser cette arrivée comme une preuve qu'aucun d'entre nous ne sait "recevoir" simplement, naturellement, sans arrière-pensée ni contrepartie.

 

Il a malheureusement (dans le film, en tout cas) raison.

 

La mécanique légère qui conduit à l'horreur se met en place. Au prix de toutes petites compromissions, de minuscules intolérances, du si subtil passage du "je te donne" à "tu m'es redevable", du tranquille refrain "tu n'es pas d'ici".

 

Pour arriver à ce qui fait le pire de l'être (in)humain - et le pire du pire : toujours avec compassion, en étant persuadé "d'agir pour le bien de la communauté".

 

 

Je n'ai pas beaucoup de mots pour dire à quel point ce film est fort et dérangeant. Fort car tracé comme une épure. Dérangeant car, hélas, je ne vois personne(*) qui pourrait dire en le voyant : "Jamais de ma vie je n'ai pensé ou dit quelque chose comme cela". Et la somme de toutes ces lâchetés, c'est l'inhumanité.

 

Et la conséquence de la somme de toutes ces lâchetés, c'est la violence absolue.

 

Je n'ai qu'un souhait : que toute personne qui voit ce film, au moment de commettre une de ces lâchetés ordinaires, se rappelle la fin de Dogville. Mais bien sûr, "ça n'est qu'un film, ça ne se passe pas comme ça en réalité." : trop tard !

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(*) si, je vois une personne dans l'histoire de l'humanité, il y a environ 2000 ans.

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