05/08/2005
H
Comment peut-on être Truman ? Prendre LA décision, qui marque l'entrée dans l'ère du chaos ? Comment peut-on choisir entre une prévision d'un million de morts alliés, et plus de Japonais, et cent cinquante mille morts certaines ?
Comment peut-on être Suzuki ou Hanami ? "Mokusatsu" : "ignorer avec mépris" l'ultimatum américain ? Parler ainsi de trois millions de Japonais "prêts à mourir" pour l'Empereur ?
Est-ce l'arithmétique qui guide la guerre ?
Les cyniques diront que trois cent mille morts ne sont rien RELATIVEMENT A.
Je ne suis pas relatif, sur le sujet de l'homme. De la valeur d'une vie.
Aujourd'hui, des bandes de cinglés fanatiques, au nom de la vision monstrueusement dévoyée d'une Foi, se font sauter pour massacrer ceux qui pensent autrement. Chacune de leurs victimes était unique.
Et le pire, c'est que, sans jamais imaginer les comprendre ou les excuser, je ne sais faire autrement que de penser que ces bourreaux aveuglés sont, aussi, humains.
Naïf, je sais.
Je suis contre la peine de mort, quelle qu'elle soit.
Certaines morts sont peut-être "nécessaires".
Aucune n'est indifférente.
Le pouvoir, c'est la violence. Le pouvoir, c'est la mort. Et c'est aussi valable pour ces crétins de libertariens qui pensent que l'économique pur n'est pas la violence... Et pas de pouvoir, c'est la guerre de tous contre tous.
Etroites limites de la capacité humaine.
Mais.
Mais dans les camps de la mort, un prêtre polonais entre volontairement dans la chambre à gaz, pour accompagner.
Mais un soldat japonais extrait un enfant des décombres et le rend à son père croisé par... quoi ?
Mais trois soldats américains font tout leur possible, dans la boue de la jungle, pour accompagner la chute d'un camarade blessé.
Mais Jean Moulin, comme tant d'autres, n'a pas parlé.
Mais un autre soixantenaire plus tard, de vieux américains émus serrent la main d'un vieil allemand de seize ans qui vidait ses dix mille cartouches sur Omaha Beach.
Il pleut noir sur Hiroshima, il coule des rivières de sang sur les sables atlantique et pacifique.
Nous sommes dans l'ère de l'atome, comme on disait autrefois.
Un jour, demain, plus tard, une poignée de crétins obtus se feront sauter avec une bombe sale, sale bombe, quelque part en ville, à Paris, Londres, Toronto ou ailleurs. Ca me paraît certain.
Peut-être que la pluie noire recommencera.
Je retournerai au Japon - et cette fois, tempête tropicale ou pas, j'irai à Hiroshima.
J'irai en Pologne, à Auschwitz.
Je voyagerai au pire de l'humain en espérant que même là, l'humanité existera.
[écrit dans la nuit d'hier, après la diffusion du docufiction sur Hiroshima. D'où l'incohérente construction.]
12:06 Publié dans Polis, -itis : la Cité | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note






Commentaires
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Écrit par : ph& | 06/08/2005
Permets moi de m'incliner devant cette sublime note !
Écrit par : Christophe | 07/08/2005
> ph& : oui, hein...
> christophe : Pas d'inclinaison nécessaire, juste une franche poignée de main :-) Je viens de lire ta note - peut-être était-ce un moment où je me suis rencontré ?
Écrit par : Jar0d | 08/08/2005
C'est très beau...
Sur le sujet, il faut que tu lises "Hommage à La Catalogne", de Georges Orwell, si ce n'est déjà fait.
Ca parle de guerre, d'idéologie, et surtout... d'humanité.
Écrit par : chimene | 11/08/2005
Merci de la suggestion, je ne l'ai pas (encore) lu...
Et très touché du compliment !!
Écrit par : Jar0d | 12/08/2005
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