03/10/2005

C(i)élé(b)rité

C'était un matin du monde, jardin du Luxembourg, le Sénat palatial s'abreuvant au plan d'eau.

 

Jusqu'à la veille silencieuses, les radios crachotaient un bulletin météo différent, mention d'un pourcentage de soleil absorbé, indications des lunettes de protection à ne pas oublier. Le service ophtamologie de l'Hôtel-Dieu sortait de réunion, on se doutait bien que quelques naïfs, quelques matamores arriveraient bientôt en urgence, aveuglés et meuglant "à qui la faute ?".

 

La ville n'en avait cure. C'était lundi, jour de reprise, le froid s'étendait en bon octobre routinier. Dans les immeubles, on rallumait les chaudières, les radiateurs dans les appartements. Le métro transbahutait ses foules de sourcils froncés dans le refus d'une entente au minimum cordiale.

 

Mais ce matin, il y aurait une éclipse. Partielle, certes - rien à voir avec 1999.

 

Sur une chaise en métal vert, sous les arbres au feuillage doré, je l'ai vu lisant l'édition rajeunie d'un quotidien d'histoire ancienne. Le pays au croissant de lune trépignait à l'entrée de la piste étoilée, ce qui, finalement, arrangeait tout le monde, les lâches surtout. Un autre Nobel tombait sur les épaules de deux australiens, remords de la communauté sur l'air du "C'est impossible, il n'y a pas d'origine bactérienne !". Combat des sclérosés, jusqu'à ce qu'un des deux, pour prouver leur découverte, avale un bouillon de culture - et déclare un ulcère, CQFD.

 

Les choses n'avaient finalement pas beaucoup changé, pensa-t-il.

 

A 9h40, je le vis refermer son journal. Le plier en deux, puis en quatre. Le coincer sous son bras. Sortir un drôle d'étui, duquel il tira une paire de lunette aux verres d'un noir négatif - un Z de Costa-Gavras les lui avait volées. Il consulta sa montre, essaya la monture.

Et attendit.

 

Sans crainte, familier des géométries sidérales.

Sans hâte, appointé à dessiner le sens du temps.

Emerveillé toujours, devant ces mécaniques de hasard et de nécessité.

 

Ce matin, au moment où la Lune s'enferrait au soleil, Einstein ajustait sa moustache et regardait le ciel.

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