07/11/2005
Français, responsable, coupable.
Quand un voisin, un ami, un parent, dit : "les immigrés, les noirs, les arabes, les juifs" - responsable.
Quand un journaliste dit : "un jeune d'origine maghrébine", en masquant ainsi le fait qu'il s'agit d'abord et avant tout d'un Français - responsable.
Quand un chargé de recrutement décide, à la seule vue du nom ou de l'adresse sur le CV, que "le poste n'est plus disponible", ou pire que "nos clients pourraient être gênés" - responsable.
Quand un salarié n'admet pas que la vie en entreprise (ou en administration) a des règles et implique qu'une hiérarchie a autorité, se fait mettre à pied ou licencier et hurle à la "discrimination raciale" - responsable.
Quand un propriétaire précise à l'agent immobilier qu'il ne souhaite pas de "locataires à consonnance étrangère" - responsable.
Quand des parents laissent sortir des gamins de treize ans toute la nuit - responsables.
Quand l'Education Nationale préfère que les professeurs les plus inexpérimentés soient envoyés dans les collèges les plus durs - responsable.
Quand le mot "discrimination" est associé à "positive", c'est-à-dire quand l'on accepte de discriminer des Français sur autre chose que des critères socio-économiques - responsable.
Quand des associations revendiquent la parole au nom du concept foireux de "la communauté" - responsable.
Quand un "artiste" se pose en victime non en raison de ce qu'il a dit ou fait, mais dans l'hypothèse délirante d'un "complot" - responsable.
Quand le sommet de la discussion politique se résume à "eux" et "nous" ("eux les puissants, nous les pauvres gens", "eux les habitants des banlieues, nous les autres" - ça marche dans les deux sens) - responsable.
MAIS
Quand un policier, un gendarme, manque du respect dû à tout citoyen, ou pire insulte une personne lors de n'importe quel contrôle - coupable.
Quand un délinquant - il n'y a PAS d'autre mot - lance un cocktail molotov, "caillasse" un bus, enflamme une voiture, insulte ou agresse un infirmier, un pompier, un policier - coupable.
Quand une minorité de petits trafiquants, de casseurs sans aucune revendication (ce qui n'excuse pas les casseurs revendicatifs) dicte sa loi à la majorité des résidents tranquilles d'un immeuble, d'un quartier, d'une ville - coupable.
Quand (et si) des policiers font de fausses déclarations après un accident stupide et tragique qui a coûté la vie à deux gamins - coupables.
*****
Est-il acceptable d'entendre que l'on peut être contrôlé trois ou quatre fois par semaine dans tel endroit du territoire de la République, et que je n'ai jamais été contrôlé de ma vie (sauf à la RATP et à la SNCF) ? Non.
Est-il acceptable d'entendre qu'une patrouille de police dans tel endroit du territoire de la République est "une provocation" ? Non.
Je n'ai pas de réponses.
Mais en ce moment, j'ai mal à la France.
(et allez voir Nuesblog, ça en vaut la peine)
10:45 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note






Commentaires
oui.. on est nombreux à avoir mal comme tu dis..
Écrit par : audrey | 07/11/2005
Merci.
Pas mal la phrase de JFK.
L'armée du salut est pas mal pour les actions collectives (il y'en a d'autres).
@+ Jerôme!
Écrit par : AK47 | 07/11/2005
Merci, Jérôme...
Il est bon que certaines choses soient dites et encore mieux, écrites.
Tout ce que j'espère, c'est qu'un grand nombre de français souffrent du même mal que nous (mais j'en doute un peu)...
Écrit par : Régine | 07/11/2005
fort juste. pas d'autres réponses non plus, mais merci pour le partage de cette pensée. elle me fait l'effet d'une réponse en soi, comme si une prise de conscience nette était déja avancer.
Écrit par : krysalia | 08/11/2005
Très bon texte. Merci.
Écrit par : Bettina Soulez | 08/11/2005
De la concision, des mots justes, des phrases simples.
Merci pour ce texte qui résume ce que j'ai en moi.
Écrit par : Blandine | 08/11/2005
Bon texte mais beaucoup de naïveté aussi...
Écrit par : Jay | 08/11/2005
> Jay : j'attend qu'on me démontre où est "la naïveté".
> les autres : merci !
Écrit par : Jerome | 08/11/2005
J'ajouterai :
- Est il acceptable d'attendre que ça brule pour aborder le sujet..?
Écrit par : Pierre | 08/11/2005
Et quand de hauts reponsables ne présentent aucun signe de compassion vis à vis de victimes (peut-être coupables de leur coté, mais leur sort était-il mérité), et attisent les braises en soufflant leur hargne électoraliste, coupables ou responsables.
Écrit par : Serge | 08/11/2005
clap clap clap des deux mains !
Écrit par : orpheus | 08/11/2005
Pas d'accord du tout sur la condamnation de la discrimination positive. Deux termes signifient la même chose : "positive discrimination" et "affirmative action". Croyez vous que si, pour faire un autre néologisme, on avait choisi "action affirmative" le tollé aurait été le même ? Il s'agit avant tout de dégripper une machine. Le supposé ascenceur social au mérite exclue de fait une partie de la population. Il s'agit de poser un doigt sous la balance pour rétablir un équilibre. Le mot discriminantion positive est choquant ? C'est une connerie de plus de Sarkozy dans le choix de ses termes ? Très bien. On sait depuis que l'éloquence et le choix raisonné du vocabulaire n'est vraiment pas son fort. Appelons la chose autrement. Mais réparer une machine qui ne marche pas est une nécessité et se draper dans l'égalitarisme républicain est une escroquerie honteuse qui ne fait que reproduire et perpétuer un système profondément inégalitaire.
Écrit par : Sakakini | 08/11/2005
> Sakakini : votre commentaire appelle deux remarques.
1. "Il s'agit de poser un doigt sous la balance pour rétablir l'équilibre". D'une, d'un point de vue théorique, je n'ai pas envie de me contenter que le système fonctionne mal et de le colmater : je préfère essayer que le système fonctionne. De deux, effectivement, en attendant, je suis pour le "doigt sous la balance". Vous m'avez mal lu.
MAIS
2. Je suis totalement CONTRE le fait que le critère soit autre chose que socio-économique. J'applaudis des deux mains à l'initiative de Sciences-Po sur les ZEP car elle se fait sur des critères de territoires géographiques de ZEP, non pas sur des critères idéologiques (ethniques, religieux, ...)
En résumé : oui à la discrimination territoriale. Si vous venez d'un territoire difficile, vu qu'il vous est plus difficile de réussir, je veux bien que vous ayez un avantage. Effet pervers et positif : plus de gens, pour bénéficier de ce système, s'installeront dans ce territoire, ce qui y accroîtra la diversité sociale...
Mais définitivement NON à la discrimination sur d'AUTRES CRITERES que le critère socio-économique/territorial (c'est le même, pour le moment en tout cas en France).
Merci de me permettre de préciser mon point de vue.
Écrit par : Jérôme | 08/11/2005
bravo...et merci, ton texte est parfaitement explicite et fort, sans bavure, rien à redire, sinon la fin (l'entropie sans "ire' n'est pas complètement entropique...), j'ai mal à l'Humain...la France et l'idée nationale ne me font rien du tout, les drapeaux, les frontières, les champs patriotiques font partis du problème qui s'étale devant nous.
J'ai mal à l'idée révolutionnaire qui voulait bâtir un état ouvert et démocratique sans religion ni despotisme, j'ai mal à Robespierre, à Proudhon, à Lafargues, pas à Thiers...pas à cette France jacobine qui fabrique des ghettos sociaux/raciaux.
encore Bravo pour ton texte, mais j'ai mal à l'Humanisme...soyons plus idéalistes encore!
Écrit par : entropie | 09/11/2005
je tiens juste à rappeller que la discrimination positive à la sauce Sarko, serait évidement sur critères sociaux et d'origine géographique, et non sur critéres ethniques (imaginez le bordel légal pour définir les groupes ethniques, et puis quel en serait l'interêt ?)
Écrit par : âne | 09/11/2005
Bravo pour ces idées justes, dans toute cette agitation, il y'en a peu hélas.
Pour ceux que ça interesse ce lien, je suis tombé dessus par hasard, bien que sur un forum où l'on trouve plus souvent le pire que le meilleur, cette analyse est interessante:
http://www.liberation.fr/page_forum.php?Template=FOR_MSG&Message=338846
Écrit par : Noblogallowed | 13/11/2005
Bien dit.
Écrit par : Marc | 01/04/2007
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