08/11/2005
Lettre à un ami américain
(VF plus bas)
Dear American friend,
In your newspapers'columns or TV news shows, you feel aghast by the riots in Paris.
Please allow me to bring you some precisions:
1. Riots take place at night, in the suburbans areas of many of the major cities. Not only in Paris. It has nothing to compare with the images of looters in New Orleans we saw recently. But more, in a way, with the riots in LA following the beating of Rodney King a few years ago. And then, there is a difference: Rodney King had been beaten up by police forces (like this old man in New Orleans a few weeks ago): here, the starting point is the tragic and stupid accidental death of two young people hidden in a high-voltage power unit, trying to escape an identity check by police forces.
2. In France, and at the opposite of your country, the suburbans parts are poor and the centers of city rich. So it has nothing to do with a confrontation between rich and poor, these events are juste goal-less and dumb destructions: the riotters destroy the properties of their neightbors and the public properties that benefit to all (schools, sports areas, public libraries, ...) in their suburbs; harass fire squads, health units, police forces, ie any civil servant that remind them of the power of Government.
3. Your tv shows speak all hour round the clock of "immigration and integration problems". There again, your point of view is biaised. Unfortunately, I have to admit it is also biaised in France. It will come as a surprise for you, but most of the riotters are French citizens, born in France, from foreign or naturalized relatives: by law, these young people are French, as much as I am. This is not a problem of immigration but the neverending incapability of the French society to give the same chances to all of its children, be they from rich or poor origins. And amongst the poorer are the children of immigration. This is in no way a purely "racial" problem.
4. You are suprised that the police forces had not yet re-established order. After all, in the middle of the catastrophy New Orelans suffered, your President sent troops with order to shoot looters. At least, it is how it appeared to us, viewed from France. I think that, there, we are at the heart of a very cultural difference : us French would prefer to have one thousand burnt cars to one single death, even a riotter's death. For us, value of a single human life, even a riotter, is superior to the value of any material properties.
Dear American friend, there is no revolution in France. Neither racial, nor social, religious, political.
There is, sadly, a burst of anarchist and nihilist violence, quite like we both would have called "punk" a few years ago : these young citizens imagine that they have "no future". Therefore, they destroy what they are able to put their hands on.
Cher ami américain,
Tu t'étonnes à longueur de journaux et de reportages des riots in Paris.
Laisse-moi te donner quelques précisions :
1. Les émeutes ont lieu de nuit, dans les banlieues de la plupart des grandes villes. Pas seulement à Paris. Cela n'a rien à voir avec les images de La Nouvelle-Orléans que nous avons vues récemment. Mais plutôt, en un sens, avec les émeutes suite au tabassage de Rodney King à Los Angeles il y a quelques années. Et là encore il y a une différence : Rodney King a été tabassé par tes forces de police (comme ce vieil homme à la Nouvelle Orléans, il y a quelques semaines) ; ici, le point de départ, c'est l'accident stupide et tragique de la mort de deux adolescents qui se sont cachés dans un transformateur haute-tension pour échapper à un contrôle d'identité de la police.
2. En France, contrairement à chez toi, ce sont les centres-villes qui sont riches et les banlieues qui sont pauvres. Donc il ne s'agit pas d'affrontement des riches contre les pauvres, mais de destructions sans but et sans intelligence : les émeutiers détruisent les biens de leurs voisins et les biens publics (écoles, gymnases, bibliothèques, ...) de leur quartier, agressent les pompiers, les infirmiers, les policiers, tout ce qui peut rappeler la puissance de l'Etat.
3. Tu parles à longueur d'antenne de "problèmes d'immigration et d'intégration". Là encore, ta remarque est biaisée. Et je conçois qu'elle l'est aussi en France, malheureusement. En effet, ça va te surprendre, la plupart des émeutiers sont des Français, nés en France, de parents étrangers ou naturalisés : par la loi, ces jeunes sont Français, autant que moi. Il ne s'agit pas d'un problème d'immigration mais de l'incapacité chronique de la société française à donner les mêmes chances à tous ses enfants, ceux des milieux riches comme ceux des milieux pauvres. Et parmi les défavorisés, on trouve les enfants de l'immigration. Ce n'est pas un problème purement "ethnique".
4. Tu es surpris que la police n'ait pas déjà rétabli l'ordre. Après tout, au milieu de la catastrophe de la Nouvelle-Orléans, ton Président à envoyé l'armée pour tirer à vue sur les pillards. Du moins, c'est ce que nous avons vu ici. Là, on touche à une différence culturelle fondamentale : nous, Français, préférons mille voitures brûlées à un seul mort, même émeutier. Pour nous, la valeur d'une vie humaine, même celle d'un émeutier, est toujours supérieure à celle de biens matériels.
Cher ami américain, il n'y a pas de révolution en France. Ni raciale, ni sociale, ni religieuse, ni politique.
Il y a, malheureusement, une explosion de violence anarchiste et nihiliste, sur un mode que l'on aurait appelé punk autrefois : ces jeunes citoyens s'imaginent qu'ils ont no future. Et ils cassent ce qu'ils ont sous la main.
17:45 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note









Commentaires
je suis un peu en retard sur ce post, mais j'aime beaucoup. ces violences n'entraineront malheureusement pas de revolutions et certainement même pas de prise de conscience. Je pense qu'il faut considérer tout ça comme un peu plus important que des violences anarchistes.
Ecrit par : ced | 10/11/2005
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